Le 12 janvier 2000, lors de la cérémonie des vœux à la mairie de Corneilla-la-Rivière, le député Christian Bourquin a remis la médaille de l’Assemblée Nationale au maire, François Gaciot, «au nom de Laurent Fabius, président de l’Assemblée Nationale», se rappelle le maire d’un village voisin que la scène avait marqué.

Christian Bourquin ne pouvait pas ignorer le parcours politique du récipiendaire. François Gaciot était candidat Front National lors des élections législatives du 22 mars 1993, sur la troisième circonscription, celle de la vallée de la Têt où lui-même se présentait. Le résultat de Gaciot, presque aussi important que celui du PS, ne passait pas inaperçu : François Gaciot, Front National, recueillait 5 757 voix, soit 15,51 % des exprimés. Christian Bourquin, Parti Socialiste : 6 176 voix, 16,64 % des exprimés.

François Gaciot est un historique du Front National, il en faisait partie à l’époque où, sur les Pyrénées-Orientales, Pierre Sergent, l’ancien chef de l’OAS en était la figure de proue. Secrétaire de la troisième circonscription, François Gaciot a été membre du bureau départemental où l’on appréciait beaucoup ses remarquables qualités d’organisateur. Officier supérieur en retraite, proche de Sergent, François Gaciot est de ceux qui ont implanté le FN sur le département.

Pour les municipales de 1995, plusieurs personnes composent une liste dans le but de "réveiller" le village Corneilla-la-Rivière, administré par un maire tranquille depuis longtemps en place. François Gaciot apparaît comme la tête de liste idéale, mais son engagement au Front National est un handicap. Tout le monde finit par se mettre d’accord. Gaciot quittera le Front National et le fera savoir. L’épouse de François Gaciot, elle, est restée membre du Front. François Gaciot sera maire de 1995 à 2001. Aux dernières élections municipales sa liste a été rejetée par la population du village. Les 15 sièges de conseillers municipaux sont tous revenus à la liste adverse.

Cette déroute était annoncée. Il était reproché à Gaciot de vouloir diriger la mairie comme une caserne, de manière très autoritaire. Un style qui a provoqué de fortes dissensions au sein du conseil municipal. Christian Bourquin justifie pourtant la remise de cette médaille à Gaciot «parce que c’était un bon maire». C’est ce qu’il nous répondu, avant de nous lancer des grossièretés qui traduisaient bien son embarras. Christian Bourquin a ajouté qu’il avait remis cette médaille à «quarante autres maires.» Les trente-neuf autres médailles, nul ne sait à qui il les a remises, en tous cas, pas aux nombreux maires de sa circonscription que nous avons contactés.

La remise de cette médaille «au nom de Laurent Fabius président de l’Assemblée Nationale» est attestée par plusieurs témoins. Jean-Claude Garrigue, le journaliste de l’Indépendant, qui a suivi la cérémonie des vœux de Corneilla écrit le 21 janvier 2000 : «Mais la grosse surprise allait venir du député, Christian Bourquin, remettant au nom de Laurent Fabius, la médaille de l’Assemblée Nationale à François Gaciot.»

Dans l’entourage de Laurent Fabius, c’est l’embarras. Une collaboratrice de l’ancien président de l’Assemblée Nationale a procédé à des vérifications, mais elle n’en a trouvé aucune trace. Auprès du service du protocole de l’Assemblée, on explique qu’il n’existe pas d’ordre ni de distinction attachée à l’Assemblée Nationale. Par contre, la boutique de l’Assemblée Nationale diffuse de nombreux produits dont une médaille éditée par la Monnaie de Paris. C’est manifestement de là que vient la médaille remise à François Gaciot.

Reste une question, pourquoi Christian Bourquin a-t-il remis cette médaille à Gaciot ? Il apparaît clairement que le maire de Corneilla, embarassé par son image d’ancien dirigeant du Front National, faisait tout ce qu’il pouvait pour se faire bien voir de Bourquin, à qui il déclarait facilement son admiration. Une histoire qui rassemble au Corbeau et au renard de La Fontaine «Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute...» Mais le péché d’orgueil de Christian Bourquin est une explication, pas une excuse…