Louis Aliot s’est inscrit au barreau de Paris, mais c’est à Perpignan qu’il ouvrira son cabinet d’avocat, en septembre. Il a déjà trouvé des locaux au centre ville.
L’ancien secrétaire général du Front National (2005-2010), entouré d’amis, parmi lesquels Marine Le Pen, et de membres de sa famille, a prêté serment, le 5 mai, devant la cour d’appel de Paris. Son doctorat en droit public l’a dispensé de passer le Capa (certificat d’aptitude à la profession d’avocat). Il était parrainé par Jean-Marie Crouzatier, professeur de droit à l'université de Toulouse 1, et par Serge Didier, avocat, conseiller municipal d’opposition à Toulouse et ancien militant du groupe d’extrême droite, Occident. Mais c’est la lettre de recommandation de Roland Dumas, un proche de Mitterrand, plusieurs fois ministre, notamment aux affaires étrangères, ancien président du conseil constitutionnel, qui a provoqué la surprise et l’évènement.
Avec Dumas :"On a sympathisé"
Louis Aliot a déclaré au Petit Journal qu’en plus des deux parrainages, son dossier comportait « Trois autres lettres de personnalités universitaires, dont celle de monsieur Dumas. Pour moi, Roland Dumas est un spécialiste du droit, notamment constitutionnel en tant qu’ancien président du conseil constitutionnel. Roland Dumas était dans le jury d'un ami qui présentait sa thèse à la Sorbonne, il y a deux ans. On a sympathisé lors du traditionnel déjeuner qui suit, avec la famille, les amis, les membres du jury, et on a parlé de ma thèse et de l’ouverture professionnelle qui se faisait jour avec la dernière modification de la constitution (exception d’inconstitutionnalité). J’ai déposé mon dossier et en professionnel du droit, il a accepté de recommander ma candidature. Ce n’est pas le premier ministre qui croise mon chemin puisque Jean Foyer, ancien garde des sceaux du Général de Gaulle était le président de mon jury de thèse en 2002…Vous voyez que mon spectre est pluraliste… mais surtout ouvert et respectueux de toutes les opinions. J’ai toujours fait la distinction entre ma vie professionnelle et la vie politique.»
Pourquoi Louis Aliot s’est-il inscrit au barreau de Paris alors qu’il va exercer à Perpignan ? « Parce que la procédure y est plus rapide qu’ailleurs et que beaucoup de mes "parrains" enseignent ou exercent à Paris. Le transfert de mon dossier de Paris à Perpignan est une formalité. »
Le FN Meilleur ennemi du PS
Contacté par Le Figaro, le cabinet de Roland Dumas a indiqué que ce dernier n’avait « aucun commentaire à faire ». Le site d’information Rue 89 s’est penché sur les « accointances » de Roland Dumas avec le Front National. Il rappelait aussi que l’ancien ministre assistait au spectacle de Dieudonné au Zenith en 2006. La réception amicale qui suivait a été immortalisée par une photo de groupe dans laquelle Dumas posait avec des personnalités de l’extrême-droite, parmi lesquels, Jany Le Pen et Bruno Gollnisch.
Il y a au sein de la droite nationale et à l’extrême droite un tel nombre de juristes, que Louis Aliot n’avait pas besoin d’aller chercher le soutien de Roland Dumas. On peut concevoir que les deux hommes aient, comme le déclare Louis Aliot, "sympathisé". Mais quand l’un des hommes politiques les plus importants de l’ère Mitterrand apporte un appui à un dirigeant en vue et en pleine ascension du Front National, on peut difficilement faire abstraction de la politique. D’autant que cela fait remonter de vieux souvenirs à la surface.
Plutôt Mitterrand !
Les relations le clan Mitterrand avec l’extrême droite sont anciennes. Rappelons qu’en 1965
Jean-Louis Tixier-Vignancourt, candidat de l’extrême droite dont Jean-Marie Le Pen était le directeur de campagne, avait au second tour (qui opposait de Gaulle à Mitterrand) appelé à voter pour le candidat de gauche. Dans les années 1980, alors que Mitterrand était président de la République, lui et les siens surent utiliser le Front National pour affaiblir la droite. Le maintien des candidats frontistes au second tour des élections a fait l’élection de nombre de maires, de députés, de présidents de région de gauche. Pilotant SOS racisme, le Parti Socialiste a, dans les années 1980, remplacé la lutte des classes par la lutte contre le racisme. En désignant avec toute la presse de gauche le Front National comme le principal adversaire et en le présentant comme un péril national, le PS a largement contribué à l’implantation du parti de Le Pen dans l’espace politique français. Le FN est de longue date le meilleur ennemi du PS.
