S’il se voit une fois en photo dans L’Indép, il commencera bien la journée ; il sera heureux comme un pape s’il y est deux fois, et au bord de l’extase si, comme cela arrive de temps en temps, il y est trois fois le même jour. Mais rien ne va plus l’attrister que d’être absent plusieurs jours de suite des pages de notre quotidien local. Heureusement, pour lui cela arrive rarement.

Les mauvaises années, la tête de Christian Bourquin n’apparaît qu’une centaine de fois dans L’Indép, les bonnes, sa bobine nous est montrée 150 fois. La Pravda ne devait pas faire beaucoup mieux.

Comme tout être narcissique, Bourquin est entouré de gens qui savent lui procurer les satisfactions dont il a besoin. Il n’est pas rare que cela prenne une tournure ridicule qui semble d’ailleurs autant échapper à ceux qui la pratiquent qu’à son bénéficiaire. Pendant plusieurs années, Jean Reynal ne parlait de Bourquin en public qu’en disant “mon président“. Et il prit très mal qu’un de ses collègues, à qui le côté risible de la situation n’échappait pas, lui suggère de renoncer à cette attitude courtisane d’une autre époque.

Les marques de complaisance atteignent parfois des sommets d’extravagance. Le prospectus de quelques pages que Bourquin distribuait pendant la campagne des dernières élections législatives était illustré par douze photos de lui. Il paraît que le culte de la personnalité est le propre des dictatures.

Sa volonté d’exister présentait pas mal d’avantages lorsque Bourquin était dans l’opposition. Au conseil général, comme au conseil municipal de Perpignan, il se faisait remarquer en poussant de sacrés coups de gueule. C’est de cette façon que, rapidement, il s’est fait connaître et a pris du poids sur la scène politique locale alors qu’il débarquait inconnu de tous venant de Montpellier.

Pendant deux ans, Christian Bourquin et Jacqueline Amiel Donat, les deux uniques élus de la liste socialiste des municipales de 1993, ont rivalisé en invectives, dénonciations vigoureuses, coups de poing sur la table quand ce n’était pas à coup de chaussure comme le fit une fois un Bourquin, comparant son geste à celui de Kroutchev à la tribune de l’ONU.

Si son côté vantard était déjà bien présent, il était occulté par une combativité et un punch appréciés des militants socialistes. Encore aujourd’hui, une majorité d’adhérents le plébiscite. Son agressivité est prise pour de l’adversité alors qu’elle n’est que la conséquence de son peu d’intérêt, voire de son mépris pour les autres.

Formidable ressort, lorsqu’il était dans l’opposition, le narcissisme de Bourquin est devenu un handicap lorsqu’il a accédé à de hautes responsabilités, la présidence du conseil général, en 1997, et la députation, en 1998. Bourquin n’a jamais vraiment pris le pouvoir. Il a conservé le même comportement. Coup de gueule et coup de com’ sont devenus ses leitmotiv. "Avec Bourquin, on est tout le temps en campagne électorale, déplore un de ses nombreux anciens collaborateurs, le temps de l’action est réduit, trop de décisions ne sont jamais prises ou avec un énorme différé. Son goût pour les querelles, les conflits et les règlements de compte isolent le conseil général et bloquent des tas de dossiers importants même si des cadres et des élus de l’institution mettent de l’huile dans les rouages pour limiter les dégâts causés par le président."

Bien que le bureau à 300 000 francs de Bourquin soit resté gravé dans les mémoires, on semble oublier le coup faramineux des plaisirs nombriliques du président du conseil général. Il faudra qu’un jour quelqu’un chiffre le prix sa mégalomanie. Combien, par exemple, coûte la tournée annuelle du Bourking Circus dans les cantons du département ? Que de moyens et de personnes mobilisés ! Trois à quatre chauffeurs, les secrétaire, chef de cabinet, directeur de cabinet, directrice de la communication, accompagnée d’une journaliste du conseil général, un photographe, quelques courtisans au rôle indéfini mais rémunérés par le conseil général, une pléthore d’employés qui viennent avec des camions et des tonnes de matériel, un écran géant pour faire défiler des dizaines de photos du président prises tout au long de la journée pendant la visite du canton. Mais également le pupitre du président, de superbes plantes vertes en grand nombre, des tentures, des décors et le buffet qui sera servi à la fin de la réunion publique à laquelle sont obligés de participer tous les chefs de service du conseil général, soit une vingtaine de personnes. “Ordre du président”, ils jouent les potiches à chaque réunion cantonale. Lorsque le one man show s’achève enfin autour de minuit après trois heures interminables d’un discours nombrilique, ponctuées de quelques questions qui permettent à Bourquin de repartir pour une demie heure de monologue, cinquante salariés du conseil général sont présents dans la salle, payés en heures supplémentaires. Cinquante et pas un de moins. Ce que Christian Bourquin appelle la démocratie fait plus penser à la caravane d’un roitelet sous l’ancien régime qu’au comportement d’un élu républicain. Et que dire de son cortège de limousines grises qui filent à 150 km à l’heure sur les routes départementales ?

