Nationalité : Belge

Jean-Claude Pinget est issu d'une famille de Haute-Savoie. Mais son accent n'est ni d'ici, ni de là-bas. Surnommé Le Belge, Jean-Claude Pinget vient en effet d'Outre-Quiévrain. De Marienbourg exactement, place forte française en 1659 et jusqu'au traité des Pyrénées. Jean-Claude Pinget, qui a toujours la nationalité belge (c'est pour ça qu'il ne peut pas encore se présenter aux élections), se sent néanmoins totalement français. «La plupart des Wallons ont le sentiment profond d'être Français et victimes de traités internationaux.»

«Chacun chez soi»

Mais Pinget n'est pas, à l'instar de ses compatriotes, braqué contre les autres Belges : les Flamands. Il est partisan du chacun chez soi et donc de la mise à mort de la Belgique. «Il est dans la logique des choses que la Flandre soit indépendante et que la Wallonie retrouve la mère patrie. J'aime bien les Flamands. Ce sont des Germains. L'Europe a deux états d'esprit. Un latin, et un autre germano-slave. Une Europe du sud, avec la Meuse comme frontière, aurait pu marcher.» On l'aura compris, l'Europe de Pinget n'est pas celle de Maastricht. Et quand il dit qu'il aime bien les Flamands, c'est peut-être aussi parce que le Wlaams Block (Bloc Flamand, équivalant local du FN), y fait des scores records.

«J'ai toujours préféré Spartes à Athènes»

Ce n'est pas au sein du giron familial que Jean-Claude Pinget a découvert le radicalisme de droite, mais au lycée. «Pendant mes humanités, j'ai toujours préféré Spartes à Athènes, Socrate à Démostène. J'ai aussi bien aimé Rome, mais j'affiche ma fidélité à Athena», dit-il en désignant la chouette, symbole de la déesse grecque, qu'il porte à la boutonnière. «J'aime Agôn (le combat), et Metron (la mesure), mais j'ai peur d'Ubris (la démesure). Quand on pèche par Ubris, les dieux châtient toujours.» Est-ce pour se donner un côté spartiate que Jean-Claude Pinget s’entoure de dizaines de jeunes gros bras ?

"Solidariste" avec Pierre Sergent

Pas très orthodoxe, tout cela ! Les jeunes nationalistes belges n'ont-ils pas reçu l'héritage du leader catholique et nationaliste de leur pays, Léon Degrelle, le chef des Rexistes ? (Pro-nazi, Léon Degrelle est le créateur de la légion Wallonie qui a pris part à la guerre aux côtés des SS.) Jean-Claude Pinget nie cette filiation, «Etudiant, je suis rentré aux Etudiants Nationaux Européens qui étaient dans le courant solidariste. C'était la renaissance d'une droite dure, avec Jean-Pierre Stirbois, Jacques Bompard (l’actuel maire FN d'Orange), une droite sociale, nationale et populaire dont Pierre Sergent (ancien responsable FN de Perpignan) était un peu le maître à penser. Quand Le Pen dit «Je suis économiquement de droite, socialement de gauche et nationalement de France» : ce sont les principes de base du Solidarisme. En 1968, nous étions pour une droite moderne, aux antipodes de la droite catholique et conservatrice du début du siècle, temps où l'église était encore alliée aux puissances d'argent. Nous n'avions donc rien à voir avec Degrelle. Et puis il y a eu la campagne de Tixier-Vignancourt (candidat d’extrême droite à l'élection présidentielle française soutenue par Le Pen ainsi que par les nostalgiques de Vichy). J'avais tanné mon père pour aller l'écouter à Charleroi.»

Ami de Jean-Pierre Stirbois

Puis, avocat au barreau de Dinant (Belgique), Pinget fait moins de politique. «Modérément, jusqu'en 1984 aux élections européennes où Jean-Marie Le Pen a refait surface.» Son vieil ami Jean-Pierre Stirbois a en effet rejoint le FN. C'est d'ailleurs lui qui a fait émerger le parti lepeniste lors d'une élection à Dreux. «Stirbois était devenu secrétaire général du FN, il était l'organisateur de la machine. Il s'était déjà rendu compte du peu de fidélité de Mégret et de son entourage. J'ai pleuré, le jour où j'ai appris la mort de Stirbois (au volant de sa voiture). J'ai refait trois fois le fameux tournant sur la route Dreux-Paris. Je ne comprendrai jamais cet accident. La presse a dit qu'il avait les pneus lisses, mais c'était faux.»

Mis en place par Le Pen

Puis, en 1989, Jean-Claude Pinget arrive à Perpignan. «Je voulais que mon fils ait un cycle scolaire français complet. Je ne voulais plus être à cheval sur les deux pays, et puis je souhaitais me consacrer au FN. Comme je venais à Perpignan depuis des années, je me suis trouvé un point de chute dans la région, dans un tout petit village.» Fin 1998, Maryse Besse, alors secrétaire départementale, suit Bruno Mégret dans la scission (elle reviendra ensuite au FN). Elle est alors remplacée par Laurent Helligenstein. Mais le FN a du mal à retrouver ses marques et c'est finalement à Jean-Claude Pinget que Le Pen confie la direction de son parti dans les P-O en janvier 2000.

Redoutable politique

Derrière le côté "Belge rond et sympa" de Pinget, le président du FN a certainement su déceler un redoutable politique, comme lui adepte des bons mots et des formules cinglantes. Pinget sait, en effet, jouer au gars pas bien méchant et pourtant il a toujours été un fidèle invité des diplomates américains, et ce, depuis qu'il s'était occupé des comités de soutien au Sud-Vietnam (viscéralement anticommunistes et soutenus par la CIA). Les Spartes de Pinget, ce fût donc un peu la Guerre Froide.

Le téléphone n'arrête pas de sonner

Le FN d'aujourd'hui est toujours diminué par sa scission mégretiste. «Nous n'avons pas encore retrouvé le niveau d'adhérents des "années glorieuses", vers 1990, mais nous avons encore un chiffre très honorable par rapport aux autres partis du département.» Depuis dimanche, le téléphone n'arrête cependant pas de sonner dans leur QG de la rue de l'Ange. «Beaucoup de jeunes téléphonent pour adhérer.»

«Je m'suis fait un malaise»

Pinget vit avec délices la montée des partis nationalistes dans les pays européens depuis ces 10 dernières années : Flandres, Italie, Autriche, jusqu'à ce premier tour du 21 avril. «Je m'suis fait un malaise. J'ai fait de l'emballement alors que j'étais en train de cocher les bulletins Le Pen qui tombaient, et en regardant la tête du maire qui se décomposait. Dimanche, j'ai connu la plus grande joie de ma vie de militant. Je volais. Je marchais sur l'eau. Ce second tour va enfin permettre à Le Pen de parler aux Français à armes égales.»

Le chef de la première force politique des PO

Quelques minutes après les résultats du premier tour, Jean-Claude Pinget a encore du mal à parler, mais il se remet rapidement. Alors qu'un militant lui propose du champagne, "Le Belge" le rappelle : «Il n'y aurait pas plutôt de la bière ?» Avec son accent et ses réflexes de là-bas, Jean-Claude Pinget, arrive donc néanmoins à s'imposer comme chef de la -désormais- première force politique catalane. Il y a quelques semaines, pratiquement personne ne connaissait son nom et son visage. Aujourd’hui, ce que nous savons de Jean-Claude Pinget, de son itinéraire politique et idéologique, n’est que la partie visible, ce qu’il veut bien révéler d’une vie marquée par un engagement à l’extrême droite.