« Un parfum de scandale plane sur Saint-Estève », titre le Petit Journal en kiosque depuis vendredi matin. Encore du nouveau ! On apprend que près d’un an avant que la mairie lance l’appel d’offres Thierry Meier avait fait cinq dépôts de marques liés à l’installation de Boitaclous à Saint-Estève. Le directeur de Boitaclous a notamment déposé à l’Institut National de la Propriété Industrielle (INPI), la marque « Saint-Estève capitale du spectacle ».
Au passage, on découvre que l’ensemble des noms exploités par Boitaclous, association loi 1901, appartiennent à Thierry Meier.
Pourquoi le maire de Saint-Estève, Elie Puigmal, pourquoi le président de Boitaclous Marc Pédelhez restent ils muets ?

A la demande générale de ceux qui ne lisent pas Le Petit Journal (Ils ont tort. C’est le seul canard qui publie des enquêtes), voici, à titre exceptionnel, le texte (attention, c’est long) de nos articles sur cette affaire.
Le Petit Journal 3 juillet 2009
Merci monsieur le maire ! Elie Puigmal offre un théâtre à Boitaclous !
Saint-Estève : Thierry Meier gagne le jackpot
« Saint-Estève en crise de rire ». Le nom que Boitaclous a donné au Festival d'humour qu'elle compte organiser en juin 2010 à Saint-Estève est légèrement prémonitoire. Crise, il y a, dans la majorité municipale depuis que la ville a passé un marché de 750 000 euros avec Boitaclous pour l'organisation de spectacles à la salle multiculturelle, équipement dont les travaux sont en cours d'achèvement.
Huit de ses élus, dont deux maires adjoints, étaient volontairement absents du dernier conseil municipal. Et ce n'était pas pour rigoler. Ils refusent pour l'instant de s'exprime publiquement. L'opposition ne rigole pas non plus. Jean-Jacques Vila voit Saint-Estève prochainement ajouter son nom à la liste des villes du département prises dans la tourmente des affaires.
Le double du coût initial
Elu maire de la commune en 2001, Elie Puigmal a rapidement eu l'idée de doter la commune d'une salle de spectacle. Le projet de salle multiculturelle a été lancé en 2003 pour une enveloppe prévisionnelle de travaux de 4,23 millions d'euros. En six ans, son prix a doublé.
L'addition s'élève à présent à 8,4 millions d'euros. Auxquels l'opposition tient à ajouter la valeur du terrain, le déplacement de l'espace de jeux qui y était installé, l'abattage de la pinède et 300 000 euros pour les aménagements extérieurs.
Lors de son intervention au conseil municipal du 24 juin, Robert Vila a rappelé que la ville avait bloqué le montant de quatre années d'aides financières de l'agglomération Perpignan- Méditerranée (450 000 euros par an) pour financer la construction de la salle multiculturelle. La mobilisation de l'investissement a retardé la réalisation d'équipements comme ce gymnase attendu par plusieurs centaines de pratiquants de diverses disciplines sportives. Son coût, 750 000 euros est pourtant bien loin de celui de la salle de spectacles.
Valérie Lemercier : 49 euros la place
La dérive aurait pu s'arrêter sur cette absence de maîtrise de l'opération. Elle n'est que la première étape d'un scénario catastrophique pour les finances municipales. La mairie a, au mois d'avril, lancé un appel public à la concurrence pour l'organisation de spectacles. Il a, le 22 avril, été publié dans L'Indépendant et le Midi-Libre. Les offres devaient être faites avant le 4 mai. Le 2 juin, la commission d'appel d'offres a examiné les propositions des deux structures qui ont répondu, Boitaclous et Anim'Passion. La proposition de Boitaclous d'un montant de 750 000 euros, moins élevée que celle de son concurrent, 1 042 000 euros, a
été retenue. Le marché qui a été conclu pour une période de 15 mois se décompose en deux tranches. La première, ferme pour 21 représentations ainsi que quatre journées de festival sur trois mois. La seconde tranche qui est conditionnelle pour 71 représentations et sept journées de festival sur 12 mois.
