Alain Trotel est l’organisateur du salon du livre de Cabestany, une manifestation annuelle qui en est à sa cinquième édition. Salon du livre, c’est beaucoup dire, cela y ressemble juste un peu. La dernière édition s’est tenue en avril au centre culturel, un équipement accueillant avec son grand parking, ses salles d’expositions, sa buvette et sa confortable salle de cinéma où se déroulent les débats et conférences. Alors d’où venait donc cette subite sensation d’abattement et de morosité qui saisissait le promeneur à peine avait-il passé la porte de la grande salle claire où il se déroulait ?

Samedi après-midi (le 6 avril), à mesure que le temps passait, les mines des auteurs et éditeurs présents au salon se faisaient de plus en plus tristes et les bâillements de moins en moins discrets et plus un seul ne frétillait quand un rare visiteur passait la porte. De toute façon, c’était souvent un ami ou une connaissance venue rendre visite à un autre ami ou à une autre connaissance. Et pour ceux qui savaient lire dans les yeux et entre les réflexions désabusées, il était clair qu’un grand nombre d’entre eux regrettaient de ne pas être restés dans le leur, de salon…

Les auteurs et éditeurs régionaux étaient presque aussi nombreux que l’an dernier (quelques dizaines) mais hélas, les visiteurs étaient tout aussi rares que l’an dernier. Au regard du succès que remportent d’autres manifestations organisées autour du livre en Languedoc Roussillon, le fiasco de Cabestany n’en est que plus retentissant. Manifestations d’un niveau ambitieux, le banquet du livre de Lagrasse, dans l’Aude voisine, déplace des milliers et des milliers de personnes, tout comme le printemps du livre à Montolieu, encore dans l’Aude. Les exemples de réussite ne manquent pas, même ici dans les Pyrénées-Orientales, à Font-Romeu, le salon du livre de montagne accueille plusieurs milliers de visiteurs. Il faut aussi citer cette manifestation phare qu’est la Comédie du Livre à Montpellier, elle déplace plusieurs dizaines de milliers de visiteurs en quelques jours.

Arrivé à sa cinquième édition, on aurait pu penser que les organisateurs auraient tiré les leçons des quatre éditions précédentes, mais non. Reste que l’on ne peut s’empêcher d’éprouver une grande amertume pour de nombreux auteurs et les éditeurs, en particulier pour ceux qui ont fait des centaines de kilomètres pour venir présenter leur production.

Point fort de la programmation, samedi en fin d’après-midi, une table ronde sur le thème de la ”Méditerranée, les saveurs d’une culture" réunissait des intervenants venus de part et d’autre de la Méditerranée, de cultures, de religions, de pays différents. Hélas, il y avait à peine une trentaine de personnes dans la salle pour écouter des intervenants de grande qualité… Il est honteux de déplacer autant de spécialistes sans faire les efforts pour attirer un public plus nombreux, et pour donner une autre ambition à ce salon du livre.

C’est en d’autres termes, mais guère différents que Jean-Michel Collet (1) le chroniqueur culturel de L’Indép a raconté sa visite du salon du livre de Cabestany. Alain Trotel ne l’a pas supporté et quelques jours plus tard, dans les colonnes du Travailleur Catalan, il réglait son compte au journaliste. «Un pâle salon, écrit-il. Je peux lui affirmer que s’il avait eu le courage professionnel de se présenter le dimanche, c’est son teint qui eût été un peu pâlichon car il aurait eu à essuyer la colère et la réprobation des éditeurs, des auteurs et des visiteurs.» M. Trotel doit être trop borné pour se rendre compte à quel point son appel au lynchage a choqué. Il est aussi trop aveugle pour s’apercevoir que de nombreux auteurs ont apprécié l’article de Jean-Michel Collet .

Quelques jours après, Jean-Louis Aliet, conseiller municipal d’opposition, adresse un communiqué à la presse pour pointer «la pâleur de ce pauvre salon». Et voilà Alain Trotel qui ressort son stylo à venin, cette fois c’est le bulletin municipal Cabes’infos qui publie sa prose, extrait : «Comment appelle-t-on quelqu’un qui critique une manifestation culturelle à laquelle il n’a pas assisté ? Pour moi c’est un jean-foutre… J-L Aliet, conseiller de l’opposition n’a pas mis les pieds au Salon du livre de Cabestany. C’est son droit. Il aurait pu cependant avoir l’intelligence de se taire : personne n’aurait remarqué son absence. En conséquence, tout ce qui est écrit dans son article ne relève plus de la libre expression d’une opinion, d’une appréciation, mais de ce qu’il faut bien appeler le mensonge. Jean-Louis Aliet ment quand il évoque la présence d’André Stil : ce dernier n’était pas au salon. Il ment quand il dit qu’un appel à voter Robert Hue a été lancé. N’étant pas là, il a été bien sûr le seul à l’entendre. Mensonge, lorsqu’il prétend avoir vu “ des auteurs rongeant leur frein et des éditeurs se demandant ce qu’ils faisaient là…” »

Au regard du communiqué de Jean-Louis Aliet, on s’aperçoit à quel point la prose d’Alain Trotel est manipulatrice.

1 - Aliet commence son texte en expliquant qu’il avait eu l’occasion de se «rendre compte de la présence d’un public fantôme» en 2001. Il ne cherche donc absolument pas à faire croire qu’il était présent à la dernière édition.

2 - Aliet ne cherche pas davantage à faire croire qu’André Stil était présent ni qu’un appel a voter Robert Hue à été lancé. En fait, il dénonce un état d’esprit et pour imager son propos écrit «Il ne suffit plus, de nos jours, de faire patronner la manifestation par le camarade André Stil, d’appeler à voter Robert Hue...» Aucun lecteur de bonne foi ne s’y sera tromper.

3 - Aliet ne prétend pas avoir été le témoin de la scène qu’il rapporte, il écrit «Public clairsemé, allées quasi désertes, auteurs rongeant leur frein et des éditeurs se demandant ce qu’ils faisaient là, fut le spectacle offert, ce week-end là, au centre culturel de notre ville. Un peu l’an dernier en pire !»

Détail amusant l’article d’Alain Trotel est accompagné d’une vue du salon donnant une impression de fréquentation homéopathique, situation identique sur les photos publiées par le Travailleur Catalan.

Jean-Louis Aliet n’a pas trop apprécié de se faire traiter de "jean-foutre", il a donc porté plainte pour diffamation et injure.

Que penser de ces gens qui pratiquent les manipulations, les menaces, les insultes, dès que l’on a le malheur de voir les choses d’une autre façon que la leur ?

(1) Dans les colonnes de L’Indép. du 7 avril Jean-Michel Collet, critique culturel de L’Indép.