Qui dirigera cette encyclopédie ? Qui participera à sa rédaction ? Quand paraîtra-t-elle ? Le président du conseil général s’est montré incapable d’apporter des précisions. Il a, en réalité, essayé d’en dire le moins possible. On imagine le tollé, s’il avait expliqué que c’est son ami et conseiller, Jean Reynal, salarié du conseil général, qui dirige la réalisation de cette encyclopédie.

La majorité du conseil général a approuvé l’acquisition de 2 000 exemplaires de l’encyclopédie des Pyrénées-Orientales pour un montant de 69 194, 31 euros HT, 450 000 francs, 45 briques. Les élus RPR, UDF se sont abstenus.

Jamais un éditeur n’avait reçu une somme aussi considérable d’une collectivité des Pyrénées-Orientales depuis le livre de Paul Alduy sur Perpignan. On se souvient du scandale que provoqua au début des années 1990, l’achat des 10 000 exemplaires de cet ouvrage pour un montant de 848 025 francs ! Mais au moins, l’éditeur était-il perpignanais !

Dans le cadre de sa politique d’aide à l’édition locale, le conseil général soutient chaque année la parution de quelques ouvrages qui enrichissent la connaissance du département dans divers domaines. Cette aide est de quelques milliers de francs, et plus rarement de quelques dizaines de milliers de francs.

Ce projet d’encyclopédie fait, depuis quelques semaines, beaucoup jaser. De tous les côtés, il se dit que la direction éditoriale a été confiée à Jean Reynal uniquement parce qu’il est en capacité d’en faire acheter un grand nombre d’exemplaires par le conseil général. Les faits semblent donner raison à ceux qui répandent cette vision des choses.

La polémique porte aussi, déjà, sur les auteurs. De nombreux spécialistes du département au talent reconnu ont été “oubliés" alors que des généralistes aux qualités encore inconnues ont été invités à rédiger des notices dans des domaines sur lesquels ils n’ont jamais travaillé. Certains dénoncent le copinage, en expliquant que le plus sûr moyen de participer à l’ouvrage est de courtiser JR ou d’être parmi ceux, dont JR veut se faire apprécier. Les exemples précis ne manquent pas, mais les rendre publics maintenant trahirait nos sources.

Personne ne conteste l’intérêt d’une encyclopédie du département. «Dès lors qu’il y est investi de l’argent public à une hauteur aussi importante, ceux qui engagent l’argent du contribuable doivent s’assurer de sa meilleure utilisation. Le conseil général ne peut soutenir ce projet qu’en contrepartie d’engagements sur la qualité des contenus, par exemple au travers de la mise en place d’un comité scientifique», déclare un auteur qui a très envie de mettre les pieds dans le plat.

Pour lui, il est inconcevable que le projet soit signé avec un éditeur toulousain, avant d’être proposé à des éditeurs locaux. Deux d’entre eux ont la capacité de mener à bien une entreprise éditoriale ambitieuse, Les Trabucayres et les Editions de l’Université de Perpignan.

L’achat de ces 2 000 ouvrages est le fait du prince. La commission chargée de l’aide à la réalisation des projets éditoriaux n’a d’ailleurs pas été consultée et Christian Bourquin a fait le forcing pour que cette délibération soit inscrite à l’ordre du jour de cette cession qui serait pour lui la dernière si, dans quelques semaines, le Conseil d’Etat invalidait son élection de conseiller général.

Un gestionnaire sage aurait exigé que le manuscrit de l’ouvrage soit étudié par la commission compétente. Dans ces conditions, somme toute normales, le conseil général n’aurait pas pu se porter acquéreur des ouvrages, puisque celui-ci n’est pas encore écrit.

En marge de la cession du conseil général, un élu de gauche considérait cette délibération comme «Un acte déraisonnable. Le président du conseil général ne peut dépenser 450 000 francs pour faire un cadeau à un de ses courtisans. Si Bourquin reste président, il traînera comme un boulet l’affaire du livre de Jean Reynal et s’il est invalidé, le projet devra impérativement être reconsidéré.»

L’encyclopédie des Pyrénées-Amicales va faire couler beaucoup d’encre.