25dec 2002
Brasillach (1) André Bonet réhabilite Robert Brasillach
00:00 - Par perpignan toutvabien - 2002
Dans trente ans, on se souviendra de l’encyclopédie des Pyrénées-Orientales et du Pays Catalan a déclaré, dans un élan lyrique, Christian Bourquin, président du conseil général, lors de la présentation de cet ouvrage à la presse, le 27 novembre. Ce dont on se souviendra sans doute, c’est que c’est dans ces pages qu’André Bonet réhabilita Robert Brasillach.
Le président du CML (Centre Méditerranéen de Littérature) donne le ton dès les premières lignes de sa contribution Ecrire en Roussillon «Louis Codet, Joan Amade, Ludovic Massé, Robert Brasillach, Claude Delmas et le prix Nobel de littérature Claude Simon, tels sont les écrivains que nous retenons lorsqu’on s’interroge sur la richesse de la création littéraire en Roussillon durant le siècle dernier.»
Il y a quelque audace à mettre Robert Brasillach au même niveau que l’immense Ludovic Massé et le prix nobel de littérature Claude Simon !
On se demande si Codet, Amade et Delmas (dont l’œuvre n’a pas l’importance de celle de Massé et de Simon) ne servent pas de faire valoir à un Brasillach qu’André Bonet fait entrer dans «Le panthéon des lettres roussillonnaises».
Derrière «ces valeurs sures» apparaît le peloton dans lequel Bonet place Josep Fons, Frédéric Saisset, Cyprien Lloansi, Albert Bausil, Jules Badin, Charles Bauby, Michel Maurette, Henri Guiter, Arthur Conte ou André Vinas. N’est-ce pas plutôt là que l’on pouvait, au mieux, trouver Brasillach ?
Au passage, on regrette l’absence de plusieurs écrivains pourtant plus importants que quelques-uns de ceux qui ont été cités. Comment oublier François Bernadi ?, talent découvert par Albert Camus qui éditera chez Gallimard, Rue du Soleil en 1955, Le vin de la Lune, en 1957, L’œil de la mer, en 1962.
Bonet a une très haute opinion de l’œuvre de Brasillach : «Resteront à tout jamais des romans tels : Le voleur d’étincelles, L’enfant de la nuit, Le marchand d’oiseaux, Six heures à perdre et son Anthologie de la poésie grecque.»
La plupart de ceux qui se sont penchés sur son œuvre romanesque la jugent mineure et considèrent que, sans la notoriété qu'il a acquis comme grande figure intellectuelle du fascisme et le plus nazi des écrivains français, le nom de Brasillach aurait sombré dans l’oubli. La postérité est exigeante.
Ajoutons que tous ceux qui ont posé un regard sur l’histoire des lettres roussillonnaises avaient, jusqu’à présent, fait l’impasse sur Brasillach.
Bien que l’image d’écrivain maudit soit des plus porteuses, aucun éditeur ne s’intéresse plus depuis longtemps aux romans de Brasillach. Il n’a pas, beaucoup s’en faut, le talent d’un Céline, d’un Drieu La Rochelle, d’un Chardonne…
Aujourd'hui, il n’y a plus que l’extrême droite qui s’intéresse à l’œuvre romanesque de Brasillach et c’est grâce à Godefroy de Bouillon, maison d’édition au catalogue très parlant, qu’elle reste accessible. On y trouve le programme politique du Front national, des livres sur Le Pen, Pétain, Maurras, Barrès, Mussolini. La Phalange, Vichy, l’Action Française, l’OAS, les cathos traditionalistes, l’émigration, l’insécurité font partie de ses thèmes de prédilection. Nombre d’auteurs sont des militants et des dirigeants du FN, Jean-Claude Martinez, Roger Holeindre. Godefroy de Bouillon a aussi édité Le club de l’horloge. Thème cher à l’extrême droite, l’antisémitisme n’est pas oublié. Dans Au secours la France se meurt, 1897-1997, un siècle de sionisme, Pierre Marchand «dénonce la tentative de mainmise de la communauté israélite sur la vie politique française.»
Sur les 124 ouvrages proposés par cet éditeur, 9 ont Brasillach pour auteur. GDB édite aussi Anne Brassié. Elle est l’auteur d’une biographie de Brasillach, parue en 1987 chez Robert Laffont, et se défendait de vouloir réhabiliter Brasillach, elle collabore à différentes revues d’extrême droite, comme Présent et Rivarol.
Brasillach est aussi l’auteur de deux pièces de théâtre. Dans sa Bérénice, voici le genre de dialogue qu’il met dans la bouche de Paulin : «Il y a les juives grasses et les juives maigres, deux espèces de vermine.»
