Jean-Claude Kaiser fait de la politique depuis 1991. C'est Jean-Paul Alduy qui est allé le chercher. Lui, ça ne l'intéressait à l'époque, pas plus que cela. «J'avais toujours voté à la tête du bonhomme, qu'il soit de droite ou de gauche.»

Fils de réfugiés politiques espagnols, il aime rappeler qu’à la maison, le drapeau de la République espagnole était accroché au mur avec son homologue tricolore. «C'est pour ça que ça me fait mal de voir comment on traite aujourd'hui le drapeau français. Mes parents m'ont appris les valeurs du pays qui m'a accueilli.»

Fils d'un chauffeur routier, lui-même père de deux garçons, remarié avec Martine, Kaiser est, un peu comme son adversaire Daniel Mach, un self made man. Il est devenu architecte sur le tas, après avoir roulé sa bosse sur les chantiers, et s'être formé à la dure.

On ne peut pas parler de Jean-Claude Kaiser sans évoquer son épouse Martine. Les deux travaillent ensemble dans le cabinet d'architectes installé à Saint-Martin. Les bureaux du RPF occupent le sous-sol de la maison. Dans le boulot, comme en politique : ils sont inséparables. Pourtant, c'est elle la première qui rejoint le RPF. «Ma femme et moi, nous sommes très libres au niveau politique», dit Jean-Claude Kaiser. Mais ceux qui connaissent bien le couple disent que le stratège, c’est elle.

Jean-Paul Alduy. «C'est Marie-Cécile Pons qui me l'avait présenté en 1991. À l'époque, c'était un urbaniste qui avait de bonnes idées. J'ai pensé qu'il pouvait faire beaucoup pour la ville de Perpignan. Et puis, en 1994, il m'a demandé de me présenter aux cantonales. J'ai été surpris, je n'avais jamais fréquenté ce milieu. JPA m'a conseillé de prendre la carte du CDS, mais j'étais uniquement là parce qu'Alduy y était. Et j'ai fait 32 % à la Cantonale de 1994 (face à Englebert et Athiel).» J'ai gardé plein d'amis de cette période, comme Schemla, Jean-Marc Palma, Porteix, Pons… Quant à Alduy, j'ai appris à mieux le connaître !

Elu pendant 6 ans au conseil général, il se demande parfois ce qu'il fichait dans l'opposition à René Marquès, "opposition imposée par Alduy". «Sur sept ans, j'ai fait sept ans d'opposition. 3 contre Marquès, et 3 contre Bourquin !»

En 1999 aux élections européennes, Martine Kaiser milite pour la liste Pasqua, pendant que son mari responsable de l’UDF sur la première circonscription se bat pour celle de Bayrou. Etrange pour celui qui deviendra deux ans plus tard le patron du souverainisme dans le département, que de soutenir la liste la plus pro-européenne. «Encore une fois, je n'étais à l'UDF que pour Alduy. Mais c'est vrai que j'aurais pu me retirer. Tout le monde peut se tromper. Ce qui a été courageux : c'est de faire ce que j'ai fait : combien auraient quitté Jean-Paul Alduy pour aller soutenir Jean-Louis Dolsa comme je l'ai fait pour sa cantonale ?» En 2000, Dolsa, alors patron du Rassemblement pour la France à été candidat sur le canton de Saint Jacques, dans le cadre d’une élection partielle faisant suite à l’annulation de l’élection d’Henri Carbonell.

En quittant l’UDF, un an avant les élections cantonales où se joue sa réélection, Jean-Claude Kaiser a-t-il placé ses idées avant son siège ou a-t-il été inconscient ? Il se disait persuadé d’être réélu et même dès le premier tour. Mais à l’heure du scrutin en mars 2001, il a été au second tour battu par Englebert., le candidat très activement soutenu par Jean-Paul Alduy.

En même temps, Martine Kaiser fait campagne avec la liste Barate à l'élection municipale de Perpignan. Elle y sera élue conseillère "d'opposition", dans le petit groupe de Claude Barate. Beaucoup de membres du RPF étaient sur cette liste. «Barate est un très grand bonhomme, insiste Jean-Claude Kaiser, avant de balancer. Mais, lui et les siens ne sont plus là. Moi, oui !»

Aujourd'hui encore, la frontière est floue entre les déçus et les exclus du RPR d'une part, et le parti pasquaïen de l'autre. Beaucoup viennent aux meetings du vieux Charly, que les Kaiser invitent souvent à Perpignan (3 fois cette année). La suppléante de Kaiser, Martine Vivès, est d'ailleurs toujours adhérente du RPR. Dans ces salles toujours bien remplies, on croise aussi les anciens Gaullistes. Ceux qui entouraient le Général à la libération, et puis des plus "jeunes", comme ceux des réseaux du SAC, (garde rapprochée et musclée du Général de Gaulle).

S'il en est qu'on ne voit plus, ce sont les 15 (efficaces) fidèles de Jean-Louis Dolsa responsable départemental élu par les militants. Car, en 2001, le siège national à désavoué le journaliste sportif, pour confier la direction du mouvement à Kaiser. "Jean-Louis, c'est quelqu'un de bien", dit tout de même Kaiser. «Je pensais qu'on pourrait bien s'entendre. C'est quelqu'un d'impulsif. Il croyait que j'étais un taupe d'Alduy au RPF. Il me l'a dit. Je me suis trompé sur lui. Je me suis trompé deux fois, une fois sur Dolsa, une fois sur Alduy.»

Jean-Claude Kaiser parle de lui comme s'il allait être élu. " Je ne serai pas député que de la première circonscription, mais de tout le département. C'est la France qu'on défend quand on est député." Alors il parcourt les marchés et les rues persuadé qu'un espace politique existe pour des gens de droite comme lui ; que beaucoup d'électeurs ne veulent pas voter pour le candidat UDF de l'UMP, mais sans pour autant reporter leurs suffrages sur le FN. Faire barrage au FN est un objectif national du RPF, mais aussi un engagement local pour Jean-Claude Kaiser. Sauf que lui, il compte battre le FN en duel au second tour.

Jean-Claude Kaiser ne dit pas pour qui il appellera à voter au second tour puisqu’il est persuadé d’y être présent . Mais on peut affirmer sans risque de se tromper que dans quelques jours, il appellera à voter Mach. C’est logique puis que les trois députés sortants du RPF sont investis UMP.