La liste de ceux dont il fut, et reste, pour certains, le défenseur acharné est des plus édifiantes. On y trouve Bernard Bonnet, notre ancien préfet tout feu tout flammes, Alain Ferrand, l’ex-maire RPR du Barcarès, remplacé par sa femme. L’ancien casinotier super délinquant en col blanc qui dort actuellement à la prison de Perpignan.

Alors qu’Alain Ferrand est convoqué le 11 mai 1998 par le tribunal correctionnel de Perpignan pour répondre de prises illégales d’intérêts dans une grosse affaire, le 7 mai, Luc Malepeyre signe une pleine page à la gloire du maire du Barcarès : «Dans les coulisses d’une station balnéaire révolutionnaire», «A coups d’animations, il collectionne les plus grands succès populaires de la Côte», «il est en train de donner une leçon de gestion municipale qui pourrait faire école, tellement ailleurs, le phénomène Ferrand alimente conversations et projets». Lors de ses réquisitions, le procureur Chifflet aura des mots très durs pour l’auteur de cet article.

Luc Malepeyre n’écrira pas une ligne sur le procès à l’issu duquel Alain Ferrand est condamné à un an de prison ferme et immédiatement écroué. Mais le jour de l’incarcération, le journaliste est là pour recueillir les propos de celui qui est présenté comme une victime. «Ils m’ont eu ! Je n’en peux plus… Je suis écœuré… Ils ont foutu ma vie en l’air… Depuis le temps qu’ils cherchaient à m’abattre…», Et Luc Malepeyre raconte «Il est 15 heures et des poussières, lundi après-midi, Alain Ferrand 38 ans, marié et père de deux fillettes, vient d’apprendre le sort que lui a réservé la justice… Le maire du Barcarès s’effondre en sanglots dans sa voiture.»

Les jours suivants, Luc Malepeyre va continuer de faire pleurer Margot sur le sort du pauvre Ferrand. Le Midi-Libre devient le journal du comité de soutien au malheureux détenu injustement incarcéré dont on demande la libération. Incroyable, mais vrai. Jamais sans doute un homme considéré comme un escroc n’aura été couvert d’autant de louanges…

La plume de Luc Malepeyre aura aussi adouci les dernières années de la vie de Jacques Farran. L’ancien député, conseiller général, maire adjoint de Perpignan, président de la Chambre de commerce, est tombé, en 1992, pour avoir pillé les recettes du parking de l’aéroport. Revenu, en 1998, sous les projecteurs de l’actualité, dans le cadre du procès du château de Corbère, Jacques Farran, le principal accusé, est condamné à six mois de prison ferme.

Bien qu’il donne, de temps en temps, des nouvelles de Bernard Bonnet ou de d’Alain Ferrand, on sentait Lucifer Malepeyre en manque. Il n’avait, depuis quelques temps, que du petit gibier à se mettre sous la plume. Il avait quand même dernièrement interviewé Louis Caseilles, le monsieur qui arrivera en enfer muni de sa fourchette et de son couteau tout en se défendant de manger à tous les râteliers. En jetant son dévolu sur Christian Bourquin, il fait main basse sur un plus gros client. N’étant pas spécialement de gauche, il a, au début, dû lui en coûter. Mais pouvait-il résister longtemps devant ce pêcheur aux qualités si exceptionnelles qu’elles lui valent probablement déjà d’être condamné à subir le délice des flammes de l’enfer pour toute l’éternité ? Et nul doute que Lucifer sera là pour entretenir le brasier.

Depuis quelques mois, Christian Bourquin est devenu le nouveau héros du journaliste du Midi-Libre et tous les ennemis du président du conseil général sont devenus ceux de Luc Malepeyre. Les dernières parutions du quotidien local en fournissent quelques délicieux exemples.

Mardi 23 juillet, Luc Malepeyre rut dans les brancards. Christian Bourquin, arrivé après l’heure de l’enregistrement, n’a pas pu embarquer dans le vol de 7 heures 15 pour Paris. Il faut préciser que Bourquin ignore ce qu’est la ponctualité. Le journaliste conclut son papier en menaçant : «On attend de voir maintenant comment la CCI (Chambre de commerce), gestionnaire de l’aéroport, compte s’y prendre à l’avenir pour réclamer une aide financière au conseil général.»

Mercredi 24 juillet, toute la presse fait sa Une sur la mise en examen de Christian Bourquin. En guise d’explication, Luc Malepeyre glisse la totalité du communiqué de presse de Christian Bourquin, il y occupe plus de la moitié de son article. Il n’y a pas un mot sur le fond de l’affaire qui se résume pourtant simplement à une série de faux témoignages au profit de Christian Bourquin.

