12nov 2002
Le procureur de la République veut-il abattre Christian Bourquin ?
00:00 - Par Fabrice THOMAS - 2002
Sortant du palais de justice de Perpignan, le 23 juillet 2002, où il venait d’être mis en examen pour complicité de faux, Christian Bourquin adressait à la presse une lettre manuscrite dans laquelle il mettait en cause le tribunal de Perpignan.
Il a, depuis, poursuivi et étoffé cette ligne de défense médiatique qui consiste à accréditer l’idée qu’il serait victime de harcèlement judiciaire. «Je gène», ne cesse de répéter Christian Bourquin. Il gênerait parce qu’il «appuie là où ça fait mal» en dénonçant la politique libérale du gouvernement. Cette thèse de l’homme à abattre est défendue par Luc Malepeyre dans les colonnes du Midi-Libre.
Le chef de l’édition locale du quotidien régional a signé plus d’une dizaine d’articles, en trois mois seulement, pour minimiser et tourner en ridicule les poursuites judiciaires contre Christian Bourquin. Exemples : «Jusqu’à présent, on poursuivait des élus qui ont piqué dans la caisse, à Perpignan, on innove puisqu’on met en examen des élus qui ont donné à leur parti !». «N’y a-t-il pas d’affaires en suspens plus importantes…On continue de prendre les citoyens pour des cons.» Notons que Luc Malepeyre fait l’impasse sur le dépassement des comptes de campagne et les faux témoignages suscités par Bourquin.
Le journaliste du Midi-Libre se vautre dans le poujadisme lorsqu’il s’agit de dénoncer l’importance des moyens mobilisés pour l’enquête. "Depuis le mois de novembre 2001, un policier et plusieurs magistrats à plein temps". Une autre fois, il donne la parole à un contribuable, anonyme, forcément anonyme, «Et tout ça combien ça coûte ? Combien ça va nous coûter ?… J’ai lu quelques part que depuis plus de six mois on avait mobilisé un policier et deux magistrats pour enquêter autour de ce chèque de 55 000 F. Selon mes propres calculs, en incluant les seuls salaires de ces enquêteurs, ce chèque vaudrait carrément de l’or, puisque près de dix fois sa valeur initiale… Bingo ! Le CAC 40 peut aller se rhabiller.» L’information est fantaisiste, mais à force d’être répétée… Brigitte Grau-Vuarnet, la magistrate qui s’occupe de l’affaire liée à Christian Bourquin, instruit parallèlement des dizaines d’autres dossiers.
En lisant Luc Malepeyre, on a l’impression que Christian Bourquin devrait être un citoyen au-dessus des lois qu’il ne faudrait pas le poursuivre lorsqu’il viole les lois. En matière d’invalidation, rappelons, qu’au conseil général seulement, deux élus ont, ces dernières années, été invalidés et rendus inéligible pour avoir dépassé le plafond légal des frais de campagne, Jean Vila et Henri Carbonell.
Alors qu’elle s’acharne contre Bourquin, la justice et particulièrement le procureur de la République, Jean-René Floquet nommément cité ferait preuve de mansuétude à l’égard d’autres personnes et en particulier de François Calvet.
Luc Malepeyre s’attache à le démontrer dans un article, de près d’une page, paru dans le numéro du 7 novembre 2002 qui titrait à la Une «Des syndicalistes dénoncent le travail d’employés municipaux chez des particuliers». Il y est question d’une plainte déposée par un administré du Soler, elle était accompagnée d’un constat d’huissier dont Luc Malepeyre cite un extrait «à 6 h16, ce mercredi 4 juillet, arrivée d’une pelle mécanique sur laquelle figure le logo de la mairie de Le Soler. Le conducteur est d’ailleurs un employé municipal de ladite commune. Un camion benne, portant également le logo de la mairie, immatriculée X…, suit. Il est conduit par une personne du sexe masculin, barbue… La pelle et le camion rentrent dans la propriété privée du maire, qui se trouve au fond d’une petite impasse… Les travaux commencent…»
De quels travaux est-il question ? Cela n’est pas dit au lecteur du Midi-Libre. Il suffisait pourtant de citer quelques lignes de plus du constat d’huissier pour que ce point s’éclaire.
Que relate la suite de ce constat ? Les personnels municipaux chargés d’enlever les monstres sont intervenus au domicile du maire du Soler. Ce dernier n’a pas bénéficié d’une prestation exceptionnelle, puisque tout au long de l’année de nombreux administrés ont recours à ce service rendu par la mairie. Les monstres étaient ici composés de quelques dizaines de bordures de trottoir laissées par le précédent propriétaire de la maison.
Pourquoi tronquer le constat d’huissier, si ce n’est pour faire croire aux lecteurs que les employés municipaux du Soler, ont fait des travaux au domicile du maire de la commune, François Calvet ?
On apprend plus loin que le procureur de la République a répondu aux auteurs de la plainte, «J’ai l’honneur, en réponse à votre lettre visée en référence, de vous confirmer ce que je vous disais verbalement, à savoir que l’enquête à laquelle j’avais fait procéder suite à votre plainte contre monsieur François Calvet n’a pas permis de qualifier une infraction commise par M. Calvet. J’ai donc classé votre plainte sans suite…»
Ce que le journaliste du Midi-Libre n’indique pas, peut être ne le sait-il pas, c’est que François Calvet a été entendu par les gendarmes dans le cadre de l’enquête préliminaire à laquelle le procureur a fait procéder.
L’article se conclut par une sérieuse mise en cause du procureur de la République, «Les syndicalistes à l’origine de ce remue ménage disent ne plus être surpris par les décisions du tribunal de Perpignan» et le journaliste leur donne la parole, «Nous avons également déposé des plaintes pour des femmes employées sur le site de la piscine municipale du Moulin à Vent, victimes de harcèlement moral et de harcèlement sexuel, mais celles-ci ont été classées sans suite par le procureur de la République sans autre forme d’explication… Nous entendons ne pas en rester là et prochainement nous allons remettre à la justice un dossier sur cette affaire en nous constituant partie civile !»
Qui se cache derrière cette dénonciation anonyme de la justice ? Qui sont ces syndicalistes de l’ombre ?
Luc Malepeyre dit seulement que ce sont les auteurs de la plainte et du constat d’huissier visant François Calvet.
Monsieur Paul Mignon, tête de liste socialiste aux dernières municipales du Soler en 2001, et madame Charbouillot, candidate sur la même liste. L’un et l’autre sont d’ailleurs des employés de monsieur Bourquin. Paul Mignon est chargé de mission au Pays de la vallée de la Têt et Isabelle Charbouillot travaille à l’UDSIST. Ce sont eux qui ont poursuivi François Calvet.
On comprend trop bien pourquoi ces drôles de syndicalistes cachent leur anonymat sous le bureau de Luc Malepeyre.
La cause de monsieur Bourquin vaut-elle mieux que les arguments tordus employés par ses zélés défenseurs ? Un innocent se compromettrait-il en suscitant des procédés d’une telle noirceur ?
''PS 1 : Informé, il y a plusieurs mois de cela, sur ces accusations d’utilisation de personnels municipaux du Soler, perpignan-toutvabien avait procédé à quelques démarches et constaté qu’il n’y avait pas de quoi fouetter un chat. Cela se passait avant le classement de l’affaire intervenu en août 2002.
PS 2 : perpignan-touvabien enquête sur l’affaire de harcèlement sexuel et moral sur des femmes travaillant à la piscine de Perpignan.''