03mai 2002
Anatoly Poutiline : je suis sorti seul sur la route
00:00 - Par Christine Oustailler-Thomas - 2002
Dans l’entrée, la plus petite des pièces de la galerie Mode d’expression, trois tableaux : le premier représente deux abricots, le second une grenade ouverte, le troisième, une pomme. Des fruits mûrs, pulpe offerte, grains jaillissants, formes pleines, fermes et rebondies, d’où se dégage une grande sensualité. En haut et en bas du tableau à la grenade, le peintre a représenté les accroches du chevalet ; à proximité des abricots, une poignée de pinceaux posés dans une coupelle et sur le tableau à la pomme, le repose main du peintre.
Dans l’entrée, la plus petite des pièces de la galerie Mode d’expression, trois tableaux : le premier représente deux abricots, le second une grenade ouverte, le troisième, une pomme. Des fruits mûrs, pulpe offerte, grains jaillissants, formes pleines, fermes et rebondies, d’où se dégage une grande sensualité. En haut et en bas du tableau à la grenade, le peintre a représenté les accroches du chevalet ; à proximité des abricots, une poignée de pinceaux posés dans une coupelle et sur le tableau à la pomme, le repose main du peintre.
Ce n’est pas la première fois que Poutiline fait figurer dans ses créations les "instruments" du peintre comme autant de personnifications, comme autant de rappels à une peinture qui, dans la tradition classique, est d’abord un artisanat. Le très beau tableau Hommage à Rigaud (1999) acquis par la municipalité de Perpignan et que l’on peut voir au musée Rigaud, présentait déjà pratiquement l’intégralité de ses détails récurrents, outre le repose-main, le chevalet, les pinceaux, on avait aussi l’esquisse, la palette, un côté de toile, une blouse du peintre et un tabouret.
Dans les œuvres présentées en ce moment dans les galeries Mode d’Expression et Art Actuel, ce qui frappe tout d’abord c’est l’omniprésence de ces objets pris parfois comme sujets uniques, exclusifs de la toile. Poignées de pinceaux usagés, palettes tachées de peinture, tabourets éclaboussés et chevalets vides… D’autres outils nettement plus symboliques figurent, eux aussi, depuis longtemps et toujours dans les tableaux de Poutiline, il s’agit bien sûr de la règle et surtout du compas, comme un trait d’union entre le travail physique, le savoir-faire du peintre artisan et sa quête spirituelle et théorique, son savoir. Car toute son œuvre est sous-tendue, traversée par cette recherche métaphysique.
Roger Castang qui présente actuellement le travail accompli par Anatoly Poutiline ces deux dernières années dans ses deux galeries du centre ville parle d’un artiste «en pleine évolution, entre deux périodes», d’«une tentative de montrer ce qu’il a derrière le tableau. Et derrière la surface de la toile, il y a, même si vous ne les voyez pas, ces taches vertes, jaunes, roses, bleues…» Une pièce entière de la galerie Mode d’Expression est d’ailleurs consacrée à ces «recherches actuelles». Mais on se gardera d’affirmer de façon automatique qu’il s’agit d’une démarche qui conduit forcément le peintre à l’abstraction. Lui même s’en garde bien.
Ce tacheté, ce moucheté qui est sa marque, on le trouvait déjà dans à la surface des pierres, des pommes, des grenades, des planètes, il était la matière même des ovoïdes lumineux et des regards d’icônes. Comme si cela avait plus à voir avec la structure même de la matière, une structure moléculaire, atomique, qui est la substance de toute chose, un fruit, une pierre, l’aile d’un ange, le regard d’une femme ou la lumière d’une croisée qui se reflète sur la toile. Parfois la toile est absente de la composition, dissoute dans un champ de fleurs ou dans un ciel étoilé et, dans ce jeu de mise en abîme, on oublie que c’est justement elle que l’on regarde. Portes et fenêtres s’ouvrent sur de grosses planètes rondes, sur des galaxies d’étoiles, sur des univers sidéraux comme si le ciel ne pouvait pas être tout à fait vide.
C’est en 1996 que Poutiline a exposé pour la première fois à Mode d’Expressions que Roger et Damienne Castang venaient d’ouvrir à Perpignan. Roger Castang dira ensuite de sa rencontre avec Poutiline qu’elle a suscité en lui " un séisme émotionnel profond ". Depuis il lui a consacré plusieurs expositions, en 97, 98, 99, suivant pas à pas la route de l’artiste et, en 2000, il organisait à la chapelle Saint Dominique une rétrospective de son œuvre. Poutiline entretient avec Perpignan une relation privilégiée et n’hésite pas à dire, dans le livre qui lui est consacré, que Mode d’Expression a été «le centre de sa renaissance», saluant l’importance qu’avaient eu les accrochages de Perpignan. A Mode d’Expression comme à Art Actuel, à côté des grands formats auxquels l’artiste nous avait habitué, sont présentés de nombreux petits formats d’une rare intensité qui présentent l’intérêt de mettre cette œuvre à la portée d’un plus grand nombre, dans un recoin de Mode d’expression, plusieurs études, sur plaques de fer, sont de véritables chefs d’œuvres.
Une impression de force contenue émerge, ici et là, dans le subtil craquellement de surface de l’acrylique. Comme un lac à la surface calme peut être agité en profondeur de courants violents à peine répercutés par de légers plissements. Vers où ? Quand on pose la question à Anatoly Poutiline, il répond qu’il ne peut savoir où il va tant qu’il n’y est pas arrivé. Pour le moment, il lève les yeux vers le ciel et soulève les bras en signe d’impuissance. Car ce qui compte c’est bien la route, le chemin, le travail laborieux du peintre interrogeant sans cesse la surface de sa toile, comme celle d’une âme sœur.
Art Actuel - CastanGalerie 3, place Gambetta Perpignan
Mode d’expression 4, rue Manuel Perpignan
Du 26 avril, au 1er juin. 14h-19h sauf dimanche et lundi.