Lorsque des journalistes de FR3 Montpellier ont été condamnés, L’Indépendant en a rendu compte. Notre quotidien a aussi suivi de près le procès de plusieurs membres de la famille Baylet. Les dirigeants de La Dépêche du Midi ont été condamnés pour abus de biens sociaux. Mais lorsque, dans la même période, Alain Minc, président du conseil de surveillance du Monde a été lourdement condamné pour plagiat par le tribunal de Paris, le 28 novembre 2001, L’Indép. n’a pas fait une ligne.

Malgré la sévérité du jugement, Alain Minc n’a pas fait appel de sa condamnation à 100 000 francs de dommages et intérêts (15 244 euros) et 20 000 francs (3 049 euros) de frais de justice. C’est pourtant la plus forte condamnation jamais prononcée contre un plagiaire.

Le consultant financier «libéral de gauche», comme il se définit lui-même, est aussi essayiste à succès, auteur entre autre de Spinoza, un roman juif. C’est dans cet ouvrage que Patrick Rödel, un enseignant en philosophie à Bordeaux, a repéré 36 emprunts allant jusqu’à une longueur de 27 lignes à sa Biographie imaginaire de Spinoza. «Ce n’est pas du plagiat, c’est du pillage», commentait un journaliste qui a suivi le procès.

La recette de la confiture de roses a été fatale au président du Monde. L’auteur de Spinoza, un roman juif a été pris les doigts dans le pot de confiture. Il donne, en effet, la recette de la «confiture de roses à la Spinoza», mais il ne peut que l’avoir empruntée au livre de Rödel, puisque celui ci l’a inventée de toutes pièces. La simple vue d’un pot de cette mixture doit, à présent, donner des nausées à Alain Minc. Encore qu’il ne manque pas d’estomac !

Dans Le fracas du monde, le journal qu’il a tenu en 2001 (Editions du Seuil), Alain Minc aborde à deux reprises son affaire, le jour du procès et le jour du jugement. Le mardi 16 octobre, il écrit «J’aurais préféré une circonstance plus agréable pour vivre un moment exceptionnel : une plaidoirie de Georges Kiejmann. L’auteur d’une Biographie imaginaire de Spinoza, un universitaire bordelais, M. Roedel, m’avait assigné en «plagiat» et «contrefaçon» pour mon Spinoza, un roman juif. J’avais apprécié l’ouvrage de Patrick Roedel et l’avait écrit dans mon livre, mais, ignorant de la jurisprudence, ce qui est une erreur de la part d’un vieil auteur, j’avais péché en deux ou trois endroits. Cela s’est transformé en une charge au vitriol sous forme d’assignation de la part de cet universitaire et une plaidoirie caricaturale de son avocat m’accusant de «viol» et de «souillure» : moment désagréable, même si la démesure du propos le disqualifie. Vint mon ami Kiejmann. Lui si volubile, concentré et silencieux avant de prendre la parole, tel un boxeur prêt à monter sur le ring. Puis, une fois sa plaidoirie lancée, une heure de monologue, sans la moindre note, maniant Colerus, Lucas, Bayle, les premiers biographes de Spinoza, comme s’il les fréquentait depuis sa jeunesse, volant de Descartes à Pascal et de Pascal à Leibniz tel un professeur de khâgne, l’humour en plus, alternant le charme, l’ironie, l’émotion, le sarcasme, concédant ce qui devait l’être afin de mieux annihiler les arguments de mauvaise foi...» Suit un panégyrique de Kiejmann qui nous éloigne du procès sauf lorsqu’il évoque «sa dérisoire affaire.»

Tout l’exercice de Minc a consisté à faire diversion, à noyer le poisson, à minimiser les accusations qui sont portées contre lui. Heureusement pour Alain Minc, la malhonnêteté intellectuelle n’est pas un délit. Retour au journal d’Alain Minc, le mercredi 28 novembre. «Verdict Spinoza : attendus nuancés ; jugement sec ; sentiment évidemment désagréable. Que de procès aurais-je gagné au nom de cette jurisprudence à propos de tel ou tel de mes bouquins...» Et pour finir le lecteur du journal de Minc ne saura pas qu’il a été condamné. Les commentaires de Minc sur son affaire sont presque pires que sa condamnation elle-même. L’indélicat maître à penser ne sait que se draper dans son arrogance de maître du Monde.