Roger Cosme Estève a toujours revendiqué le voyage et le nomadisme comme un des éléments moteur de son œuvre, revendiqué aussi l’apport de ses précédentes errances dans les steppes kirghizes ou sur les différentes rives de la Méditerranée. Installé depuis la fin de l’été dernier au Maroc, dans une petite ville sur la façade atlantique, le peintre vient de consacrer plusieurs mois d’un travail intensif à la préparation de cette exposition. Et le résultat, de l’avis de tous les commentateurs, peintres, amateurs d’art et critiques, est somptueux.

Au printemps dernier, Roger Estève parlait de la difficulté d’exister en tant que peintre, du paradoxe qu’il y avait à n’être que dans le regard du spectateur sur la toile, de la nécessité de montrer son travail pour exister et de la difficulté à ne percevoir aucun écho, aucune résonance. Les toiles qu’il avait présenté juste après à la galerie Thérèse Roussel de Perpignan, pleines de force et de sauvagerie, comme des cris déchirants mais muets, avaient semblé vraiment terrifiantes à certains et provoqué un réel malaise, ce à quoi Roger avait répondu, mi-figue mi-raisin comme toujours, "tout sauf l’indifférence, ce qui compte c’est d’avoir une réaction, c’est bien".

De l’avis de ceux qui ont vu l’exposition de Casablanca, Roger Estève n’a pas tourné le dos à ces thèmes de prédilection, à son langage, à sa marque, mais "il a profondément creusé le sillon, il y a acquis encore plus de force et surtout plus de lumière". Les gris, les ocres, les noirs, les bleus sont toujours là mais baignés de soleil, inondés de chaleur et de sève, comme s’ils s’étaient mis à vivre, à palpiter de l’intérieur, irrigués d’une énergie nouvelle.

Il est difficile de mesurer pour le moment tout l’apport de ce long séjour au Maroc à l’œuvre de Roger Estève. Difficile aussi de ne pas parler du rôle de la galerie Al Manar qui présente et défend depuis de nombreuses années les plus grands peintres du Maroc et de la Méditerranée. Al Manar comprend en plus des galeries, à Casablanca et Marakech, une maison d’édition qui fait un travail très intéressant et très courageux de publication des artistes mais aussi de mise en forme, en concept de leur œuvre.

Au Maroc, dans les écrits des critiques d’art, dans les œuvres des peintres les plus reconnus, comme El Hayani, Belkahia, Selfati et d’autre encore, tout ce passe comme si le peintre roussillonnais avait fini par trouver l’écho, la résonance si longtemps espérée.

Cette première exposition ne devrait pas clore son travail au Maroc, Roger Cosme Estève a plusieurs projets en cours, une intervention prochaine aux Beaux Arts de Casablanca ainsi qu’une prochaine exposition, à Marrakech.

Mais, entre temps, nous devrions le revoir dès les premières semaines de juin en Roussillon puisque qu’il participe cet été à une exposition au musée d’art moderne de Céret aux côtés d’autres artistes contemporains.