Il n’y aurait pas lieu de s’étendre sur cette faute si le dernier numéro de L’Accent catalan, le magazine du conseil général ne revenait avec une certaine insistance sur le sujet. Ainsi, en dix lignes, on lit trois fois "cahier de texte" au lieu de cahier de textes.

Une telle obstination dans l’erreur laisse songeur.

Sauf à ne considérer qu’un seul texte, celui de l’éditorial de Christian Bourquin, la couverture du cahier de textes du conseil général affiche une énorme faute.

Le politique, qui est au plus haut niveau de la hiérarchie du conseil général, ne pouvait pas avoir distribué un document avec une telle faute. Il a donc paru plus simple de continuer à écrire "cahier de texte" de la même façon. Et si on continue d’écrire cahier de texte sans s, c’est en voulant laisser penser que ce pourrait être une façon de l’écrire.

Aucun dictionnaire ne laisse pourtant la moindre petite chance aux rédacteurs du conseil général de pouvoir utiliser cette singulière écriture.

Le Trésor de la langue française, en 13 volumes, édité par le CNRS, dit «cahier de textes, sur lequel l’élève inscrit la liste des devoirs à faire.» Le Petit Robert grand format écrit aussi "cahier de textes"…

Nous avons, pour finir, fait appel à la contribution de l’éminent Jean-Pierre Colignon, auteur de nombreux ouvrages sur l’usage du français, l’ancien chef du service correction et actuel conseiller linguistique du journal Le Monde anime un service de réponses aux questions de langue française. Voici ce qu’il nous a écrit.

«C'est le pluriel qu'il faut, logiquement, adopter : ce cahier est destiné à l'inscription DES devoirs à faire, DES sujets de cours, DES textes d'exercices...»

Cette anecdote est finalement révélatrice de l’état d’esprit des gens de la communication, nom moderne donné à la propagande. Ils ont tellement l’habitude de tordre les éléments de la réalité, de pervertir le sens des mots et des idées pour fabriquer de l’image, sans d’ailleurs rencontrer beaucoup de résistance, qu’ils ne comprennent pas pourquoi ils n’écriraient pas la langue comme bon leur semble. Surtout lorsque quelqu’un a eu l’outrecuidance de leur faire remarquer qu’ils avaient commis une bourde.

C’est pour qui le bonnet d’âne ?