06sep 2002
Visa pour le Foie Gras Une inauguration gavante
00:00 - Par perpignan toutvabien - 2002
Samedi midi, au couvent des Minimes pour l’inauguration de la 14e édition du Festival International du photojournalisme, on a vraiment eu l’impression d’être revenu au bon temps de l’Union Soviétique et de la nomenklatura.
Une tente avait été dressée afin que les officiels soient à l’abri des rayons d’un soleil cuisant. Parmi les planqués, on peut citer Alduy père et maire, les trois députés de la majorité, Claude Cansouline, Jean-François Leroy, le nouveau préfet, quelques adjoints d’Alduy…
C’est donc debout, sous un soleil de plomb, que nous avons écouté les discours officiels. Car comme chacun le sait, si, en France, tout se termine par des chansons, tout commence toujours par des discours.
Guy Péron a demandé une minute de silence à la mémoire des victimes du 11 septembre, ce qui, un an après les attentats de New-York, fut jugé un peu réchauffé par certains, calamiteux par d’autres, mais, comme d’habitude, la majorité du troupeau n’avait pas d’opinion sur la question.
Guy Péron, ancien maire adjoint de Jean-Paul Alduy de 1993 à 2002, et nouveau président de l’association Visa pour l’Image a fait un discours digne de Brejnev à la fin de sa vie. Il bouffait la moitié des mots et terminait difficilement ses phrases. La DHEA est pourtant en vente libre. Léonid Perron a tout de même réussi à lire la longue liste des sponsors. Il a aussi annoncé que Visa accueillait 180 000 visiteurs. On vous le dit, comme en URSS à la belle époque. Il n’y avait pas de pain dans les boulangeries, mais on annonçait chaque année que la production de blé avait encore dépassé celle des Etats-Unis. Dans la brochure de présentation de Visa, Guy Péron conclut son édito par cette phrase «Espérons que le festival contribuera cette année à resserrer les liens entre les nations.» Léonid Brejnev s’est réincarné, maintenant c’est sûr.
Avec Jean-François, le discours a pris de la hauteur, du sens, et de l’émotion lorsqu’il a rappelé que l’on était sans nouvelle de Zuhdi Mustapha, un photographe de Ramallah qui devait exposer à Visa pour l’image.
Au bout du doigt de François Calvet, et au-dessus de nos têtes, on voyait tourner le petit avion de tourisme du président du conseil régional empêché d’atterrir par un contrôleur aérien qui a, paraît-il, fait du zèle. La prochaine fois qu’il viendra à Perpignan, Jacques Blanc pensera peut-être à faire déposer son plan de vol.
Un certain Fourcade, président de la Chambre de Commerce, a prononcé des paroles fortes : «Au fil des ans Visa est devenu une manifestation importante… Ce festival sera comme le précédent un évènement international.» Des mots aussi inoubliables que le prénom de celui qui les a prononcés. Trois journalistes appartenant pourtant à la presse locale essayaient de se rappeler son prénom, Claude ? François ? Henri ? Un de nos lecteurs a-t-il la réponse ?
Comme pour se démarquer de la médiocrité de certains orateurs, Jean-Paul Alduy a commencé par expliquer qu’il n’allait pas remercier tout le monde, sinon on allait passer plus de temps en discours qu’à visiter les expositions. Cap’taine Alduy a défini Visa comme le rendez-vous militant d’une profession. Pour ceux qui ne l’auraient pas bien compris, il a utilisé deux fois le mot militant, entre autre pour qualifier «d’un moment militant» la décision de ne pas renouveler le partenariat avec Corbis, l’agence photo de Bill Gates. On vous le dit, cet Alduy est un dangereux gauchiste. N’ayons quand même pas trop peur, les gauchistes sont devenus les plus solides piliers de l’ordre établi.
Cansouline a été parfait, court, sobre, avec une tonalité humaniste de gauche. Normal. Personne n’a remarqué l’absence de Bourquin. La vie est injuste. Il y a même quelqu’un qui a dit un peu fort «Il parle bien le président du conseil général.» Claude Cansouline qui n’est que vice-président partage avec Christian Bourquin l’honneur et le privilège d’être mis en examen pour “complicité de faux”.
