24mai 2002
COL DE LA DONA : La guerre des ordures
00:00 - Par Fabrice THOMAS - 2002
Autrefois gouffre sans fond où les regards se perdaient, le Col de la Dona est aujourd'hui devenu une montagne : le "Canigou" dégoulinant de Pézilla-la-Rivière. Et chacun pensait qu'après 27 années de luttes contre les pollutions, et à la veille de l'entrée en vigueur de la "loi Lalonde" de 1992 qui prévoit de fermer toutes les décharges publiques au 1er juillet prochain, les esprits allaient se calmer, et le petit village résistant retrouver enfin la sérénité.
Date butoir
Seulement voilà : rien n'a été prévu pour mettre les 300 000 tonnes d'ordures annuelles ailleurs qu'à Pézilla après cette date butoir. L'usine de Calce ? Dans le meilleur des cas, elle ne sera ouverte qu'en mars 2003. Et les habitants de Pézilla ont prévenu : au 1er juillet, plus un camion ne montera au Col. Et ils savent qu'ils peuvent mettre leurs menaces à exécution : ils ont déjà réussi à bloquer le Col par le passé malgré l'intervention des CRS.
500 personnes à la réunion publique
L'association a, à cet effet, mobilisé à nouveau tout le village lors d'une réunion publique le 28 février dernier. «Nous étions 500, rapportent Hubert Ferrer et André Got, respectivement co-président (avec Louis Telasco) et secrétaire de l'association, et 500 dans une commune de 3000 habitants, ça veut dire que toutes les familles étaient représentées, que tous les habitants, sans exception, ont cette même opinion : "nous ferons appliquer la loi !" Nous ne savons pas si c'est parce que Christian Bourquin était là, mais dès le lendemain, le préfet est venu se rendre compte à Pézilla. Nous lui avons dit la même chose : il doit faire appliquer la loi.
1er juillet 2002
La balle est dans son camp, et nous attendons qu'il le dise de manière officielle. Si l'usine de SITASUD (filiale de la Lyonnaise des Eaux) du Col de la Dona ne ferme pas au 1er juillet, on va devoir attendre combien de temps : 1 an ? 10 ans ? Ce n'est pas à nous de subir les retards du SYDETOM (le syndicat départemental de traitement des ordures ménagères) pour l'ouverture de l'usine de Calce.»
Du retard
Au SYDETOM, justement, on n'est guère enthousiaste sur les dates d'ouverture de l'usine. «Dans le meilleur des cas, les essais à froid devraient commencer en janvier 2003,» dit Fernand Roig, le président du syndicat, «mais uniquement s'il n'y a pas d'impondérables. Je suis d'accord avec l'association pour dire qu'il y a du retard, mais le SYDETOM n'y est pour rien : il faut se rappeler des différents projets d'usine sur les terrains du camp de Rivesaltes, puis à Saint Hyppolite, Peyrestortes, le SYDETOM ne pouvait tout de même pas imposer cette usine ! À Calce, les travaux étaient prévus pour durer 24 mois et ils dureront 24 mois. Il faut également savoir que dans aucun département de France, les décharges ne fermeront à temps. Nous sommes même les plus avancés avec le Jura. De tous les coins de France, on vient voir notre projet.»
L'usine ne suffira pas
Si les habitants ne Pézilla disent : «Si on cède pour 1 an, alors pourquoi pas pour 10», c'est qu'il y a un autre problème de taille dans la gestion des déchets des Pyrénées-Orientales : celui des mâchefers. Une fois les ordures brûlées, il en reste encore un peu (1/4), ce sont les mâchefers : des résidus non-toxiques qu'il faut laisser "maturer" afin de, peut-être, les revendre. Une question se pose dès lors : une fois que l'usine de Calce sera en fonction où vont aller ses mâchefers ?
Mâchefers
Le cahier des charges prévoit qu'ils ne seront pas stockés au même endroit, et donc par conséquence la construction d'un nouveau centre de traitement est bien prévue, mais on ne sait même pas encore où. Son installation incombera au futur exploitant de l'usine, mais ce genre d'entreprise met bien 2 ans à voir le jour. Les habitants du Col de la Dona craignent donc que pendant l'année de décalage entre l'ouverture de Calce, puis celle du centre de traitement de mâchefers, on leur en remette une couche. Ce qui voudrait donc dire qu'au mieux, le Col de la Dona ne serait pas fermé avant deux ans.
