05dec 2001
MICHEL NO : La vigne dans tous ses états
00:00 - Par Christine Oustailler-Thomas - 2001
Au premier contact, devant les toiles de Michel No accrochées aux cimaises de la galerie Mode d’Expressions, c’est une impression de foisonnement, de jaillissement qui submerge le visiteur, de force aussi, grâce aux dominantes de rouges, ocre, orange, safran, or, cuivre, pourpre, soleil et feu…
L’artiste restitue tous les états de la vigne, chronologiquement. Il y a d’abord ce bourgeon d’un vert vif comme un cri qui réveille un vieux cep rugueux à la sortie de l’hiver, puis, d’une toile à l’autre, les feuilles jaillissent, les sarments poussent, beiges, il deviennent bruns, puis noirs, ployant bientôt sous le poids des premiers grains couleur grenat qui se transforment en lourdes grappes violettes gorgées de sucs et, en fin de parcours, deux toiles "Or et cendre" et "Soupir de feu" disent autour d’un cratère de cendre, des restes de sarments noircis et calcinés.
On est bien loin des travaux précédents de Michel No exposés dans cette même galerie en 98 et 99 ; ils représentaient les étangs, puis des paysages de Castille et des Corbières. L’artiste a changé de perspective s’est rapproché de son objet. Le cadrage est resserré sur la vigne ou plutôt sur les ceps de vigne, resserré comme pour rentrer dedans, comme s’il était aspiré… d’ailleurs il n’y a plus de ciel pour retenir notre regard. Parfois le plan se rapproche encore des grappes avec toujours, en arrière plan, les feuilles, vertes, rouges, or, qui tiennent autant du végétal que du brasier. La terre est souvent absente, rarement grise et souvent rouge. Il s’en faut d’une nuance, pourtant les gris restent chauds, gris de la cendre, du bois, de la terre sèche, mais jamais gris froid et minéral de la pierre ou gris inanimé du béton, comme pour mieux dire la palpitation de ce qui a été et qui renaît encore et encore, saison après saison.
Dans certaines toiles, si l’on masque de la main telle grappe de raisin, telle ou telle partie du tableau, il est évident que jamais Michel No n’a été aussi proche de l’abstraction et en considérant la toile voisine, on ne peut que dire qu’il n’a jamais été aussi proche de la figuration la plus parfaite. En fait, ce qui prime c’est la force que nous communiquent ces toiles.
Comme dans ce très grand format, "Liane séculaire", le plus grand de l’exposition, la pièce la plus aboutie aussi, sans doute. Un cep de vigne étire ses rameaux dans une explosion, une profusion, un jaillissement de couleurs. Il occupe la toile si entièrement que l’on sent sa force, sa sève envahir l’espace et le maîtriser à la manière des arbres de vie. Impression renforcée encore l’équilibre de la composition.
Equilibre, maîtrise, rudesse et fougue comme pour accéder à cette vérité cachée de la vigne et de la peinture. L’artiste peint, il laisse sur la toile des traces, ces mêmes traces qu’une autre main, celle du vigneron a laissé dans le bois de la vigne qu’il sculpte hiver après hiver, taille après taille, vendange après vendange. Comme si l’artiste enfin avait trouvé sa place d’homme devant la vigne, la vie et le cycle éternel de la nature.
Michel No La vigne dans tous ses états
Mode d’expressions 4, rue Manuel, Perpignan Tél. : 04 68 34 64 41 Jusqu’au 30 décembre
Michel No vit à Palalda depuis une trentaine d'années et a installé son atelier à Arles-sur-Tech.