La possibilité de questionner Laurent Fabius s’est présentée lors d’un point presse qui c’est tenu à 19h30, au Café de La Poste.

- Question du journaliste de perpignan-toutvabien. info : En janvier 2000, Christian Bourquin a remis une médaille de l’Assemblée Nationale en votre nom à François Gaciot, un des fondateurs du Front National dans les P.O. et proche de Pierre Sergent, ancien chef de l’OAS. Etes-vous solidaire de cet acte qui peut décrédibiliser votre lutte contre l’extrême-droite ?

- Laurent Fabius : De quoi parle ce monsieur ?

- Christian Bourquin : Ce monsieur n’est pas journaliste...

- Le journaliste : N’essayez pas de me décrédibiliser, je suis journaliste depuis vingt ans. Répondez plutôt à la question.

- Christian Bourquin : Je vais répondre à la question.

- Laurent Fabius : Nous avons toujours mené un combat déterminé et sans faille contre le Front National.

- Christian Bourquin : J’ai suffisamment combattu la chose pour ne pas me laisser entraîner sur ce terrain-là.

En France, à la différence de nombreux pays, anglo-saxons en particulier, les hommes politiques peuvent se défiler dès qu’une question embarrassante est posée. Face aux politiques qui se comportent souvent comme des loups, les journalistes réagissent en agneaux.

Imaginons que notre journaliste ait demandé à Laurent Fabius s’il avait reçu un bon accueil lors de son tour de ville, Christian Bourquin aurait-il contesté sa qualité de journaliste ? Évidemment non. La réaction de Christian Bourquin révèle l’embarras dans lequel le met cette question.

Notre rédaction a appris la visite de Laurent Fabius à Perpignan le jour même où elle avait lieu. Elle tombait bien puisque depuis quelques jours nous enquêtions sur la remise de la médaille de l’Assemblée à François Gaciot. Nous avons appelé Florence Ribar, l’attachée de presse de Laurent Fabius sur son portable, pour lui demander à quel moment nous pourrions interroger Laurent Fabius, la question et son contexte lui ont été exposés de façon précise. Très embarrassé, elle a répondu qu’il y aurait un point presse en fin d’après-midi. Monsieur Fabius savait donc de quoi nous lui parlions.

Laurent Fabius le savait d’autant plus que, depuis quelques jours, nous faisions le forcing auprès de sa collaboratrice à l’Assemblée Nationale. Celle-ci a fini par expliquer qu’elle avait fait des recherches et qu’elle n’avait pas trouvé trace de cette médaille. Elle nous a aussi dit en avoir parler à Laurent Fabius pour savoir s’il avait autorisé Christian Bourquin à remettre une médaille en son nom «Laurent Fabius m’a dit : "ce monsieur ne fait pas partie de mes amis."»

Mais Laurent Fabius n’était pas venu à Perpignan pour mettre Bourquin dans l’embarras, ni uniquement pour soutenir Christian Bourquin et Henri Sicre. Il fait campagne pour la présidence du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale et pour prendre le PS en main, dans la perspective des présidentielles de 2007. Fabiusiens et Hollandais ont sorti les couteaux. Dans ce contexte, et comme toujours, les intérêts politiques de chacun passent avant les vraies questions que quelques journalistes qui font un peu figure d’extra-terrestres s’évertuent quand même à poser.