Au passage, le journaliste tourne la juge en ridicule : «Jusqu’à présent, on poursuivait des élus qui ont piqué dans la caisse, à Perpignan, on innove puisqu’on met en examen des élus qui ont donné à leur parti !» et il ajoute que l’enquête mobilise «depuis le mois de novembre 2001, un policier et plusieurs magistrats à plein temps». Information fantaisiste qui annonce la suite : faire croire qu’il y a un acharnement de la justice contre Bourquin.

Mais il faut un coupable. Elie Puigmal, ancien secrétaire de la fédération du PS, actuel maire de Saint-Estève et conseiller général, est le bouc émissaire idéal puisqu’il a commis le crime de lèse majesté de ne pas vouloir couvrir les activités délictueuses de Christian Bourquin au moyen d’un faux témoignage.

Jeudi 25 juillet, Luc Malepeyre qualifie l’affaire du chèque de 55 000 francs "d’abracadabrantesque", mot devenu célèbre depuis que Chirac l’utilisa pour qualifier la cassette contenant les confessions de Méry. Sur une demie page, la justice est ridiculisée, discréditée. C’est à la terrasse des cafés de la place Arago que le journaliste a recueilli des réactions à la mise en examen de Christian Bourquin. Propos d’autant plus crédibles qu’ils ne sont pas accompagnés du nom de leurs auteurs.

Parmi les nombreuses rencontres du journaliste, toutes d’une façon ou d’une autre favorables à Christian Bourquin, il y a un chef d’entreprise furieux, «J’avais rendez-vous à midi avec un éventuel investisseur que je fais descendre de la région parisienne, nous éviterons d’aller déjeuner dans le centre ville. Car toutes ces affichettes, ces titres à la Une concernant la mise en examen de M. Bourquin ce n’est pas bon ! n’en déplaise à ses accusateurs, Christian Bourquin n’est pas, de par sa fonction, un citoyen comme tout le monde, c’est le président du conseil général. Autant dire que le mal est fait, car même si il n’y a rien derrière tout ça, si ce n’est que du vent, de la fumée pour noircir le tableau de l’économie départementale, cela décrédibilise une fois de plus notre Roussillon à l’extérieur. Cela nous discrédite. C’est lamentable. Et c’est surtout très inquiétant, parce que en haut, on ne nous prend plus au sérieux…C’est rageant…» Lucifer a raison, les hommes politiques devraient être au-dessus des lois… quand ils n’arrivent pas à s’asseoir dessus…

Luc Malepeyre est bien sûr tombé sur un contribuable, anonyme lui aussi : «Et tout ça, combien ça coûte ? Combien ça va nous coûter ?…J’ai lu quelque part que depuis plus de six mois on avait mobilisé un policier et deux magistrats pour enquêter autour de ce chèque de 55 000 francs. Selon mes propres calculs, en incluant les seuls salaires de ces enquêteurs, ce chèque vaudrait carrément de l’or, puisque près de 10 fois sa valeur initiale…» Lucifer a encore raison, c’est quoi cette justice qui mobilise autant de moyens pour un homme politique alors qu’il y a tellement de voleurs et de criminels en liberté.

Parmi d’autres réactions, il y a celle de Georges Botet, la seule qui soit nominative. Son auteur a envoyé à la presse un communiqué dans lequel il prend la défense de Christian Bourquin : «Il souffre du syndrome de la naïveté pour faire une magouille en payant par chèque et exiger de surcroît un reçu par écrit de son parti !… Cela doit être le retour de l’état de droit, une telle mobilisation de l’appareil judiciaire suite à une dénonciation par lettre anonyme, comme quoi les vieilles méthodes ont encore de beaux jours… N’y a-t-il pas d’affaires en suspens plus importantes… On continue de prendre les citoyens pour des C…» La dénonciation de l’acharnement judiciaire, il ne manquait que cela, c’est un numéro assez habituel chez les politiques pris les doigts dans le pot de confiture. Lucifer connaît ses classiques. Signalons au passage que l’affaire n’a pas été provoquée par une lettre anonyme.

C’est avec cette réaction que se conclut l’article. Luc Malepeyre n’a pas rencontré une seule personne qui lui dise qu’il était normal que la justice fasse son travail. Il ne faut pas insulter son talent. Cela ne risquait évidemment pas de lui arriver.

Les dizaines d’articles laudatifs dont ont bénéficié Jacques Farran ou Alain Ferrand, ne les ont pas empêchés d’être condamnés. Ils ont en revanche aidé ces hommes publics à rassurer ceux qui voulaient bon gré, mal gré, croire à leur innocence et aussi à faire douter et abuser d’autres personnes.

Les démêlés d’un homme public avec la justice se jouent avec les juges d’une côté et avec l’opinion publique de l’autre. Situation qui confère des devoirs au journaliste. Sans cette responsabilité, on pourrait presque trouver de la noblesse à celui qui a le courage de défendre des hommes que tout accuse.