Avec Marine
Louis Aliot a renoncé au poste de secrétaire général du Front National pour s’investir plus activement dans le soutien à la candidature de Marine Le Pen, qui est en concurrence avec Bruno Gollnisch pour prendre la direction du FN lors du congrès qui se tiendra en janvier 2010. Louis Aliot s’est expliqué sur ce départ auprès de Abel Mestre et Caroline Monnot, journalistes au Monde qui animent le site Droites Extrêmes : « Je quitte la fonction de secrétaire général et par ce biais, je ne suis plus au bureau exécutif du Front »… « C’est juste pour une question technique et juridique. S’il y avait eu contestation a posteriori du résultat du congrès, elle aurait été juridiquement fondée. »
Louis Aliot reste membre du bureau politique et un élu du Front. Il est depuis mars dernier conseiller régional du Languedoc-Roussillon. Mandat qu’il exerçait précédemment au conseil régional de la région Midi-Pyrénées.
Nations Presse Magazine
Très actif aux côtés de Marine Le Pen, Louis Aliot a pris la direction de Nations Presse Magazine : « Mensuel d’information des patriotes ». Un grand portrait de Marine Le Pen orne la une du numéro zéro. Aliot signe l’éditorial dans lequel il proclame son objectif : «Ce journal de militants placera le peuple français et la nation au centre de ses préoccupations en prenant l’héritage national dans son ensemble et en défendant son identité européenne et chrétienne, sans négliger pour autant nos petites patries qui constituent nos belles provinces… Notre ligne éditoriale et notre choix politique sont donc sans ambiguïté : nous soutenons Marine Le Pen dans son entreprise de refondation nationale ». Une victoire de Marine Le Pen ramènerait Louis Aliot au sommet du Front National.
Battu en 2009
Cabinet d’avocat et résidence, Louis Aliot va donc s’enraciner dans le paysage politique local. Elu au conseil municipal de Perpignan aux municipales de 2008, il n’a pas été réélu en 2009. Avec 9,40% des suffrages, la liste qu’il conduisait a manqué de peu le seuil des 10% qui lui aurait permis d’avoir des élus. Echec commenté par le blog de Louis Aliot Perpignan ville libre au lendemain du second tour : « La manœuvre de l'UMP a bien fonctionné. En organisant la présence d'une liste "dissidente à droite", menée par le richissime François Rivière, liste montée spécialement pour détourner une partie des voix qui auraient dû se porter sur le candidat national, et qui réalise un score non négligeable de 7,5%, l'UMP empêche, comme souhaité, l'élection de Louis Aliot qui fait pourtant un bon 9,40%.
Insuffisant hélas pour accéder au second tour et avoir des élus au conseil municipal.
Il est ainsi démontré que les professionnels de la politique politicienne que sont les Alduy & Cie ont plus d'un tour dans leurs chaussettes ! Pari gagné donc pour l'équipe sarkozyste à l'origine de la tactique et tant pis pour l'intérêt des Perpignanais, qui ne méritent sans doute pas d'autres élus que ceux qu'ils viennent de désigner. »
Il est vrai que François Rivière en se prévalant de ses relations avec Christine Boutin (bien que celle-ci ne le soutenait pas et appela à voter pour la liste de Jean-Paul Alduy) en mettant sa catholicité en avant, en revendiquant son ancrage à droite, a séduit des électeurs qui avaient, un an plus tôt, voté pour Louis Aliot. Si la candidature de François Rivière n’avait rien d’un complot, l’absence de la liste du FN au second tour a toutefois profité à la liste UMP conduite par Jean-Paul Alduy.
Son avenir politique
Louis Aliot a annoncé qu’il serait candidat aux prochaines élections cantonales, en 2011, sur le canton du Bas Vernet. Mais il faudra aussi compter avec lui lors des législatives en 2012, des municipales en 2014. A quarante ans, Louis Aliot a son avenir politique devant lui. Son charisme, son savoir faire en matière d’organisation pourraient permettre au Front National de revenir vers les scores qu’il faisait à l’époque de Pierre Sergent et de Jean-Louis De Noell.
L’installation de Louis Aliot à Perpignan n’est donc pas une bonne nouvelle pour la droite. Et ce qui peut affaiblir la droite, profite à la gauche. D'où une certaine bienveillance...