08mar 2002
Claudine Picard : il n'y a plus de saisons
00:00 - Par Christine Oustailler-Thomas - 2002
Les vernissages sont toujours un temps fort de la sociabilité bourgeoise perpignanaise. Le dernier en date, celui de Claudine Picard à la galerie Thérèse Roussel a connu un vif succès, et ce, que l’on mesure sa réussite au nombre des visiteurs qui s’agglutinaient dans les deux salles, le patio et jusque sur la petite place devant la galerie, ou à la multiplication des petites gommettes rouges qui n’ont cessé de se propager d’un tableau à l’autre durant toute la soirée.
L’artiste consacre une grande partie de son temps et de son activité à seconder Bernard Gout sur les nombreux chantiers de décoration qui lui sont confiés, si bien que les occasions de voir son œuvre personnelle sont rares et très appréciées.
Les natures mortes de Claudine Picard présentent un caractère décoratif qui plait beaucoup, une beauté paisible, accessible et rassurante. Sa préférence va aux objets d’un quotidien suranné, des objets hors saison et hors d’usage, oubliés au fond des placards, retrouvés dans les brocantes. Gourdes anciennes, battoirs de bois, pots de terre cuite, vieux jouets, vieux outils, cadres anciens posés à l’envers… Ce sont des objets artisanaux, façonnés par la main de l’homme, ils ont aussi en commun les craquelures du temps, des traces d’usure et la patine d’un long usage. Parfois, l’artiste s’amuse à faire voisiner sur le dos d’un livre son nom à côté de celui du marquis de Sade, mais l’impertinence n’est pas là.
Les objets sont regroupés par thèmes, matières, formes, comme si toute la démarche de l’artiste était sous tendue d’une volonté de collectionner, d’ordonner, de classifier. Un peu à la manière des entomologistes, naturalistes, botanistes des temps passés qui nous ont transmis leurs magnifiques planches regroupant par taille, couleur, famille et sous genres coléoptères, papillons, insectes et plantes et auxquels elle emprunte un certaine esthétique dans la présentation, les couleurs des fonds, le sens du détail…
Nous sommes bien loin de la débauche de fleurs, d’ors, de vaisselles, de couleurs et d’animaux morts qui caractérisait autrefois les natures mortes. Bien loin aussi de l’accumulation colorée et mercantile du pop art, inquiétante et déshumanisée de l’hyperréalisme. Au fil des évolutions et des expériences picturales, l’objet n’a cessé de perdre du sens. Avec Claudine Picard, l’objet est toujours là, mais c’est à la subjectivité des souvenirs, des perceptions qu’il fait appel.
Avant d’être appelé " nature morte ", à partir du milieu du XVIIIe siècle et de Chardin, ce genre était désigné par l’expression de " vie coye ", c’est à dire vie silencieuse. C’est bien de cela qu’il s’agit ici. De la vie silencieuse des objets. Du monde intimiste des objets. "Objets inanimés avez-vous donc une âme ?", le questionnement de Lamartine résonne du fond de son XIXe siècle. Désormais les objets n’ont plus d’âme, c’est juste une partie de la nôtre qui est là, posée comme un vieux souvenir d’été sur une étagère de bois, déjà recouverte d’un léger voile de poussière et d’oubli.
Galerie Thérèse Roussel Place Desprès, Perpignan Ouvert tous les après midis sauf le dimanche.