Un nouveau centre d’enfouissement
Maryse Lapergue, responsable de Génération Ecologie dans les P-O, souligne ici des coups bas politiques sous-jacents : «Il faudra 18 mois à deux ans pour que ce centre de traitements soit terminé, et si les politiques ne s'amusent pas à effrayer les populations des villages choisis pour le centre d'enfouissement. Certains ont tout intérêt à voir le dossier pourrir, et racontent déjà que les mâchefers sont toxiques - ce qui n'est pas vrai -, que ça rend les gens stériles et les enfant anormaux ! Ils veulent effrayer les gens afin de faire traîner le projet pour embarrasser leurs adversaires politiques, comme par exemple le député de Pézilla (Bourquin). On bousille un dossier qu'il faut absolument régler, au profit de la politique politicienne. Si les habitants de Pézilla barrent la route, on aura tous nos poubelles devant chez nous pour un long moment.»
L'usine de Calce a un trop petit débit
Dans le genre bien géré, il y a mieux que les ordures ménagères du département. Ainsi, Maryse Lapergue indique encore que «actuellement, et contrairement à ce qu'affirme le SYDETOM, on dispose à Calce d'une usine bridée à 145 000 tonnes par an, alors qu'il y a 205 000 tonnes d'ordures à traiter dans le département. Ce ne sera pas le tri sélectif qui gèrera les 50 000 tonnes qui restent. Il faudrait qu'ils traitent en 6 mois ce qu'ils font en 10 ans.»
Le troisième four
Fernand Roig assure de son côté que l'usine peut traiter 179 000 tonnes (Ce qui serait encore trop peu). «On pousse le tri sélectif à fond, des gens vont le prêcher dans les communes.» Mais cela sera-t-il suffisant afin de traiter les ordures ménagères des dizaines de milliers de nouveaux Catalans qui doivent ces prochaines années venir s'installer dans le département ? «On n'a pas été imprudents», assure Roig. «Il y a la possibilité d'installer un troisième four. La question c'est quand. Rapidement j'espère.» Toujours que, si l'usine de Calce ne peut pas tout traiter , où entreposera-t-on les excédents ?
Pas d'autres solutions ?
Mais tout cela ne change rien à la loi qui dit que la décharge du Col de la Dona doit fermer au 1er juillet prochain. On l'aura compris, le préfet est dans une position délicate. Il ne peut tout de même pas faire balancer les déchets dans la décharge sauvage d'Espira, ni les enfouir sous le (rare) sable d'Argelès. La seule solution légale serait de les emmener dans une décharge d'un autre département. Encore faudrait-il la trouver, obtenir les autorisations pour que ces camions de déchets traversent les départements qui se trouvent sur l'itinéraire, et enfin et surtout, que les contribuables catalans acceptent de payer jusqu'à deux fois plus cher d'impôts pour ce traitement (800 F à 1000 F la tonne, contre 500 F actuellement). Déjà que les charges liées à la protection de l'environnement et aux traitements des ordures ont augmenté à Perpignan, ce genre de mesures ne serait vraisemblablement pas des plus populaire.
Mutisme préfectoral
À défaut de solution, et sans vouloir prédire la décision du préfet, il semblerait néanmoins que l'on coure au clash, et que la solution du maintien en activité du Col de la Dona soit plus qu'une probabilité. La directrice régionale de l'entreprise exploitant le Col, Nathalie Rambault, ne cache guère ces projets : «Ce n'est pas officiel, mais on essaye de voir si techniquement c'est possible. Nous, on ne se battra pas contre les habitants. C'est aux élus de prendre position.» La préfecture, en mutisme électoral, "devoir de réserve" oblige, gagne ainsi du temps et renvoie la balle vers le Conseil Général "en charge du schéma départemental d'élimination des déchets".
Les lixiviats
Si une telle épreuve avait lieu, elle laisserait une nouvelle et grave cicatrice à Pézilla, où l'association rappelle que les anciennes ne sont pas totalement refermées. «Non seulement nos enfants vont devoir vivre pendant 40 ans avec les écoulements de lixiviats, le "jus" des déchets qui se déverse dans nos rivières, mais, depuis que les lixiviats des nouveaux déchets sont dans les alvéoles, ils débordent et s'écoulent également à leur tour dans les rivières pendant les crues.»
Décharges sauvages
L'application de la loi que réclame l'association du Col de la Dona, ne doit pas cacher une autre réalité : certains se fichent pas mal de ces problèmes et contournent la loi sans vergogne. Il sera donc peut-être aussi Intéressant, au travers du débat qui se profile en marge d'une "guerre des poubelles", d'avoir une petite pensée pour les quelques 200 décharges sauvages de déchets, qui ne font pas l'honneur des autres communes des Pyrénées-Orientales.