Un lieu de réunion avait bien été demandé à la mairie une semaine plus tôt, hélas, selon une employée municipale, les salles étaient, ce jeudi après-midi, toutes occupées.

Hasard du calendrier, une douzaine de maires se réunissaient à Château les Pins à l’initiative du sénateur Jean-Paul Alduy. Gilles Foxonet, le maire de Baixas, s’approcha des militants et des journalistes qui avaient posé leurs fesses sur les rebords d’une murette dans la cour du mas. Il regretta de n’avoir pu fournir de toit pour la conférence de presse. «Si vous étiez venu la semaine dernière, on vous aurait offert du muscat, mais les vendanges sont terminées.» Il avait l’air tellement et sincèrement désolé qu’il aurait presque fallu le consoler de la contrariété qu’on lui causait.

Et lui, que pensait-il de la ligne THT ? L’élu n’avait pas encore pris position. Il fit remarquer aux militants, qui n’avaient pas choisi Baixas par hasard (la ligne de 400 000 volts y arrive et y est transformée en fluide de moindre puissance alimentant l’ensemble du département), que la ligne passait au-dessus de ses vignes et qu’un pylône planté sur l’une d’elles ne le dérangeait pas.

La discussion avec Gilles Foxonet fut interrompue par l’arrivée de Jean-Paul Alduy et de Daniel Mach. Dommage ! Le maire aurait peut-être dit que les ressources fiscales produites par les installations de transformation d’EDF n’étaient pas négligeables pour sa commune et peut-être pour lui-même, propriétaire d’un arpent où est planté un pylône.

Un bref dialogue s’engagea entre le sénateur, le député et les militants. JPA ne pose pas le problème de la THT seulement en termes d’environnement, «On n’est pas contre alimenter l’Espagne, il faut voir avec qu’elles solutions on fait fonctionner la solidarité énergétique… Et si on ne leur vend pas d’électricité, ils pourraient la fabriquer eux-mêmes en faisant une centrale nucléaire à Figuères.» Ce propos à la limite du chantage aurait pu faire bondir les écolos.

«Jamais le département n’a eu un problème d’environnement aussi important», asséna un Mach Daniel’s qui ne doit pas voir à quel point les carrières défigurent de nombreux paysages du département dont certains parmi les plus beaux.

Militants et politiques se sont promis de se revoir et JPA a proposé de faire venir Christian Kert, député, auteur d’un rapport sur l’enfouissement des lignes à hautes et très hautes tensions (consultable sur le site de l’Assemblée Nationale).

Les militants associatifs pouvaient maintenant délivrer leur message. Ce que firent dans le désordre et la confusion la dizaine de personnes qui s’adressaient aux trois journalistes.

«Les risques pour la santé sont reconnus… Leucémie infantile…» Sur la base de quelles études cette affirmation était-elle faite ? «Nous avons établi un dossier conséquent», expliqua un des orateurs. Mais il était venu les mains dans les poches.

Tout le reste fut à l’avenant. Ce type d’opposition ne risque-t-il pas d’être contre-productif ?

Un des responsables évoquait les conséquences catastrophiques de la THT sur l’image des vins du Roussillon. Hors la situation de Baixas ne semble pas lui donner raison. La cave Dom Brial, la plus importante cave coopérative du département en chiffre d’affaires, est surtout l’une de celles qui se porte le mieux.

La cuvée Château les Pins est un des côtes du Roussillon les plus réputés du département. C’est de la même cave que sort un des muscat de Rivesaltes parmi les plus récompensés. Et que dire du Rivesaltes hors d’Age à 30 euros la bouteille considéré comme une des merveilles de la viticulture du département ? A-t-on jamais entendu dire que la ligne à très haute tension et les nombreuses lignes à haute tension qui repartent de la commune causaient un préjudice à sa viticulture ?

Un certain nombre d’informations, données lors de cette conférence de presse, méritent pourtant des explications de la part de RTE, «Trois écoles sont très proches de la ligne à très haute tension.» A quelle distance ? Quel risque de santé publique cela présente-t-il ?

La présentation à la presse, au printemps 2002, du numéro 1 de Roussillon Haute Tension, journal édité par La Hune et la Frene, association et fédération respectivement présidées par Maryse Lapergue et Marc Maillet, avait donné une image de crédibilité des opposants à la THT.

Il s’est depuis produit des évènements qui ont obscurci cette impression. Il est évident que les politiques n’ont pas tous un positionnement très clair. A l’image d’un Caseilles, menant la fronde des élus d’un côté, et de l’autre, honorant avec sa compagne une invitation d’EDF à un dîner spectacle.

Ce projet de ligne THT est aussi devenu un objet politique. Depuis que les socialistes ont perdu le pouvoir, Bourquin accuse «Le gouvernement Raffarin de vouloir casser le département.»

Le risque est grand de voir le débat public qui doit se dérouler l’an prochain être confisqué, détourné, par ceux qui en feront un des fers de lance de leur combat contre la droite et ceux qui seront tentés de faire de l’agitation en exploitant les inquiétudes de la population.

Ces écueils pourront-il être contournés afin qu’ait lieu un vrai débat sur le projet et une sérieuse réflexion sur la valeur et la protection de nos paysages ? La commission qui organisera le grand débat aura fort à faire.

P.S. : Associations composant le collectif "Non à la THT"

- ADIHTC, Association de défense des intérêts des habitants de Toulouges et Canohès. - ADISTC, Le Soler. - APED, Association pour le développement Tech Bas Vallespir. - ASEV,Association pour la sauvegarde de l’environnement de Villemolaque. - l’ADECCAA… - La FENEC, Fédération pour les espaces naturels et l’environnement catalan. - Le Garen, Groupement associatif… - Els Simots, Laroque-des-Albères Et d’autres, nous attendons la liste.