Le 19 janvier 2010, Boitaclous présentera son premier spectacle dans la salle multiculturelle qu'il a rebaptisé Le théâtre. La programmation commence avec un spectacle humoristique de Valérie Lemercier au tarif de 49 euros. Il n'y pas de tarifs sociaux, à la différence de ce que pratiquent souvent les théâtres municipaux. Seuls les possesseurs du Pass'plaisirs auront droit à un meilleur tarif, 42 euros. « Cela viendra se rajouter à ce que les Stéphanois paieront déjà avec leurs impôts », commente Robert Vila qui précise que près de la moitié de la population de la commune n'est pas imposable. Boitaclous a des obligations tarifaires qu'il ne satisfait pas. Le marché signé par Marc Pédelhez, président de Boitaclous, indique pourtant clairement: « Des conditions tarifaires devront être proposées à différents publics ; groupes, comité d'entreprises, jeunes, personnes âgées ».
Les Stéphanois paieront !
Le 12 juin 2009, Elie Puigmal répondait aux questions d'un journaliste de L'Indépendant qui lui demandait : « Quelles étaient les exigence de l'appel d'offre », réponse du maire : « Une programmation éclectique en spectacles vivants sur 15 mois, soit 90 spectacles. Y inclure une ou deux structures culturelles de Saint-Estève et établir une tarification spécifique pour les Stéphanois. La location pour la saison 2009-2010 étant ouverte, des stéphanois ont demandé à Boitaclous si un tarif particulier leur était réservé. Réponse : Les stéphanois pourront bénéficier de réductions à condition d'acheter le Pass'plaisir qui leur sera vendu 18 euros par personne au lieu de 28. Une famille de quatre personnes devra dépenser 78 euros pour avoir une réduction. Et elle devra ensuite aller plusieurs fois dans l'année au spectacle seulement pour rembourser le prix de la carte. L'opposition ne manquera pas de souligner l'écart entre les actes et les belles paroles du maire sur la démocratisation de la culture qui irait de pair avec le théâtre.
Boitaclous déménage à Saint-Estève
La mairie et Boitaclous ont signé une première tranche ferme prévoyant la programmation de 21 représentations et quatre journées de festival d'humour. Boitaclous a, en fait, programmé 33 représentations et les quatre journées de Festival de janvier à juin.
Beaucoup pensaient que la programmation de Boitaclous à Saint-Estève allait s'ajouter à celle du Palais des congrès de Perpignan. Boitaclous avait, au début de l'année, réservé quantité de dates pour la saison 2009-2010 à la régie municipale de la ville de Perpignan qui gère le Palais des congrès et le parc des expositions. Mais en feuilletant la brochure de l'avant-programme de Boitaclous, on s'aperçoit qu'après l'ouverture du Théâtre de Saint-Estève en janvier, plus aucun spectacle n'est programmé à Perpignan. Le théâtre de Saint-Estève devient donc la salle Boitaclous.
Les spectateurs vont suivre Boitaclous à Saint-Estève. Et malgré l'élargissement de la programmation qui passera de 26 spectacles programmés entre janvier et juin 2009 à 33 sur la même période en 2010, il y a fort à parier que les Stéphanois seront un petit nombre à voir les spectacles les plus demandés. Il leur faudra commencer par traverser Perpignan pour se rendre à la billetterie de Boitaclous au méga Castillet. Les possesseurs d'un Pass'plaisir, 3 000 l'an passé, ont en effet la priorité à la réservation. Il est fréquent que la réservation soit complète plusieurs mois avant la date du spectacle. Ainsi, en 2006, Thierry Meier annonçait que la saison avait commencé avec sept spectacles qui affichaient complets.
Un million d'euros par an en fonctionnement !
Mais qu'ils aillent au théâtre ou qu'il n'y mettent pas les pieds, ce sont les Stéphanois qui vont supporter son coût. Ils subissent déjà les conséquences de ce choix qui a conduit à reporter des travaux et la construction de nouveaux équipements. En plus du remboursement des emprunts souscrits pour payer la construction du théâtre, la mairie va supporter un coût annuel de fonctionnement qui tourne autour du million d'euros. Un poids très lourd pour les finances de la commune, on approche les 10 % du budget de fonctionnement de la ville. Au montant du marché avec Boitaclous, même ramené à 15 mois, il faut ajouter tous les frais à
la charge de la commune : la maintenance et l'entretien du site y compris le ménage avant et après les représentations, le coût de tous les consommables tels que l'électricité, l'eau, le chauffage, l'air conditionné, les frais d'assurance du site, les réparations courantes et exceptionnelles du matériel technique.
