01juil 2002
AVENUE PAUL ALDUY : Du théâtre de boulevard
00:00 - Par Fabrice THOMAS - 2002
Saluons L’Indépendant, irremplaçable acteur et témoin du grand moment d’admiration que furent les manifestations célébrant le quarantième anniversaire du grand ensemble du Moulin à Vent. Jean-Paul Alduy a tenu à lui exprimer publiquement sa reconnaissance. Cela s’est passé lors de la séance du conseil municipal du 24 juin.
Grâce à un hasard bienveillant, l’auteur de la série d’articles sur le Moulin à Vent, Michel Lloubes, était présent dans la salle pour y faire le compte rendu de la réunion. On a, un instant, craint pour sa santé. Ecrasée sous le poids des compliments, sa tête se tassait, se rentrait, s’affaissait tellement qu’elle a manqué se retrouver par terre, coincée entre les nus-pieds de cuir du «brillantissime» styliste de L’Indép. Témoins de la scène, les journalistes de perpignan-toutvavien se félicitaient, tellement heureux d’être à l’abri de ce genre de risque professionnel.
Du 18 au 24 juin, L’Indép a, pendant sept jours consécutifs, consacré une pleine page au Moulin à Vent et à son génial bâtisseur, maire de Perpignan de 1959 à 1993. Paul Alduy huit fois en photo, deux avec la truelle à la main pour la pose d’une première pierre, une pour l’apéro d’après la pose d’une première pierre, trois fois lors d’inaugurations apparaît comme l’homme des mains d’où jaillissent des avenues, des immeubles, des écoles et toutes sortes d’équipements socio., sportifs. Entre la semaine sainte et les hommages à Marie Antigo, la ville de Perpignan nous a placé une semaine saint Paul Alduy.
Cela dit les ouvriers du bâtiment qui ont édifié la cité radieuse n’ont pas été oubliés. Ils ont, en quelques lignes, été mis à l’honneur, mais remis à leur place, renvoyés à leur cloaque avec une anecdote sur le «B.M.C, c’est un véritable bordel mobile de chantier qui, tous les samedis et pendant de nombreuses années est venu stationner à l’ombre des grues. Dame ! 300 ouvriers, à la tâche toute la semaine, il fallait veiller à ce que le moral ne capote pas !» Bien gras, le style. Belle marque de respect pour les centaines d’ouvriers qui ont sué sang et eau et pour ceux qui se sont brisés les os en chutant des immeubles en construction. La dignité et les honneurs, c’est pour les messieurs en chemise blanche.
Il faut toutefois honnêtement dire que les compliments décernés à Michel Lloubes sont totalement mérités. Il a su éviter toute fausse note. L’attribution des logements à certains, plutôt qu’à d’autres, silence ! La densification de la dernière partie avec l’édification de tours qui n’ont pas les qualités de construction des premières tranches, silence ! L’enrichissement de certains, silence ! Les frasques de la fin de la SIVP, le rapport de la chambre régionale des comptes, silence ! Taisez-vous ! Lorsque l’on veut écrire une belle histoire, on ne convie pas les esprits critiques à la fête .
En mars 2002, Paul Alduy a retrouvé ses droits civiques, après cinq de privation. Il avait été condamné pour le salaire fictif que la mairie versait à son épouse Chantal. Il s’impose une nouvelle fois de saluer L’Indép, lui a eu la pudeur de ne pas rappeler ce douloureux souvenir à la famille Alduy. Et voilà que tombe le quarantième anniversaire de la pose de la première pierre du Moulin à Vent, le 12 juin 1962. Toutes les conditions sont réunies pour rendre hommage à l’ancien maire. Car rien n’est autant lié au nom de Paul Alduy que le Moulin à Vent. La construction de ce grand ensemble de plusieurs milliers de logements en accession à la propriété est une incontestable réussite et en plus c’est bien la seule dont puisse s’enorgueillir celui qui fut pourtant maire pendant 34 ans avant d’être poussé dehors par toute son équipe, en 1993.
Lors de l’inauguration de l’exposition photos du quarantième anniversaire, l’actuel maire de Perpignan rendit hommage à l’ancien maire de Perpignan, en fait le fils Alduy utilisait ses fonctions de maire pour rendre un hommage public, d’ailleurs émouvant, à son père.. Il lui annonça que l’avenue de Villeneuve serait débaptisée et rebaptisée Paul Alduy. Proposition rendue publique 24 heures avant d’être soumise au conseil municipal.
Quelques rares esprits, forcément chagrins, se sont demandés s’ils n’avaient pas été brutalement propulsés dans une république bananière ou s’’ils n’étaient pas en train de faire un voyage dans le temps en passant par une démocratie populaire. Ceux qui connaissent le Moulin à Vent savent que le nom de Paul Alduy est déjà partout. Tout au long de sa construction le grand ensemble a été couverts de plaques à la gloire de Paul Alduy. Il y a aussi la résidence Paul Alduy, l’église baptisée Saint-Paul et le grand portique qui affiche "Ville nouvelle du Moulin à Vent, créé en 1962 par Paul Alduy". Une fois plongé dans l’excès, on en voit difficilement les limites.
Le 24 juin, le conseil municipal examina la délibération donnant le nom de Paul Alduy à l’avenue longeant le Moulin à Vent. M. Olive, conseiller municipal socialiste, déclara qu’il n’était pas dérangé par la proposition en rappelant que Paul Alduy avait été socialiste (avant d’être giscardien, NDLR). Colette Tignères ne désapprouva pas et souligna que l’ancien maire faisait preuve de beaucoup de respect pour ses adversaires politiques. Elle s’étonna quand même que l’on donna le nom d’une personne vivante à une voie de Perpignan, alors qu’il y a quelques années Jean-Paul Alduy s’était opposé avec acharnement à une proposition visant à donner le nom de Charles Trenet à une rue du quartier de la gare pour ne pas déroger à la règle qui veut que la ville n’honore que des personnes disparues. De plus en plus asthmatique, l’opposition à Jean-Paul Alduy a donc voté avec la majorité, à l’unanimité, pour l’avenue Paul Alduy.
Mais ce qu’il a pu refuser à un Charles Trenet qui en fut blessé, JPA l’a donné à son père, qui lui a permis de lui succéder au fauteuil de maire de Perpignan. Toujours prêt à rendre service, le journal du mari de la patronne a même tenté d’accréditer l’idée que le baptême de cette avenue était une aspiration populaire, " André Pignet (président de la commission des hommages publics) avait apporté sa valise contenant 13 667 signatures plébiscitant Paul Alduy." En fait, ces signatures, et peut être pas dans un nombre aussi important, ont été recueillies, il y a dix ans, par des affidés de Paul Alduy qui savaient que l’ancien maire rêvait d’une avenue à son nom. Pignet ne risquait pas d’ouvrir la valise pour en sortir les papiers jaunis.
On n’espère que l’hommage à Paul Alduy ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Pourquoi ne pas lui élever une statue ? Imaginez un Paul Alduy de bronze, le doigt pointé, à la manière d’Arago, sur le parking de la place de la République. Et l’on pourrait renouveler l’opération l’année suivante et puis l’année d’après, devant la tour Arago, devant l’espace Méditerranée…