Ses parents étaient bien natifs du village, mais son père, fonctionnaire aux impôts, a dû faire un détour par la capitale, avant d'être muté à Céret. Et c'est entre Céret et Sorède que grandira Yves Porteix. Il dut cependant quitter le Roussillon afin d'aller faire sa "pharma" à Montpellier. Ce sera presque sa seule infidélité à la région, car, même lorsqu'il dut remplir ses obligations militaires dans la Marine, Yves Porteix réussit à se faire affecter à Amélie-les-Bains (à l'hôpital militaire) !

Elu à 23 ans

Il faut dire qu'il avait un peu joué des coudes afin de cumuler son service avec d'autres obligations, locales celles-ci : il était déjà conseiller municipal de Sorède depuis 1977, élu à l'âge de 23 ans. «Je m'intéressais plus à mon village qu'à la politique en général. Bien sûr, comme tous les étudiants, j'en faisais en palabres. Mais la politique m'est tout de même venue après. Au départ, j'ai été repéré afin de rajeunir l'équipe municipale locale. J'étais dans la vie associative : club des jeunes, des sports, comité des fêtes. A partir de 1983, je suis devenu adjoint, et on m'a donné une délégation pour tout ce qui justement concernait les loisirs." Et puis en 1987, André Cavaillie prévient discrètement Yves Porteix : dans deux ans, il compte lui "céder" sa place.»

Une visiteuse médicale frappe à la porte

«J'ai eu de la chance : il a arrêté à l'âge de 60 ans.» Porteix sera ensuite réélu en 1995, puis en 2001. Il s'ancre définitivement à Sorède en 1988, en rachetant la pharmacie du village et, dorénavant, il ne quittera plus ses Albères. Pour le trouver, il va falloir venir l'y chercher. Justement, un jour, le destin vient frapper à sa porte en la personne d'une visiteuse médicale qui entre dans sa pharmacie : il l'épousera et ils auront deux enfants ! Du haut des Albères, on est tout de même attiré par les lumières de Perpignan qui brillent dès la tombée du jour. «J'ai bien aimé l'attitude d'Alduy, en 1993. J'ai trouvé que c'était quelqu'un qui faisait de la politique autrement, avec d'autres personnes que des politiques : des socioprofessionnels.» Yves Porteix est-il, comme certains se sont plu à le dire, un "clone" de JPA ? «Ce n'est pas un modèle. J'ai juste bien aimé son parcours, et sa manière de travailler.»

Humaniste bon teint

Quand on lui demande quelles sont les motivations de son engagement politique, Yves Porteix réfléchit longtemps. Il n'a pas encore rôdé son argumentaire de campagne. La discussion y gagne en franchise. «Avant tout, ma vision de la politique n'est pas que les idées de droite sont bonnes et que celles de gauche sont mauvaises, ou inversement. La politique doit être un moyen de faire participer le citoyen. Il faut avant tout humaniser les démarches politiques. Je ne suis pas non plus pour le "tout libéral", ou le "tout social". Je pense qu'il faut des deux, et que c'est possible. Bien évidemment, je suis aussi un Européen convaincu. C'est un pas en plus vers la paix, la fraternité et l'humanisme. Les choses ont bien changé depuis 50 ans. Je pense que les jumelages y sont aussi pour quelque chose. (Sorède est jumelée avec une ville de Bavière et une autre des Baléares.) L'Europe, c'est aussi la seule solution économique face aux Etats-Unis. Et je ne pense pas que ce soit une perte de souveraineté, comme le disent certains.»

Bayrou sans ambiguïté

Yves Porteix, un peu comme Jean-Paul Alduy, n'est pas très vertébré au niveau politique : «Les grands problèmes qui se posent ne seront pas réglés par la droite ou par la gauche, mais par la nation toute entière. Au niveau de la sécurité, on voit bien par exemple que tous les programmes électoraux se ressemblent.» Yves Porteix soutient tout de même sans ambiguïté François Bayrou pour les élections présidentielles. «J'espère que ça nous donnera le plus fort pourcentage possible. L'UDF départementale est également claire sur le sujet : au premier tour, on soutient Bayrou. Plus Bayrou fera un bon score, plus le candidat de droite au second tour aura de chance d'être élu. Pour le second tour, on verra ensuite qui est le candidat de droite le mieux placé.» Alduy semble pour sa part connaître la réponse.

Un parti trop perpignanais

Après avoir échoué aux élections cantonales de 1998 dans une triangulaire avec le Front national –il avait réalisé 30% des voix– Yves Porteix progresse tout de même au sein de l'UDF locale. «J'ai attiré l'attention d'Alduy sur le fait que c'était un parti trop perpignanais. Depuis, je suis président délégué, surtout pour l'extérieur de Perpignan. Ce qui correspond bien à cette circonscription.» Il en parle beaucoup de cette circonscription, pourtant d'autres noms de candidatures possibles pour l'UDF —tels Bordanell ou Becque– ont circulé dans le microcosme politique.

Candidat probable

«S'il doit y avoir un candidat de l'UDF, il a de grandes chances que ce soit moi. Et il y en aura vraisemblablement un. Oui, il y a des chances que je sois candidat. A 85 ou 90 %. A 48 ans, je pense avoir atteint la maturité nécessaire, et l'envie de me lancer. Je suis le candidat probable ! Son adversaire ? Henri Sicre ? Comme le dit un bouquin de Bayrou : il faut "la relève". Lui devient quelqu'un du passé. Et puis, nous avons des façons totalement différentes de travailler. Il faut que le député ait une vraie proximité avec les citoyens. Sicre ne l'a pas, ou s'il l'a, c'est au moment des élections. Et puis il porte des idées de gauche, et moi de droite ou de centre-droit.»

Des projets et des orientations pour la circonscription

Député, c'est une tâche double. Il faut travailler à la fois pour tout le pays, et pour son territoire. Ici, il y a un côté économique et touristique important, avec par exemple l'écoport du Boulou ou bien le port de Port-Vendres. À ce propos, les projets d'aménagement du port constituent une erreur monumentale et risquent de le défigurer. L'agriculture est aussi présente sur la circonscription et puis on a les thermes au Boulou et à Amélie. Au niveau transfrontalier, nous avons tout intérêt à avoir des relations et des actions conjointes avec la Catalogne, que ce soit pour l'environnement, la culture ou l'économie. Je pense aussi qu'il faut maintenir un bon réseau de communications routières entre les endroits de la circonscription qui se dépeuplent comme le Vallespir ou le Haut Vallespir et ceux qui se repeuplent comme les Albères ou la côte.»

L’UDF en état d’incertitude

Mais l'UDF semble à la traîne dans ses élections. Yves Porteix n'est d'ailleurs toujours pas candidat officiel, tout comme ses amis des autres circonscriptions.