Après avoir épluché le dossier du marché public, l'opposition est arrivée au dernier conseil municipal avec une série de questions. Aurore Bouniol de Gineste ne comprend pas comment on peut donner 750 000 euros à Boitaclous pour faire une programmation quasiment équivalente à celle de
Perpignan, laquelle ville donnait 75 000 euros de subvention au programmateur de spectacles. Boitaclous payait annuellement 71 000 euros de location de salle à la régie du Palais des congrès -Parc des expositions. Soit en moyenne 2 700 euros par spectacle. A Saint-Estève la situation sera encore plus avantageuse, le coût de location s'établit à 50 000 euros sur 15 mois. A noter qu'à Saint-estève comme à Perpignan,
Boitaclous encaisse la totalité des recettes. L'enveloppe de 750 000 euros aurait pu permettre de faire baisser le prix des places. On ne note pas de différence entre les tarifs de 2009 à Perpignan et ceux de 2010 à Saint-Estève.
Les réponses du maire de Saint-Estève étaient donc très attendues, par l'opposition, mais aussi par les huit élus absents. Après les interventions précises de Jeanne Payri Chinanou, d'Aurore Bouniol de
Gineste, de Robert Vila, de Jean-Jacques Vila ce fut au tour d'Elie Puigmal de prendre la parole : « Nous y reviendrons. On clôt le débat ». Les élus de l'opposition réagirent et exigeant des réponses, ultime réaction du maire de Saint-Estève : « Nous reviendrons devant le conseil municipal pour apporter les réponses. On passe au point trois de l'ordre du jour ».
Fabrice THOMAS
Encadré
Boitaclous : Association reconnue d’utilité… mercantile
Boitaclous pourrait aussi bien s’appeler Thierry Meier Production. Boitaclous c’est lui. Lui qui l’a créé il y a 25 ans. Lui qui en est le patron avec le titre de directeur de production. Le numéro deux de la structure, l’administratrice, Ysabelle Bonhomme, est sa compagne. Le fils de celle-ci, Pierre Bonhomme, est le chargé de la communication. Sur les quatre personnes qui constituent le noyau dur de l’équipe, trois sont de la même famille. Les entreprises familiales sont choses fréquentes. Sauf que Boitaclous n’est pas une entreprise, c’est une association loi 1901. La famille ne s’arrête pas là, la mère d’Isabelle Bonhomme travaille à la billetterie.
Société civile immobilière propriétaire du siège
L’association loi 1901 qui porte le nom de Boitaclous a son siège au 44 rue Foch, à Perpignan. Il est installé dans des locaux appartenant à une société civile immobilière nommée BOME créée en 2001. Son capital de 60 992 euros est réparti entre Isabelle Bonhomme pour 27 440 euros et Thierry Meier pour 33552 euros. Cette SCI est également propriétaire de l’appartement perpignanais où habite le couple. La SCI BOME perçoit-elle un loyer de Boitaclous ? Cela nous a été suggéré. Nous avons voulu poser la question au président de l’association Marc Pédelhez et au trésorier Bruno Deville. Aucun des deux n’a donné suite aux messages que nous avons laissés. Nous voulons également leur demander quel est le salaire du directeur de Boitaclous. Il serait, selon certaines sources fiables (cela va sans dire), d’un montant astronomique. Le directeur de Boitaclous roule en Vel Satis. Nous espérons pouvoir donner une information vérifiée dans le prochain numéro du Petit Journal.
Une trésorerie pléthorique
Dans les documents remis par Boitaclous à la mairie de Saint-Estève dans le cadre de la réponse à l’avis d’appel public à la concurrence, on apprend que « Depuis plusieurs saisons le Pass’plaisir rassemble 3 000 adhérents à jour de cotisation ». Contact a été pris avec un titulaire du Pass’plaisir. Il nous a expliqué qu’il ne se considérait pas comme un adhérent d’une association. Il n’a d’ailleurs jamais été invité à participer à l’assemblée générale de l’association. Le Pass’plaisir n’est selon lui qu’une carte de fidélité comme la carte FNAC. Sa possession contre 28 euros donne à son titulaire la possibilité de réserver en priorité et de bénéficier de réductions sur les spectacles. Un système qui permet à Boitaclous de vendre une importante partie de sa billetterie longtemps à l’avance et d’avoir une trésorerie surabondante.
