11juin 2002
Révolte des hôteliers : la famille Farine dans le pétrin
00:00 - Par Fabrice THOMAS - 2002
La famille Farine et le groupe Accor devraient, ces jours-ci, déposer un permis de construire pour un hôtel de 70-80 chambres 1 étoile sur l'Espace Méditerranée. Ce projet d’hôtellerie économique provoque la colère des hôteliers du centre-ville.
Les Farine accusés
«Moi je ne comprends pas ce que font les Farine, cette famille joue une fois de plus contre le département. Certes, chez eux, c’est une habitude, mais il faut que le maire de Perpignan ait le courage de dire non à ces gens qui se soucient moins de l’intérêt du département que d’accroître leur empire hôtelier», explique un des hôteliers en colère. Milliardaires de l’ombre, les Farine père et fils sont à la tête d’un patrimoine hôtelier de plus de 3 000 chambres, un des plus importants de France, ils sont aussi les propriétaires de la marque de roquefort Papillon. Le mystère qui entoure les Farine père et fils, François et Francis, résiste à la curiosité des journalistes, dont ils ont «une peur panique que je m’explique pas» dit un patron de banque de la région. Même après le gros coup qu’a été l’acquisition des Etablissements Papillon en 1998, dont le PDG est Marie Farine, fille de Francis, il a été impossible d’interroger un des membres de la famille.
70 chambres bas de gamme
«Nous avons à Perpignan un taux d'occupation des hôtels dans les plus bas de France, entre 50 et 55 %», explique Robert Marguerite, patron du Park Hôtel. «L'hôtellerie y souffre beaucoup, car elle a plus d'offre que de demande. Il ne nous manque des chambres que pendant cinq jours de l'année : le week-end du 15 août, et trois jours pendant Visa pour l’Image. Ce n'est pas pour ça qu'il faut construire un nouvel hôtel. Il amènerait plusieurs hôtels indépendants au dépôt de bilan. J'y suis fermement opposé Ce n'est pas parce qu'on va offrir des chambres supplémentaires qu'on aura plus de clients.»
«Que les politiques fassent d'abord venir les touristes»
Et Robert Marguerite de rappeler que c'est aux politiques de développer la fréquentation touristique. «Perpignan est une ville où l’on ne s'arrête pas. Elle a la réputation de "ville sale".» Olivier d'Orléac, patron du Mondial Hôtel, ajoute : «J'ai rencontré à Paris le plus gros autocariste anglais, il m'a dit : "Votre région n'est pas une région touristique" ! Incroyable !» D'Orléac est très remonté contre les politiques. Pour lui, comme pour ses collègues, «les élus portent la responsabilité du manque de dynamisme d'un département au fort potentiel touristique.»
Jean-Paul Alduy accusé
Le maire de Perpignan s’est déclaré hostile au projet. «C’est une position de façade», affirme un hôtelier qui déplore l’absence de réflexion et de vision globale d’aménagement du centre ville. «Si Jean-Paul Alduy n'utilise pas tous les moyens pour empêcher ou, au moins, retarder l'implantation de cet hôtel, ça veut dire qu'il est pour», ajoute Olivier d’Orléac. Selon les professionnels, Alduy a les moyens de peser sur le groupe Ellul. L’aménageur de l’Espace Méditerranée est en effet une filiale de la Caisse des dépôts et de la Caisse d’Epargne, deux institutions financières sur les lesquelles les élus ont de l’influence, «quand ils décident d’en avoir», précise un hôtelier.
30 emplois menacés
«Mardi 4 juin, il y a eu une réunion à la mairie avec deux adjoints, dont Chantal Gombert. Alduy devait venir et il s'est défaussé. Les élues présentes n'étaient même pas au courant que la demande de permis de construire allait être déposée. Si cet hôtel s'implante, c'est comme si le maire lui-même avait pris la décision de condamner cinq ou six hôtels à fermer et à supprimer une trentaine d'emplois», raconte un des participants à cette rencontre de la dernière chance avant de mettre le problème sur la place publique.
«Au moins huit hôtels vont crever»
Alors, les hôteliers comptent passer à l'action. Ils ont invité les politiques à une réunion, mercredi 12 juin, au France, Alduy, mais aussi Bourquin et Calvet. Viendront-ils ? Si les politiques ne se bougent pas, alors les commerçants le feront à leur place. «On imaginera tout ce qui sera possible de faire et ce qui va se passer sera terrible, assure d'Orléac, blocages de chantiers… On leur fera perdre de l'argent par tous les moyens, légaux, voire illégaux, dans une certaine mesure.» Tout aussi vindicatif est le patron de l'Alexander, M. Fumeix. «Ça va tuer les hôtels, depuis la gare jusqu'au fond du centre ville. Nous, on crève parce qu'on n'a pas de place de stationnement, et eux, on leur en donne un aux frais du contribuable. Notre seul moyen, c'est de faire comprendre au maire que c'est eux ou nous. S'il s'implante, il y aura au moins 8 hôtels à crever. Ce n'est pas vrai que le taux de remplissage est entre 50 % et 55 % à Perpignan. Les hôteliers ont honte de donner les vrais chiffres. En fait, ils sont inférieurs à 40 %.»
«Ça va péter»
Des hôteliers du département apportent leur soutien à leurs collègues du centre ville, car, comme eux, ils souhaitent que l’hôtellerie économique reste à la lisière des villes à condition, d’ailleurs, de limiter le nombre de ces établissements qui emploient peu de main d’œuvre. La résistance au projet de l’espace Méditerranée est particulièrement forte et déterminée. Un des hôteliers du centre ville prévient «Cet hôtel ne s'implantera pas. Ça va péter. On s'organise et quitte à tout perdre on ne fera pas de cadeaux. S'il faut sortir la dynamite, on le fera.»