02mai 2002
Le tribunal des alcooliques : une séance ordinaire
00:00 - Par Fabrice THOMAS - 2002
Mardi après-midi, 30 avril, le tribunal correctionnel de Perpignan jugeait une bonne quarantaine d'affaires d'alcoolisme au volant, longue liste de faits divers révélatrice de l’inconscience de nombreux conducteurs.
En 1997, il avait tué une personne au volant et s'était enfui. Depuis qu’il est sorti de prison, il conduit à nouveau, sans permis, sans ceinture et sans s'arrêter au coup de sifflet des policiers : un danger public qui retournera en prison.
Bruno, gitan lui aussi, cheveux longs et voix cassée, passe également devant le tribunal de Mme Sigala. Il dit qu'il a juste voulu raccompagner des amis malgré sa suspension de permis, parce qu'il était le seul de la bande à ne pas être saoul ce jour-là. Il brûle tout de même un feu rouge et prend un sens interdit. Comme peu de temps auparavant il avait déjà commis un délit de fuite en état de grande ivresse à Narbonne, il est sous les verrous et va y rester.
Christophe, 31 ans, vient d'ouvrir une crêperie à Amélie-les-Bains, il a une altercation avec les gendarmes de Canet alors qu'il a un peu bu (0,89g.) et qu'il a mal garé son véhicule devant le bistrot. Il se fait retirer son permis pour 3 mois. Seulement, voilà, habitant Claira, il ne veut pas aller travailler à pied à Amélie. Il prend donc sa voiture, sans assurance, sans ceinture, et donc sans permis, mais non sans avoir oublié d'ingurgiter 0,65g d'alcool.
Antonio, lui, a 37 ans, il est malade de l'alcool et papa de deux enfants de 3 et 5 ans, il retombe systématiquement. Bonne tête, franc, intelligent, mais malade. Après un an de prison purgé pour avoir fait un blessé en conduisant le résident de Saint-Génis les Fontaines continue parfois à boire. Pas souvent, et ses collègues d'Auchan témoignent de sa sobriété. Mais dès qu'il touche au goulot, Antonio ne peut plus s'arrêter. Le 1er février dernier, seulement 10 jours avant de récupérer son permis, il boit une bouteille de vin, une dizaine de Ricard, et se fait arrêter sur son cyclomoteur totalement ivre (3,30g.). Convaincant sur sa détermination à sortir du cycle infernal, il ne prendra que 10 mois avec sursis.
La clémence des juges, Marie-Albe en bénéficiera aussi. Cette jeune fille de 22 ans, serveuse dans une pizzeria, aura sans doute assez goûté aux joies de la prison pendant la nuit qu'elle a passé en cellule de dégrisement. Pour un feu grillé et 0,67g. d'alcool absorbé lors d'un anniversaire. Elle a l'air plutôt contente d'éviter la prison avec sursis, même si elle n'est pas près d'avoir le droit de retoucher un volant (10 mois).
Cécile est encore plus jeune, 21 ans. Pas non plus l'air d'être une grande criminelle. Jolie et timide. Née à Lorient, elle n'a pourtant pas l'air d'avoir l'habitude de l'alcool. Avec 2 g. dans le sang, la jeune vendeuse en magasin de Font-Romeu, a tout de même pris sa voiture, le 11 janvier. Ses pneus sont lisses. Une autre voiture lui fait peur, et en faisant un écart, elle sort de la route et s'encadre un mur. Son avocat parle du manque de responsabilité des jeunes, comme par exemple ceux qui se saoulent en bande le vendredi soir à Canet ou ailleurs. " "Aujourd'hui, il y a un vrai problème d'alcool dans la jeunesse. Ils ne sont pas tout noirs ou tout blancs." Elle prend 15 jours avec sursis, 6 mois de suspension de son permis et une amende. La jeune fille a du mal à encaisser.
Même si la situation reste dramatique, certaines histoires prêtent à sourire, comme celle de Daniel, un jeune pré-retraîté, dans la nuit du 26 janvier et (toujours) sous l'emprise de l'alcool, il a voulu faire la course avec une voiture de gendarmes banalisée.
Dirigeant de sociétés, Jean a pour sa part refusé de souffler dans le ballon après un accident, alors que les policiers ont trouvé qu'il exhalait une drôle d'odeur. Il se défend en disant que sa tête a cogné le pare-brise pendant le choc et qu'il ne comprenait plus rien. Peu convaincant. Il sera privé de son permis pendant 6 mois.
Paul-Louis, un viticulteur de 50 ans, a également refusé de se soumettre au contrôle d'alcoolémie que des gendarmes, intrigués par sa conduite zigzagante, avaient décidé d'effectuer. "Je suis le cousin du tribunal de grande instance", leur a assené le piccolo (ce qui a d'ailleurs intrigué la présidente). Il a ensuite "parlé de Le Pen" aux gendarmes et les a incité à "plutôt s'occuper des voleurs de voitures", que de son cas. Les gendarmes sont alors montés dans la voiture du prévenu afin de l'emmener au commissariat. Ils ont dû rouler toutes fenêtres ouvertes tellement l'odeur d'alcool était insupportable. L'homme avait ramené une caisse de sa production de muscat à ses amis pour "faire la fête". L'abus lui coûtera 15 mois avec sursis et 6 mois de suspension de son permis.
Toutes les autres affaires sont du même…tonneau Triste mardi au tribunal des alcooliques !