Une association verrouillée
Si les adhérents ne sont pas traités comme des adhérents d’une association loi 1901, comment l’association fonctionne t’elle ? La réponse est dans les statuts : « Les membres actifs ou bénévoles paient une cotisation annuelle de cinq euros. Ils sont agréés par le bureau. » Mais on découvre plus loin que ces adhérents n’ont aucun droit : « Ils n’ont pas le droit de vote aux diverses assemblées et ne sont pas éligibles au bureau, au conseil d’administration, aux fonctions de président ».
Les adhérents qui ont le droit de vote aux assemblées et sont éligibles aux diverses fonctions sont un petit nombre et triés sur le volet. Ce sont les membres d’honneur (le montant de leur cotisation est décidé par le bureau) et les membres bienfaiteurs. Ces derniers « participent à une hauteur minimale de 400 euros ». L’association est bien verrouillée.
Amiel-Donat
Dans le conseil d’administration composé de cinq membres, on trouve Jacqueline Amiel-Donat, la grande et la meilleure amie de Thierry Meier. Le bureau compte cinq membres. Le premier vice-président, Michel Arcens, directeur retraité du groupe Midi-Libre était, tout comme Thierry Meier, colistiers d’Amiel-Donat sur la liste PS-PC qu’elle a conduit lors des élections municipales de Perpignan. Un autre membre du conseil d’administration, ancien président de Boitaclous, Raymond Mitjavila était sur la liste d’Amiel-Donat en 2008 (il en sorti après les révélations du Petit Journal qui avait révélé que le chef d’entreprise avait été condamné pour avoir défenestré un délégué syndical dans une de ses usines des Pyrénées-Atlantiques. Le patron cogneur avait Amiel-Donat comme avocate). Quatre colistiers de la liste PS-PC sur dix dirigeants (Conseil d’administration et bureau). Ceci éclaire le conflit largement médiatisé par l’Indépendant en 2004, 2005 entre Boitaclous et la mairie de Perpignan. Dans un communiqué de mars 2005, Le président de Boitaclous de l’époque Raymond Mitjavila écrivait : « La ville et le maire, Jean-Paul Alduy, continuent leur travail de sape vis-à-vis de Boitaclous. ». Des affirmations répétées sans cesse dans le cadre d’une campagne violente qui avec le recul est démentie par la progression du chiffre d’affaires de Boitaclous :
2004 : 1,1 millions d’euros
2005 : 1,3
2006 : 1,6
2007 : 1,8
2008 : 1,9
Rien a voir avec une association !
Un membre du conseil d’administration nous a déclaré ne pas avoir, depuis des années, été convoqué à une réunion. Un ancien membre du conseil d’administration nous a, lui, dit, que les réunions étaient rares et que Boitaclous n’avait en réalité rien à voir avec une association. Pour lui, Boitaclous devrait être une entreprise. Un avis largement partagé par d’anciens dirigeants et par des personnes qui se sont penchées sur son fonctionnement, des fonctionnaires, des élus…
Rectification apportée le 3 août. Pierre Bonhomme est le frère d'Isabelle Bonhomme et non le fils.
Le Petit Journal 10 juillet 2009
Suite de notre enquête dans les coulisses du marché passé entre la mairie de Saint-Estève et Boitaclous.
Des millions d’euros pour Thierry Meier !
Pourquoi le maire de Saint-Estève offre t'il un théâtre à Boitaclous ?
« Ça me gène de vous dire ce que je pense de l'appel d'offre lancé par la
ville de Saint-Estève. Ça me gène énormément parce que cet appel d'offres a
l'air d'être fait pour correspondre à l'offre de Boitaclous. Mais je ne
connais pas le projet culturel de cette ville. Si l'appel d'offre a été
rédigé de cette façon, c'est bien parce que la mairie avait un objectif
précis et il est vrai un objectif qui correspond à ce que propose
Boitaclous. C'est assez évident », commente gêné un professionnel de la
culture. « C'est du sur-mesure pour Boitaclous », ajoute un de ses
collègues. « C'est l'appel d'offres idéal pour Boitaclous », déclare à son
tour Olivier Parra, président d'Anim'Passion, seule structure avec
Boitaclous à avoir déposé une offre pour la programmation de la salle
multiculturelle.
