09oct 2001
Catherine Millet : Relire Catherine M
00:00 - Par Christine Oustailler-Thomas - 2001
Des centaines de milliers d'exemplaires de son livre La vie sexuelle de Catherine M. vendus en quelques semaines en France, des parutions en cours ou à venir partout en Europe, un film aussi, qui sait, peut-être! Les confessions de Catherine M. ont fait le tour du PAF avant de faire le tour du monde et il n'a guère été question d'autre chose depuis le mois d'avril lors des dîners en ville.
En effet, dans son livre, Catherine Millet consacre de nombreuses pages à ses fréquents séjours en Roussillon, où elle et son mari Jacques Henric, ont une maison de vacances et quelques amis proches.
Invitée guest star puis star tout court, on a vu Catherine Millet, malhabile et maladroite, sorte de moineau mouillé tombé d'une branche, lors de sa première apparition chez Pivot, prendre confiance et assurance d'émission en émission, d'un record de vente en librairie à un autre.
Elle a été de toutes les rubriques, de toutes les scènes, de tous les plateaux, de toutes les ondes, de Thierry Ardisson à Marc Olivier Fogiel, dans les colonnes des grands et des petits quotidiens, avec toujours, à ses côtés, béquille, appui, soutien, ancrage, Jacques Henric, son écrivain de mari, qui tour à tour, la couve d'un regard fier et amoureux, la soutient, la défend, vitupère et s'en prend parfois vertement aux journalistes qui l'ont traité de salope ou de pute.
Personne n'est le mentor de personne.
Il est pourtant là, omniprésent, joignant son entreprise à la sienne, dans les magazines féminins, dans les journaux, avec les photos qu'il a faite d'une Catherine plus jeune et plus ferme, et par le biais, aussi, de multiples interviews croisées jusque sur les étals des libraires, pile contre pile, se soutenant l'un l'autre, toujours là, indéfectible muraille protectrice jusque dans cet interview pour Métropolis fin septembre. Catherine dans son intérieur blanc, lumineux et pur, des livres bien rangés courent le long des étagères, on reconnaît, ça et là, des oeuvres d'artistes qu'elle affectionne.
Elle, assise, les gestes posés, la mise sage, elle regarde la caméra droit dans les yeux, sourit, joue, s'explique et sourit encore, limpide et assurée enfin, et, au dessus de son épaule droite, le portrait visage serré sur fond vert anisé, Jacques bien sûr.
Elle explique que sa démarche a consisté à livrer en pâture une décennie depuis longtemps révolue de sa vie sexuelle, en l'ancrant dans une vision plus large du monde, des relations entre individus, de l'art, dans la juste et même lignée que celle qui a toujours présidé à ses choix, ses convictions et prises de positions professionnelles, que ce soit dans ses précédents livres consacrés à Yves Klein, Denise René, Roger Tallon et à l'art contemporain en général, ou dans les colonnes de la revue Art Press dont elle est la directrice.
Car on peut accorder à Catherine Millet, critique d'art reconnue, commissaire d'expositions importantes, qu'elle a pris un risque en publiant ce livre : «À cela j'ajouterai que je ne crains que ceux que je connais trop bien, pas les anonymes dont je me fiche (...)» Mais, Catherine ne prend jamais de risques autre que physiques ou matériels. Et ce sont bien là les limites de l'entreprise.
Le sexe sans autre risque
Dans son récit, Catherine ne se met jamais en danger émotionnellement et sentimentalement, pas de plaisir, pas de souffrance, si ce n'est celle qu'elle se choisit peut être parfois, être jalouse de son mari, et s'épanouir en lui faisant l'amour, comme beaucoup de monde en somme. Parfois le voile se lève ici et là sur quelques souvenirs d'enfance et sur de vraies confidences : «(...) j'avais fait de l'acte sexuel un refuge où je m'engouffrais volontiers afin d'esquiver les regards qui m'embarrassaient et les échanges verbaux pour lesquels je manquais encore de pratique.» ou «Avec le temps, à la timidité que j'éprouvais en société s'est substitué l'ennui. Même lorsque je me trouve avec des amis dont la compagnie m'est agréable, même si, au début, je suis la conversation et que je n'ai plus peur d'y prendre part, arrive toujours le moment où, brusquement je m'en désintéresse.»
Parfois on aimerait qu'elle explose vraiment, où qu'elle ose franchir la barrière obtuse de ses pensées, aller au fond d'elle même et non plus au bout d'elle même, mais Catherine est toujours une jeune fille sage, rien ne semble vraiment l'atteindre, elle se sort des pires partouzes l'âme limpide et fraîche d'un nouveau né, le coeur traité anti-souillure, comme si rien ne pouvait venir briser sa dure coquille intérieure, si peut-être, le regard doux et souriant de Jacques...
La vie sexuelle de Catherine M., Catherine Millet. Ed. Seuil - avril 2001 110 F - 16,77 euros.
Illustration : Jacques Henric peint par Vincent Corpet.