Le député maire de Pollestres, Daniel Mach, remonte l’allée de la salle des Fêtes de Pollestres en serrant les mains de la quarantaine de personnes dispersées à gauche et à droite de la travée. Parmi elles, quelques têtes connues de militants de l’environnement et membres d’associations diverses et paraît-il quelques concombres masqués de l’EDF et un représentant des RG en mission d’observation. On attend encore un peu les retardataires, c’est le quart d’heure catalan.

Un monsieur brun en costume, la cinquantaine passée, prend la parole. On suppose que l’on devrait le connaître puisqu’il ne se présentera pas et l’on ne comprendra que plus tard, quand il sera cité par les autres intervenants, qu’il s’agit de M. Amiel.

L’orateur, donc, remercie Daniel Mach pour sa présence et l’aide apportée à l’organisation, indique le fil conducteur de la soirée, présente sommairement le collectif d’associations «pour le moment, nous sommes 8, mais bientôt nous serons 11.» Un peu plus tard on aura une autre estimation des forces en présence, «ce soir nous sommes 9, mais bientôt nous serons 10, 11, 12 et peut être plus.»

Les choses sérieuses peuvent commencer. Il est question, pèle mêle, du brouillage des ondes radio, du risque de chute des câbles et pylônes par forte tramontane, du risque des neiges verglaçantes, des problèmes d’incendies (si la forêt des Albères brûlait), le tout lié, bien sûr, à l’implantation de la THT. Les risques de grêle sous les lignes THT ont été évoquées, mais tout aussi vaguement, sans faits, sans chiffre précis. On doit se contenter d’un très convainquant «fréquemment observé», tout aussi scientifique.

On a même eu droit à «s’il y a des chasseurs parmi vous, ils savent bien qu’il n’y a jamais de lapins sous les lignes à haute tension». Ne reculant devant aucun effet dramatique, mettant au même niveau clichés obscurantistes et allusions à des études scientifiques, l’orateur a abordé les questions de la répercussion des forts champs magnétiques sur la santé humaine, menaçant les populations du Roussillon de cancers, de leucémies (particulièrement chez les enfants – la corde sensible a été pincée à de nombreuses reprises), d’avortements, et, au mieux, de migraines et d’insomnies.

Sans jamais préciser à quelle distance des lignes THT les champs magnétiques n’étaient plus dangereux et quelle était la distance de sécurité préconisée éventuellement et actuellement en France. Il a continué à se prendre les pieds dans les champs électromagnétiques et s’embrouiller dans les microtestas pendant un bon petit moment pour finalement annoncer qu’un éminent spécialiste, coauteur d’un guide pratique européen des pollutions électromagnétiques viendrait faire une conférence début décembre… au palais des rois de Majorque.

Là, le maire de Caudiès a bondi de sa chaise, s’est précipité vers le micro, visiblement furieux que la conférence qu’il avait prévue et organisée dans son village se soit déplacée toute seule sans le prévenir. Plus tard, il s’excusera de la vivacité de sa réaction mais d’autres interventions, pourtant elles n’ont pas été si nombreuses, nous ont bien fait sentir que si l’électricité ne passait pas encore au-dessus de nos têtes, la très haute tension régnait déjà au sein du collectif.

Après un long et poignant appel à cotisation d’un autre membre du collectif, ce fut le tour de Daniel Mach. Avec un petit sourire en coin qui en disait long, il a jugé nécessaire de préciser qu’il ne s’exprimerait pas sur les nuisances du passage d’une THT, les scientifiques ayant des avis très contradictoires sur la question. Dans un exposé clair et lucide, le député a expliqué que le passage de la THT était déjà décidé et que les associations devaient intensifier leurs efforts de façon à ce que cela se fasse, en quelque sorte, le mieux possible, c’est à dire en essayant d’obtenir le plus possible de ligne enterrée ou en sous marin et en refusant le passage de la THT à proximité des zones fortement urbanisées.

Le député a aussi annoncé qu’il rencontrerait Roselyne Bachelot, le 17 décembre, et que Henri Sicre travaillait sur le dossier de classement des Albères, ce qui aurait aussi un effet de ralentissement du projet. Une dame assise au fond de la salle a demandé le micro, est venue jusque devant le public et s’est présentée : Maryse Lapergue, présidente de la Hune, faisant souffler un air salvateur d’intelligence et de bon sens, elle n’a pas tardé à remettre les compteurs à zéro. Tout en félicitant Mach pour la clarté de sa position, elle ne s’est pas gênée pour, mine de rien, réfuter tous ses arguments, ses appels à la solidarité avec l’Espagne (on ne peut pas se dire Catalans et refuser de leur vendre de l’électricité) et ses menaces voilées (si on ne leur fournit pas de l’électricité, ils vont nous faire une centrale nucléaire).

Démontant au passage les constructions faites jusque là par les intervenants du collectif, martelant ce qui aurait dû être une évidence, " ne nous laissons pas entraîner sur un terrain qui n’est pas le notre, attention aux chausses trappes, ne prenons pas les beaux discours pour argent comptant, refusons de débattre tant que le projet ne nous est pas présenté, ne nous laissons pas embarquer dans le débat technique, opposons une détermination sans faille, nous ne voulons de la THT, nous n’en voulons pas, posons les vrais questions…

Le maire de Caudiès, Daniel Mach et un monsieur en veste marron ont repris la parole. Quand au débat, a-t-il vraiment eu lieu ? Personne n’a demandé à la salle s’il y avait des questions, si quelqu’un avait quelque chose à dire. «Surtout n’oubliez pas vos cotisations et de remplir le formulaire que l’on vous a donné et au revoir.»

Finalement c’est sur le trottoir et devant la salle des fêtes qu’eurent lieu débats et discussions, chacun avec ses copains, par groupe et par affinité.

Reste qu’à observer la moyenne d’âge (élevée) des participants et leur petit nombre, la première réunion publique du collectif d’association contre la THT a montré que le projet pourtant lourd de conséquences environnementales ne mobilisait pas encore les foules

PS : Cette réunion s’est tenue le 21 novembre 2002.