750 000 euros pour Boitaclous
Décryptage : L'appel à la concurrence de la mairie de Saint-Estève fixe un
cadre très précis et très contraignant. Sur les 93 manifestations prévues
sur 15 mois, la mairie de Saint-Estève a exigé que 49 soient de la catégorie
1. Cela correspond à des chanteurs ou musiciens se situant dans les
cinquante premiers du classement des meilleures ventes de CD de l'année
précédente. Dans la catégorie 2, on trouve les artistes se situant de la 51e
place à la 100e et dans la catégorie 3, ceux qui se classent de la 101e
place à la 200e. Les spectacles d'humour, les pièces de théâtre et autres
sont aussi classées en trois catégories basées sur le classement annuel des
meilleures ventes de spectacles. Les 49 manifestations dans la catégorie 1
correspondent à des artistes reconnus dont les spectacles sont chers. D'où
la vertigineuse hauteur des propositions, 750 000 euros pour Boitaclous et 1
042 000 pour Anim'Passion.
Un théâtre nommé Boitaclous
Les professionnels du monde de la culture et du spectacle que nous avons
interrogé considèrent de façon quasi unanime que le niveau et l'intensité de
cette programmation dépassent de beaucoup les possibilités financières d'une
ville de 12 000 habitants. Nos interlocuteurs considèrent également que le
nombre de manifestations programmées, 93 sur 15 mois (dont deux festivals
qui comportent plusieurs spectacles), dépasse également largement les
besoins des habitants de cette petite ville. N'est-ce pas pour caser toute
la programmation de Boitaclous ? De la question à l'affirmation, il n'y a
qu'un pas que beaucoup franchissent.
La vision de la situation serait peut-être plus nuancée si Boitaclous et la
mairie de Saint-Estève acceptaient de répondre aux questions que soulève la
coûteuse programmation de la salle multiculturelle.
De l'humour et encore de l'humour !
« Avez-vous remarqué que la programmation demandée par la ville de
Saint-Estève fait une grande place à l'humour ? », interroge un directeur de
structure culturelle. Cela saute aux yeux ! Les spectacles d'humour
arrivent largement en tête avec 45 manifestations sur les 93. Et cela sans
compter les pièces de théâtre et les concerts de variété à caractère
humoristique. La programmation du spectacle d'humour est, comme chacun le
sait, l'axe central de la programmation de Boitaclous.
Du côté des élus de l'opposition, on se dit assez peu surpris que Boitaclous
ait obtenu le marché. Le maire aurait, à plusieurs reprises, évoqué le nom
de cette structure lors de prises de parole publiques. Ainsi lors de la
réunion du conseil municipal du 16 mars 2006, trois ans avant le marché sur
l'organisation des spectacles, Elie Puigmal déclarait : « Situé dans un
cadre de vie formidable, au sein d'un espace naturel, et proche d'un pôle
médical, les travaux de la salle multiculturelle commenceront courant
2006 ». Et le maire donnait la liste des partenariats : « Partenariat
culturel avec le conseil général, le conseil régional, l'agglomération.
Partenariat avec le Conservatoire National de Région Musique + pôle musique
Saint-Estève. Partenariat avec Boitaclous. Partenariat avec l'Institut Jean
Vigo. Partenariat avec le Festival international du Court Médie du Court
Métrage. Partenariat avec le cinéma. Partenariat avec les associations
Stéphanoises ». De tous ces partenariats annoncés il y a trois ans, un seul
a été conclu, celui avec Boitaclous.
Saint-Estève, capitale de Boitaclous
La lecture du mémoire justificatif présenté montre que Boitaclous n'a pas dissimulé son projet. La programmation « permettra à la ville de Saint-Estève de devenir la capitale du spectacle sur les P.-O. avec des retombées régionales. Avec une telle programmation, la ville de Saint-Estève va s'ériger en rendez-vous obligatoire de l'évènementiel et devenir la plaque tournante des arts vivants. Il ne fait aucun doute que le public du département va changer ses habitudes et prendra la route de Saint-Estève. » Dans le même document Boitaclous indique : « Janvier 2010, pose officielle des panneaux Saint-Estève capitale du spectacle sur chaque entrée de la ville ».
Boitaclous se positionne sur le département et pas par rapport à la ville et à la population de Saint-Estève. Ce sont eux, pourtant, qui paient les dix millions de la construction du théâtre et débourseront chaque année près de 1 million d'euros pour la programmation, l'entretien et la maintenance de l'équipement. Le gros poste des consommables, eau, électricité, gaz (chauffage) est également à la charge de la commune.
A moins d'être sourds, aveugles et bêtes, les élus de Saint-Estève ne
pouvaient pas ne pas voir que le marché tel qu'il était défini et auquel a
répondu Boitaclous aboutissait tout simplement à faire de la salle
multiculturelle, le théâtre de Boitaclous.
