21mar 2002
1962-2002 : une commémoration agitée, des rapatriés couvrent d'insultes les anciens combattants
00:00 - Par Fabrice THOMAS - 2002
D’un côté deux cents anciens combattants venus comme chaque année commémorer le 19 mars 1962, date du cessez-le-feu en Algérie, de l’autre côté le même nombre de rapatriés et quelques harkis qui manifestent quand revient cette date qui représente à leurs yeux l’abandon de l’Algérie française. Et au milieu des barrières gardées par plusieurs dizaines de policiers en uniforme et en civil.
Le Front National
«Vila assassin, fellous, fellaghas, enculés, traîtres, salauds...» Durant toute la cérémonie, devant le monument aux morts à quelques pas du palais des congrès, les injures pleuvent sur les anciens combattants d’Algérie. Certains manifestants brandissent un journal du Front National abondamment distribué. Il s’ouvre sur une double page remplie de photos de corps atrocement mutilés pas les indépendantistes algériens.
Le Chant des Africains
Sur les banderoles, on lit : «19 mars 62 - accords d’Evian, Atteinte à la dignité humaine, crime contre l’humanité, non assistance à personne en danger» et «Non au 19 mars 62 = génocide pied-noir et harki = crime contre l’humanité». Jean-Marc Pujol, maire adjoint de Perpignan a l’air embarrassé par l’agressivité des siens. Mais que peut-il contre tant de ressentiment accumulé ? A la Marseillaise, les manifestants répondent par le Chant des Africains. Sur une voiture, des hauts parleurs crachent des documents sonores d’époque illustrant la trahison dont les pieds noirs se disent victimes. Etonnant spectacle que celui que donnent ces hommes, ces femmes en colère comme s’il ne s’était pas passé quarante années depuis que la France a quitté l’Algérie ! Le tempérament expansif des pieds-noirs excuse-t-il ses débordements qui sans la présence policière tourneraient facilement au pugilat ? __ La sale guerre__
En arrivant à la cérémonie, Claude Cansouline, vice-président du conseil général, lance aux rapatriés : «J’y étais là-bas, pas la plupart d’entre vous…» Ceux qui ont participé à cette sale guerre qui ne disait pas son nom vivent mal d’être injuriés par ceux pour qui ils avaient le sentiment de se battre.
30 000 morts
Les anciens combattants qui se recueillent à la mémoire de leurs camarades (près de 30 000 sont morts en Algérie, la majorité d’entre eux étaient des appelés d’une vingtaine d’années, envoyés de l’autre côté de la Méditerranée pour 30 à 36 mois) et ces pieds-noirs qui pleurent leur arrachement à la terre sur laquelle leur famille était installée depuis plusieurs générations ne semblent pas avoir grand chose en commun.
Une date à jamais controversée
Conscient de cette situation, le gouvernement est resté au milieu du gué. Alors que 278 députés ont voté le texte adoptant la date du 19 mars comme Journée nationale du souvenir des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc, le texte n’a pas été transmis au Sénat. Il a invoqué un consensus insuffisant pour faire en sorte que la commémoration du 19 mars ne s’inscrive pas dans les lois de la République.