Robert Brasillach est né à Perpignan, 45 quai Vauban, le 31 mars 1909. Ses parents, Marguerite Redo et Arthémile Brasillach, sont tous deux originaires de Canet-en-Roussillon. En 1914, Arthémile Brasillach, officier, est tué lors d’une escarmouche près de Kenitra au Maroc. Marguerite Brasillach rencontre à Perpignan, un médecin militaire avec lequel elle part s’installer à Sens. Robert Brasillach n’a pas dix ans lorsqu’il quitte Perpignan. Il reviendra souvent dans les P.-O à l’occasion des vacances. On peut certes ajouter à cette origine catalane que son premier roman (assez médiocre) Le voleur d’étincelles se déroule à Collioure.
Dans Intelligence avec l’ennemi, Alice Kaplan écrit «sa perception du monde, comme écrivain et comme critique, était faussée par un étrange mélange de cruauté et de sentimentalité.»
C’est exactement l’impression que laisse, par exemple, la lecture du premier roman qu’encense Bonet, Le voleur d’étincelles. Voici ce que ressent le personnage principal lors des fêtes du 15 août, à Collioure, «Lazare était fatigué, se sentait sale dans cette foule sale et, après la journée harassante, ne retrouvait pas dans cette ville la ville qu’il avait tant aimée. Les oreilles bourdonnantes, il contemplait cette foule, pareille à du vomi fumant, qui gonflait entre les quilles des barques. Les airs de dix années de jazz se mêlaient à cette pâte humaine, humide, indigeste, et un peu tournée, qui crevait en grosses bulles sous la nuit impassible.» A l’exception de cet éclair destructeur, ce roman autobiographique d’inspiration Barrésienne, sur le thème nationaliste du retour aux racines est d’une totale pâleur. Très distant de ces personnages, jamais l’auteur ne parvient à les faire vivre. Et Collioure n’a pas plus de présence qu’eux.
En lisant ses romans on se demande comment le critique littéraire, redoutable et redouté qu’il fut, a pu produire une œuvre aussi mièvre !
La œuvre d’essayiste et de chroniqueur de Brasillach compte une dizaine d’ouvrages. L’histoire de la guerre d’Espagne écrite avec Maurice Bardèche à la gloire de la victoire «catholique fasciste» développe un véritable culte pour Primo de Rivera, fondateur du mouvement fasciste phalangiste. Il consacre une biographie au Belge Léon Degrelle, le chef du mouvement fasciste Rex le fascine. Son livre sur Corneille est un recueil de conférences dans lesquelles, il fait du tragédien «Le précurseur génial, hardi, antibourgeois, anticapitaliste et antiparlementaire du fascisme moderne.» Portraits montre que le critique est brillant. Mais ses goûts le poussent vers Barrès et Maurras et repoussent Proust et Malraux. A des degrés divers, l’idéologie de Brasillach imprègne toute son œuvre. Le procès de Jeanne d’Arc ne fait pas plus exception que Lettre à un soldat de la classe soixante, son testament politique.
Spécialiste reconnu du cinéma, il est l’auteur avec son beau-frère, Maurice Bardèche, d’une histoire du cinéma qui fit référence avant-guerre mais truffée de propos antisémites . Son Anthologie de la poésie grecque était également considérée.
L’œuvre de Brasillach est abondante. Mais où est «l’œuvre importante d’essayiste et de romancier» dont parle André Bonet qui poursuit «Elle révèle un autre Brasillach : à la place de l’homme qui s’est trompé lourdement sur le plan politique apparaît un écrivain de grand talent et de haute érudition. Son œuvre avec le recul du temps prendra sa juste place.»
Contrairement à ce que voudrait nous faire croire Bonet, il n’y a pas d’un côté, l’homme qui se serait lourdement trompé et, de l’autre, l’écrivain de talent.
«Brasillach a disparu derrière son image», ajoute aussi Bonet. Derrière l’image du collabo haineux, il n’y a pas grand chose qui demeure. Il n’y a pas de quoi revenir sur Brasillach. A moins de vouloir le réhabiliter.
Brasillach, c’est surtout le mélange le plus réussi de l’intelligence et de la méchanceté, on dirait, familièrement, de la saloperie.
C’est un maître dans l’art de salir, dans le maniement de l’insulte et la production de la haine.
Son premier coup journalistique, il le fait, en 1931, dans La revue française, publication de l’Action Française, en publiant un article titré "Oraison funèbre pour Monsieur Gide". Le jeune homme a bien choisi sa cible, André Gide est alors considéré comme un monument des lettres françaises. Dans cette fausse nécrologie, Gide est présenté comme un vieillard usé n’ayant plus rien à dire. Pour Brasillach, c’est comme si Gide était mort. Dans ces conditions, Brasillach demande pourquoi on ne l’enterrerait pas tout de suite. «Ainsi Brasillach obtient son premier succès d’essayiste en rédigeant une condamnation à mort», écrit Alice Kaplan.