Recours au tribunal administratif
Le cahier des charges de l'appel d'offres comporte l'organisation d'un
festival, sans plus de précision. Boitaclous a proposé un festival. d'humour
: « Saint-Estève en crise. de rire ». Il se déroulera du 17 au 21 juin.
Cette initiative fait des vagues du côté de Anim'Passion. Cette association
est, en effet, « l'organisateur notoire du Festival du Rire Catalan », dont
la troisième édition parrainée par Popeck se tiendra à l'automne 2009 dans
plusieurs salles du département, Peyrestortes, Tautavel, Saint Martin de
Fenouillet et Perpignan.
Anim'Passion conteste l'impartialité de la ville de Saint-Estève. C'est ce
qui l'a conduit à faire un recours devant le tribunal administratif. Son
président, Olivier Parra, estime que sa proposition était plus avantageuse.
Sur le lot 2, celui de la billetterie, Boitaclous est à 1 728 000 euros,
contre 1 256 032 pour Anim'Passion. L'association indique quelle proposait
un programme de qualité égale, mais à un prix moyen de billet beaucoup plus
avantageux pour le spectateur. La démonstration d'Anim'Passion s'appuie sur
le fait, qu'au total, sa proposition était plus avantageuse de 471 968
euros. Avec ce recours, la contestation de la coûteuse collaboration avec
Boitaclous prend une nouvelle ampleur.
Prix des billets plus chers qu'ailleurs
Anim'Passion soulève la question du prix des places en démontrant qu'il
était possible de proposer un prix de billet plus abordable. Pour y voir
plus clair sur la tarification de Boitaclous, il suffit de comparer ses
tarifs avec ceux pratiqués dans d'autres villes. Boitaclous ne fait, la
plupart du temps, qu'acheter une date dans la tournée d'un artiste. Le 19
janvier, le théâtre de Saint-Estève ouvrira ses portes avec Valérie
Lemercier au tarif unique de 49 euros (sauf acheteur de la carte Pass'Plaisirs).
Les habitants de Béziers paieront le billet 34 euros. Dans la majorité des
villes de la tournée le billet tourne autour de 44-45 euros. Le plus élevé
est de 49,50 euros. L'écart entre le prix le plus bas et le plus élevé est
parfois plus important. Sur la dizaine de spectacles pris au hasard pour
comparer les tarifs, on observe que les prix proposés à Saint-Estève ne sont
pas parmi les plus accessibles, ils ne sont pas non plus dans la moyenne.
Ils sont parmi les plus élevés.
Un non sens
Tout cela ramène au premier plan la question qu'Aurore Bouniol de Gineste
posait au dernier conseil municipal. L'élue d'opposition demandait des
explications parce qu'elle ne comprenait pas que l'on donne 750 000 euros à
Boitaclous pour faire la même chose qu'à Perpignan avec une subvention de 75
000 euros.
Pour les professionnels du spectacle et de la culture que nous avons
consultés, cette situation est « un non sens », « C'est le monde à l’envers ». Un programmateur parisien nous a expliqué qu'il faisait le même métier
que Thierry Meier, sans un euro de subvention, et en louant les salles a des
prix plus élevés. « Boitaclous a trouvé la poule aux oeufs d'or. Ça m'étonnerait
qu'il la lâche, mais si j'avais eu l'information sur cet appel d'offres,
je me serais mis sur les rangs. »
Boitassous !
Boitaclous prévoit de programmer des manifestations avec les acteurs
culturels de la commune, comme un tremplin des compagnies amateurs ou semi
professionnelles. Toujours pas programmé. Il prévoit également de faire, une
fois par mois, le dimanche, un spectacle découverte à 10 euros l'entrée.
Mais pour bénéficier de ce prix attractif, il faudra d'abord acquérir la
carte Pass'Plaisirs. Boitaclous présente ainsi cette manifestation : « Vous
la vivez chaque semaine, la léthargie du dimanche. l'ennui d'une journée
sans fin, monotone, souvent sans but. ». Boitassous se fait une haute idée
de son public.
