Avec la guerre, ce monde se brise. Les rêves dorés d’anges gardiens de la fillette se transforment en tapis de fumée grise et menaçante. C’est le temps des privations, des dangers, des menaces et des incertitudes. Le temps de la Mort qui balaye d’un revers de main négligeant la vie de garçons de vingt ans. Comme son frère Louis. Thérèse a quatorze ans mais son récit continue de porter les stigmates de sa voix de toute petite fille comme pour dire l’impossibilité de l’adieu et du deuil. Parce que Louis est ce grand frère adoré, parce Louis, engagé de la dernière heure, était devenu milicien et que l’on ne peut porter sa mort au grand jour. Restent les bonds et les rebonds d’une balle lancée contre un mur, dans un monde comme vidé de sa substance, puisque son frère est mort, puisque sa sœur va le suivre bientôt, puisque papa ne chante plus le matin, puisque la maison de Port-Vendres a été détruite par les Allemands. Restent un monde en ruine et une petite fille presque adulte qui lance contre un mur son cœur brisé. Reste ce récit d’une grande poésie, entre sourire et larme, entre nostalgie et drame, entre confidence et émotion, et la très belle écriture de Thérèse Roussel.
La balle au mur, Thérèse Roussel. Ed. mare nostrum, novembre 2001. 13,5 euros.