Suite à quelques promesses de la mairie comme le transfert du poste de police dans les anciens abattoirs (!!!), les agents ont accepté de suspendre provisoirement le gel des PV et de la fourrière, par lequel ils s'étaient fait remarquer. Mais la colère est toujours là. Perpignan-toutvabien a donc tenu à savoir pourquoi, et a constaté une situation préoccupante.

Taisez-vous !

Les policiers des divers syndicats qui ont témoigné dans cette enquête ont tous demandé la garantie de leur anonymat. «À chaque fois que nous avons demandé l'autorisation de parler à la presse, elle nous a été systématiquement refusée.»

Le feu sous les képis

«La mairie a reçu les premières revendications le 14 décembre 2001, et elle n'a jamais daigné y répondre, prenant les agents pour ce qu'elle les prend depuis 1992», explique-t-on à la CFDT. Car le feu couvait sous les képis depuis une dizaine d'années déjà. «C'est le ras-le-bol qui a déclenché ce mouvement. On est des laissés pour compte depuis des années.»

Début janvier 2002, une intersyndicale est donc née, comprenant FO, l'UNSA et la CFDT. Elle va faire grève à partir du 19 janvier si la mairie ne répond pas aux huit points soulevés et que voici.

Tout d'abord, les agents manquent d'effectifs, ils ne sont que 47, alors que les missions ne cessent de s'accroîtrent. Ils raillent d'ailleurs certaines de ces missions comme par exemple le fait d'être mobilisés à 3 personnes pour aller déposer une gerbe de fleurs.

Montée de la délinquance Le développement de l'insécurité les incite aussi à réclamer une prime supplémentaire dont ils pensent pouvoir bénéficier comme dans d'autres villes, et qui est nommée «nouvelle bonification initiale» (NBI). Il faut dire que les récentes agressions subies par les policiers route d'Argelès, ou encore au Barcarès, commencent à les énerver. «Il y a une montée évidente de l'insécurité, qu'elle soit verbale ou physique. Il y a de plus en plus d'agressivité : par exemple pour un simple timbre amende à 230 francs. On nous demande la tolérance zéro, mais on n'arrête personne pour outrage. Si on le fait, il nous est répondu qu'on exagère. Et puis après, de toute façon, ces délinquants ne risquent rien.»

Conditions de travail déplorables

D'autres points de revendication concernent la vétusté du matériel. Et là, le constat est éloquent. «Nos locaux sont insalubres. Les conditions de travail sont déplorables. Les véhicules ne sont pas attribués en fonction des missions des agents, mais en fonction des agents. Les réseaux radios sont inadaptés, et il y a des zones d'ombres dans lesquelles on se retrouve coincés. Et puis, certaines fréquences radios s'immiscent sur le réseau, comme les ambulanciers ou les cibistes. Nous avons également demandé la refonte des systèmes d'habillement. Les agents se font ressemeler eux-mêmes leurs godasses ! Et puis quand on reçoit les tenues, c'est rare qu'elles nous aillent bien.» Ça, ça se voit ! __ Déroulement de carrière bloqué__

Avant-dernière demande des agents municipaux : la remise en fonction d'un forfait/jour compensateur pour les jours fériés travaillés qu'ils avaient auparavant. Enfin, les policiers perpignanais faisaient avant tout grève afin d'obtenir le passage au grade supérieur «à l'ancienneté minimum requise». C'est-à-dire qu'au bout de 4 ou 5 ans dans un grade, les agents pourraient prétendre au grade supérieur. «C'est un déroulement de carrière qui est prévu mais qu'ils n'appliquent pas», précise encore un policier municipal. «Ça ce passe un peu n'importe comment. Il y a des gars qui ont 16 ans d'ancienneté et qui sont toujours agents !»

3 semaines de gel des PV

De négociations en négociations, ce "gel" va durer 3 semaines, et ne s'interrompra que le 12 février dernier. «Nous avons uniquement "suspendu" le mouvement en attendant de voir si les promesses sont appliquées», expliquent les représentants de FO et de l'UNSA. Car l'intersyndicale a explosé à l'épreuve de ces négociations. La CFDT était quant à elle pour la poursuite du mouvement, elle crie à la trahison : «Le 8 février, 100% des policiers étaient pour la poursuite du mouvement», assure-t-elle. Certains flics indiquent avoir entendu parler de mystérieuses négociations qui se seraient déroulées pendant le week-end sur un terrain de sport. Le 12 février, donc, les policiers votent la levée du gel des PV et de la fourrière par 29 voix contre 18, en l'absence des délégués CFDT.

Direction l’abattoir

Qu'ont donc obtenu les policiers ? «Apparemment nous devrions emménager l'année prochaine dans les abattoirs», assurent ceux qui ont accepté les propositions de la mairie. «Nous avons aussi demandé quelques engagements sur les déroulements de carrière. Nous avons également obtenu 20 postes de promotions dans les 3 prochaines années contre 1 ou 2 par an auparavant. Au niveau des effectifs supplémentaires, il y a 4 emplois-jeunes qui ont eu le concours et qui vont être embauchés. Il y a encore des choses sur lesquelles on n'est pas d'accord, mais je pense qu'on va pouvoir progresser.»

Les policiers CFDT repassent à l'action

Mais, tous les policiers ne l'entendent pas de cette oreille. Et, côté CFDT, on est repassé à l'action cette semaine en diffusant un tract en interne nommé "Le jeu de l'oie", indiquant bien évidemment qu'on s'était joué des poulets. «Nous n'avons presque rien obtenu, s'étranglent-ils. Côté effectifs, il n'y en aura que 4 de plus à être fonctionnels en 2003. Pour la prime NBI, on a reçu un "non" catégorique. Pour le forfait aussi. Pour les locaux, il n'y a rien de fait. Les abattoirs, c'est à l'étude pour 2003 ; c'est bien, mais ce n'est qu'à l'étude. Il y a eu beaucoup de promesses non tenues, alors maintenant, on est comme Saint Thomas : on attend de voir. Au niveau du matériel, ils n'ont accordé que 2 voitures pour 2003 et 2 motos. Quant à la refonte du système d'habillement, on n'en entend plus parler. Pour les promotions, ils nous ont refilé une belle carotte en nous donnant ce qu'on voulait la première année : c'est-à-dire 9, puis 7 la suivante, puis 4 en 2004 avec plus aucun poste de brigadiers-chefs. Les autres syndicats se voulant plus pragmatiques leur répondent "qu'on ne contentera pas tout le monde, et l'administration n'allait pas embaucher 20 personnes d'un coup. Mais nous restons attentifs et mobilisés.» Le malaise est toujours là, intact. Il faudra plus que quelques "mesurettes" pour soigner le blues des policiers municipaux de Perpignan.

Depuis presque 10 ans, la police municipale de Perpignan va de crise en malaise. L’incapacité de la mairie à assurer le bon fonctionnement de ce service suscite des interrogations sur la crédibilité de la proposition de Jean-Paul Alduy tendant à donner au maire des pouvoirs sur les missions de police de proximité assurée par la police nationale.