Il est profondément regrettable que les différents protagonistes n'aient pas
voulu répondre aux questions du Petit Journal. On peu penser que leurs
explications auraient données une autre vision de la relation Mairie de
Saint-Estève Boitaclous. Mais on peu aussi concevoir qu'ils ont fuit des
questions qu'ils jugeaient embarrassantes. Car les faits sont là ! Et de
toute évidence le théâtre profitera plus à Boitaclous qu'aux Stéphanois. On
n'a pas fini de se demander pourquoi Elie Puigmal a t'il agi ainsi.
Fabrice THOMAS
Rectification : A l'ouverture de la salle multiculturelle, en janvier 2010,
un point de vente de billetterie sera ouvert du mardi au samedi de 16 h à 19
h.
Encadré.
Maire, élus de la majorité en désaccord, Boitaclous : mutisme général !
Silence total à la mairie de Saint-Estève. Les deux pages que Le Petit
Journal a, dans son précédent numéro, consacrées au faramineux marché passé
entre la mairie et Boitaclous ont pourtant été au centre des discussions d'un
grand nombre de Stéphanois. Silence également à Boitaclous. Marc Pédelhez,
le président qui, à ce titre, a signé le marché n'a pas répondu à nos appels
téléphoniques et mails. Le trésorier de l'association 1901, Bruno Deville
est également injoignable. Mais les questions sont toujours là. Thierry
Meier et sa compagne sont, via une SCI (Société Civile Immobilière)
propriétaires du siège de Boitaclous. Louent-ils, comme cela nous a été dit,
les locaux à l'association où les mettent-ils gracieusement à sa disposition
? Thierry Meier, directeur de l'association constituée autour de sa personne
et de sa famille, perçoit-il un salaire astronomique ? Comment l'association
fonctionne-t-elle ? Pourquoi est elle verrouillée ?
Voici les questions que Le Petit Journal a envoyées au maire de Saint-Estève :
- N'avez-vous pas l'impression que dans l'appel d'offres que vous avez
lancé, le nombre de manifestations (93 en 15 mois) dépasse les besoins des
Stéphanois et, en coût, les possibilités financières de votre commune ?
- Saviez vous que Boitaclous allait déplacer l'ensemble de sa programmation
annuelle de Perpignan à Saint-Estève ?
- Vous semble-t-il normal que la ville construise à grands frais un théâtre,
dépense chaque année une somme considérable pour la programmation et l'entretien
et qu'au final les habitants de votre commune ne soient pas les premiers
usagers de cet équipement ?
- Comment expliquez-vous que Boitaclous vienne faire à Saint-Estève une
programmation comparable en qualité, nombre de places, coût des billets,
conditions de location des salles pour 750 000 euros sur 15 mois ce qu'elle
faisait à Perpignan pour une subvention de 75 000 euros sur 12 mois ?
- Le marché signé entre la ville et Boitaclous indique : « Des conditions
tarifaires devront être proposées à différents publics, groupes, comité d'entreprises,
jeunes, personnes âgées ». Hors la réservation de Boitaclous pour la saison
2009-2010 est ouverte depuis quelques semaines et rien de cela n'est
proposé. Avez-vous réagi en demandant à Boitaclous de se conformer au marché
?
- Vous aviez déclaré qu'il y aurait une tarification spéciale pour les
Stéphanois. Hors, celle-ci se limite à une réduction de 10 euros sur une
carte dont il faut acheter autant d'exemplaires qu'il y a de membres dans
une famille. Cela vous satisfait-il ?
Interrogé à plusieurs reprises, François Borgia, deuxième maire adjoint
chargé des finances, a refusé de s'exprimer. Il explique que c'est au maire
de répondre aux questions du Petit Journal. François Borgia, ainsi que deux
autres adjoints, Mathieu Khédimi et Philippe Pidemunt font partie du groupe
des huit élus qui ont délibérément été absents des deux derniers conseils
municipaux. Michel Brunet, maire-adjoint, a, lors du dernier conseil
municipal, reconnu « qu'il existe une divergence avec certains élus de la
majorité. Un problème qui concerne la gestion ». Un problème qui concerne la
gestion de la salle multiculturelle ?
Robert Vila, élu de l'opposition au conseil municipal, ne jette pas d'huile
sur le feu. Mais, lui aussi pose des questions : « Que fera-t-on après avoir
honoré le ruineux marché passé avec Boitaclous ? Continuera-t-on avec cette
structure ? Ira-t-on vers une programmation répondant aux besoins des
habitants et financièrement plus adaptée aux finances de la commune ? Mais,
en attendant, il y a une certitude, les Stéphanois paieront ».