Les chemins de Saint-Jacques n’étaient pas fixés une fois pour toutes, contrairement à une autre route patrimoniale bien connue qui traverse aussi notre région, la Via Domitia. Chaque pèlerin allait de chapelle en monastère, d’abbaye en hospice, choisissant de s’arrêter dans les lieux de cultes dévoués à saint Jacques bien sûr, mais aussi aux saints de sa cosmogonie ou de son panthéon personnel.

On connaît bien aujourd’hui les quatre grandes routes qui, en traversant la France, furent empruntées par les pèlerins de toute l’Europe à partir du IXe siècle et durant tout le moyen âge.

Un de ces itinéraires, d’ailleurs, traverse le Languedoc-Roussillon et a été mis au rang de priorité dans les stratégies de développement culturel et touristique par la préfecture de région.

Il s’agit bien sûr de la fameuse route d’Arles qui ralliait Puente-la-Reina en passant par Saint Gilles, Gallargues, Montpellier, Saint-Guilhem le Désert, Lodève, Lunas, Saint-Gervais sur Mare, la Salvetat sur Agout où le chemin passe ensuite en Midi Pyrénées, c’était la route des pèlerins venus de Rome, d’Italie et du sud de la France.

L’important n’est pas que Perpignan se trouve sur une route de Compostelle tout à fait secondaire, d’ailleurs quelques pèlerins célèbres sont passés par Perpignan. Leur souvenir est rappelé en cours d’exposition, comme celui de saint François, cité à double titre puisque l’exposition se tient à Notre Dame des Anges qui est l’ancienne salle capitulaire (autrement dit d’assemblée, de réunion) du couvent qui portait autrefois son nom.

Dès l’entrée de l’exposition, le visiteur a le choix entre plusieurs itinéraires, à lui de choisir entre la " grande route " et les chemins de traverse, à lui de choisir les étapes qui, d’est en ouest, vont lui permettre de découvrir le pays catalan.

Le charme de cette exposition repose sur sa scénographie, sa mise en scène, particulièrement réussie. Au centre se trouve une enfilade de huit portes, tapissées chacune d’une vue différente. Il ne faut pas hésiter à les ouvrir.

Il y a d’abord un chemin le long du canal, puis d’une vigne ; comme lorsque l’on se promène et que le point de vue change au détour du chemin, à chaque porte poussée, on découvre un paysage différent. On tombe bientôt sur les orgues d’Ille, puis on arrive au bord de la rivière, et enfin le chemin grimpe, ce sont les premières côtes de montagne…

Pendant ce temps, ceux qui auront choisi les allées de gauche et de droite iront de village en village. C’est une jolie et intelligente trouvaille que d’allier sur chaque planche qui réunit neuf photos, peut être leur format est-il un peu petit, les monuments, les paysages, les chemins, des détails d’architecture et de sculptures… Comme pour mieux replacer chaque monument, chaque église, chaque village dans le contexte du chemin, de son paysage, de ses cultures. Comme pour mieux nous transmettre une vision large, globale. Comme s’il était impossible de dissocier, et nous avons tendance à le croire aussi, le chapitre roman de marbre rose de Serrabona de l’aride et sauvage paysage des Aspres qui l’entoure. Dommage que seuls les hommes soient absents, ce sont eux pourtant qui ont bâti ces chapelles, creusé ces canaux et entretenu ces chemins.

Les textes font une grande place à l’atmosphère, aux images, à l’évocation d’une histoire plutôt qu’à l’histoire elle même. On regrettera qu’ils soient émaillés de quelques grosses fautes d’orthographe qui gâchent un peu le plaisir. Les portes et les panneaux d ‘exposition sont surmontés de boiseries d’une belle couleur émeraude qui tranche de façon heureuse sur les murs en demi teinte tout en réveillant notre intérêt et notre regard pour les belles proportions de Notre-Dame des Anges.

Tout au long de cette exposition on suit des chemins de vigne, des chemins qui longent les canaux d’irrigation, les sentiers des Aspres, du Conflent qui relient la plaine à la montagne et les villages et les lieux saints, qui sont autant d’étapes pour le pèlerin d’autrefois et le randonneur d’aujourd’hui.

Et l’on quitte Notre-Dame des Anges, avec, en tête, cette invitation à l’errance sur les chemins et sentiers parfois oubliés, rarement fléchés. Quelle meilleure façon de découvrir le patrimoine du pays catalan ? Le chemin recommandé passe par Canohès, Toulouges, Thuir, Castelnou, Camélas, St-Féliu, Corbère, St-Michel-de-Llotes, Ille, Bouleternère, Glorianes, Baillestavy, Estoher, Saint-Michel de Cuxà, Taurinya, Castel, Saint Martin du Canigou, Thuès, Planès… «Ce chemin de Saint Jacques (qui) permet d’éviter sur sa quasi totalité les routes modernes.»

Avec cette exposition, le conseil général des Pyrénées-Orientales lance une magnifique idée et l’on espère vraiment qu’un projet de fléchage existe bel et bien. Un joli défi pour les années à venir !

Le chemin de Saint Jacques de Compostelle Itinéraire en pays catalan (exposition temporaire) Notre-Dame des Anges, rue Maréchal Foch, Perpignan De 10h30 à 18h30, tous les jours sauf le dimanche. Entrée libre.