Léonid Brejnev a repris le micro. Il était vachement embêté, Jacques Blanc qui devait prendre la parole n’étant pas arrivé, il ne pouvait pas passer le micro au préfet car celui-ci, protocole oblige, ne pouvait parler que le dernier. Le soleil cognait de plus en plus fort. François Calvet, député et bientôt ex-vice-président du conseil régional pour cause de limitation du cumul des mandats a fini par se laisser convaincre qu’il fallait tenir le crachoir en attendant que le père Blanc descende du ciel. François Calvet a tenu à remercier la momie de Paul Alduy qui figurait en bonne place sous la tente. Il fallait bien que quelqu’un le fasse. C’est l’un des pères fondateurs de Visa pour l’Image.
Blanc ayant manifestement refusé de sauter en parachute sur le couvent des Minimes, le nouveau préfet a pu se présenter devant le micro. Prestation doublement attendue. Que vaut le successeur de Debacq ? Le mec, il a tout de suite voulu montrer qu’il n’était pas con. Il a, l’air de rien, répondu à un imbécile qui un peu avant lui avait dit que les images se suffisaient à elle-même, en expliquant qu’elles avaient besoin de mots. Il a aussi envoyé un message en insistant sur le fait que «l’enracinement et l’ouverture ne sont pas contradictoires, ils sont complémentaires». Lui, c’est pas comme le président de la Chambre de Commerce, il est pas là depuis deux jours mais on sait déjà qu’il s’appelle Michel Fuzeau.
Nous n’insistons pas sur la découverte des expos, nous y reviendrons dans les prochains jours.
Le buffet cocktail dressé dans le patio du couvent des Minimes fut assez animé. Dès qu’un plat de petits-fours était posé sur une table, il était aussitôt enlevé par des goinfres attablés qui devaient trouver que c’était plus commode que de picorer debout devant les tables. Il y en avait même un qui bouffait le plateau tout seul. C’est vrai, puisque je l’ai vu. Il nous est donc impossible de vous dire si les petits-fours étaient bons.
C’est comme pour le foie gras, quelle bousculade au stand Labeyrie. Certains sortaient de la mêlée avec des piles de tartines plein les mains, d’autres voyaient leur petit morceau de pain leur échapper dans la bousculade et le perdaient de vue, il n’avait pourtant pas disparu, il était simplement aller se coller contre la veste d’un monsieur… avant d’être piétiné et de faire glisser une dame qui s’étalait sous la table. C’est vrai puisque je l’ai vu. A quelques pas de là, stoïque, Nicole Gaspon, élue communiste et vice présidente du conseil général croquait des radis et des morceaux de concombre qu’elle trempait quand même dans la sauce.
Un élu de droite avait une histoire à me raconter. Bourquin a une nouvelle voiture équipée des accessoires dernier cri, mais il s’aperçoit qu’il n’y a pas d’autoradio, il retourne donc au garage. Là on lui explique qu’il y a bien une radio mais qu’elle fonctionne avec une commande vocale. Sur la route Bourquin teste son poste : «Mireille Mathieu», ça marche, «Joe Dassin», ça marche, «Nicoletta», ça marche. Bourquin est content, il s’amuse comme un fou avec son nouveau jouet. A un moment, une voiture lui fait une queue de poisson, il se penche à la fenêtre et il crie «CRETIN !», à ce moment-là, on entend la voix d’un journaliste qui annonce, «Et maintenant une interview de Christian Bourquin.»
Coup de pot, j’en avais, moi aussi, une bonne sur Bourquin. C’est une devinette. «Quelle différence y a-t-il entre une afghane et un catalan ?» «Langue au chat» «Les afghanes, la bourqa, elles l’ont sur la tête. Les Catalans, le Bourquin, ils l’ont sur le dos.»
Puisqu’il fallait jouer des coudes pour obtenir les nourritures terrestres, je me dirigeais vers la librairie qui devait être un peu plus calme. En effet. Il n’y avait là que Jean-Paul Alduy, parlant de ses lectures de vacances à Roger Coste, il ne tarissant pas d’éloge sur un roman d’Antonio Tabucchi, Il se fait tard, de plus en plus tard…
Je n’avais pas perdu mon temps.