Depuis le début du mois de septembre, le délire communicationnel de Bourquin est devenu complètement frénétique. Multiplication des conférences de presse avec effets d’annonce. Gros investissements en communication papier, cahier de textes pour les collégiens entrant en 6 ième, luxueuse brochure sur l’eau tirée à 100 000 exemplaires distribuée dans tous les foyers du département. Dans l’un et l’autre cas, on relève le peu de soin rédactionnel apporté à la réalisation de ces documents.

Côté manifestation publique, on attend la célébration du 400 millième habitant des Pyrénées-Orientales. Une opération qui n’a d’autre objectif que de permettre à Bourquin d’occuper les médias. A l’instar de Georges Frèches à Montpellier, avec “la journée d’accueil des nouveaux Montpelliérains“, Christian Bourquin invite à “ une journée des nouveaux arrivants, porte ouverte aux nouveaux Catalans “, le samedi 5 octobre au palais des rois de Majorque. Comme à Montpellier, c’est le comité du tourisme qui organise la manifestation.

Est ce au comité départemental du tourisme, déjà débordé par ses missions naturelles, de prendre en charge cette lourde opération ? Quel en sera le coût et par qui sera-t-il supporté ? Le buffet dressé à midi pour plusieurs milliers de personnes représente déjà 42 000 euros auquel il faut ajouter le prix de la campagne de communication. Combien coûte la création des affiches, leur impression et la réservation des espaces sur les panneaux 4x3, les flancs de bus, etc… Des affiches du conseil général, dont on peut s’étonner qu’elles portent depuis quelques mois systématiquement la mégalomaniaque signature où le nom de Christian Bourquin.

Le 5 octobre au palais des rois de Majorque, Bourking Premier sera la vedette, il jouera les souverains. C’est très solennellement qu’il fera “citoyens catalans” tous les nouveaux arrivants dans le département. Perpignan-toutvabien reviendra sur le sens déjà très contesté de cette cérémonie.

Le Bourking Circus va fonctionner à plein régime jusqu’au printemps. D’ici là, combien de millions d’euros auront été dépensés pour la promo du président ? Dans la période de douze mois, qui précède les élections cantonales de 2004, le conseil général ne peut plus communiquer sans entrave, il doit s’interdire tout ce qui pourrait être assimilé à la promotion des élus sortants.

Cette démesure, ces gaspillages ne peuvent pas ne pas être mis en regard du manque de moyens criant dans la plupart des collèges surpeuplés du département qui sont, rappelons le, de la responsabilité du conseil général. Combien d’associations de handicapés ou qui ont pour vocation d’assister les plus faibles et les plus pauvres sont dans des situations de pénurie, recevant des aides insuffisantes du conseil général qui presque toujours prennent des mois et des mois avant d’arriver ?

Depuis que Bourquin est au conseil général, les " frais généraux " ont explosé en progressant de plusieurs dizaines de %, même chose pour les budgets de communication. Dans le même temps, les engagements publics de Bourquin, en matière de dépistage du cancer du sein, n’ont pas vu le début de l’instruction d’un dossier alors que 32 départements, dont l’Hérault, se sont impliqués depuis plusieurs années dans le dépistage de ce qui est la première cause de mortalité des femmes de moins de 65 ans. 300 000 femmes vivent avec un cancer du sein.

Que de chemin parcouru par ce Bourquin qui, élu à la présidence du conseil général, dénonçait les 150 francs par mois de l’abonnement à Canal + souscrit par son prédécesseur ! Qu’il est loin le Bourquin qui invitait la presse pour la pose du panneau " à vendre " au Mas la Cabane, la résidence du conseil général, à Saint-Jean Laseilles. Tentative de cession avortée qui a révélé de bien curieuses pratiques immobilières. Les années ont passé, le mas n’est pas vendu et le conseil général en supporte toujours le coûteux entretien.

Bourquin fait comme si la communication pouvait remplacer l’action, comme si la communication pouvait faire oublier qu’en juin, il a été désavoué par le suffrage universel et, qu’en juillet, il a été mis en examen pour faux et usage de faux.