«On ne retient, le plus souvent, que son passage en 1939 à la tête de l’hebdomadaire parisien Je suis Partout», poursuit Bonet.
Falsification !
Brasillach n’a pas fait qu’un «passage» à Je suis partout. Il y entame sa collaboration, en 1931, il a alors 22 ans. En juin 1937, il en est nommé rédacteur en chef, il quittera ce poste et l’hebdomadaire en août 1943. Après la débacle des armées de Hitler devant Stalingrad et la chute de Mussolini, conséquence du débarquement américain en Italie, il apparaît clairement que le Troisième Reich va perdre la guerre. En France, la résistance s’intensifie et devient un problème majeur pour l’armée occupante et ses collaborateurs.
Férocement anti-républicain, Brasillach a évolué du royalisme au fascisme. Voici ce qu’il écrivait dans le Coq Catalan d’Albert Bausil, en 1927, «Il faut laisser à une caste, à une race, le soin et l’étude du gouvernement où nous ne connaissons rien. Il faut un roi. Ce roi sera absolu, tout lui appartiendra. »
«Ces cérémonies rituelles, cette sensualité religieuse, les forces allemandes qui déchaînent simultanément la frénésie sexuelle, le retour aux vieux dieux germaniques, la guerre, la passion pour la race et le sol natal.» Robert Brasillach, Portraits, 1935.
Brasillach est un fasciste de la première heure : «Tant pis pour ceux qui nous traiteront de barbares. “Quand j’entends parler de culture, s’est écrié un jour monsieur Goering, je prends mon revolver.” Lorsque je vois ce qu’on a osé faire du mot culture, je suis tout à fait d’accord.» Robert Brasillach, Je suis Partout, juillet 1938.
L’antisémitisme est une des obsessions de Brasillach, pour lui les juifs sont à l’origine ou la cause de tous les maux. Chaque semaine, pendant plusieurs années, il se livra à l’incitation à la haine antisémite et il fut parmi les premiers à réclamer un statut particulier pour les juifs.
«Qu’on retire la qualité de citoyen à tout juif, demi-juif, quart de juif. C’est une mesure simple, juste et qui n’a rien d’offensant : le peuple juif est une nation.» Robert Brasillach, Je suis Partout, numéro spécial, Les juifs et la France, février 1939.
Voici un extrait d’un article de Brasillach, paru en 1939, alors que l’Assemblée nationale débattait d’une proposition de loi du Garde des Sceaux, Paul Merchandeau, visant à réagir à la vague de xénophobie que faisait déferler l’extrême droite, et à réprimer les incitations à la haine raciale :
«Quel tribunal, en effet, oserait nous condamner (…) si nous dénoncions l’envahissement extraordinaire de Paris et de la France par des singes ? Vous n’êtes pas sans savoir que jadis les singes étaient cantonnés dans certaines régions, voire dans certains jardins d’acclimatation. Aujourd’hui, on en voit partout… Il faut reconnaître qu’il se développe dans le public un assez vif complexe antisinge. On va au théâtre ? La salle est remplie de singes. Ils s’accrochent partout, aux balcons, aux avant-scènes. Dans l’autobus, dans le métro ? Des singes. Je m’assieds innocemment au café ? A ma droite, à ma gauche, deux ou trois singes prennent place… Leur habileté à imiter les gestes des hommes font que parfois nous ne les reconnaissons pas tout de suite. Les guenons qui les accompagnent ont chapardé des fourrures, des colliers de perles et elles minaudent de manière presque humaine… Ce que nous appellerons l’anti-simiétisme (veuillez bien lire, je vous prie) devient chaque jour une nécessité plus urgente. Ne dit-on pas que des unions contre-nature entre Français et guenons, entre Françaises et singes auraient déjà donné naissance à une race hybride heureusement peu nombreuse ? Il est tout à fait fâcheux que l’on puisse arriver à de telles perversions. Nous sommes sûrs d’aller au-devant des désirs du gouvernement en dénonçant de telles pratiques. » Robert Brasillach, Je suis Partout, mars 1939.
Et l’ignominie de Brasillach n’a pas de limites.
«En finira-t-on avec les relents de pourriture parfumée qu’exhale encore la vieille putain agonisante, la garce vérolée, fleurant le patchouli et la perte blanche, la République toujours debout sur son trottoir.» Robert Brasillach, Je suis Partout, février 1942.
«L’archevêque de Toulouse proteste contre les mesures prises envers les juifs apatrides en zone non occupée et accuse le gouvernement du Maréchal de suivre des inspirations étrangères. Il parle de brutalités et de séparations que nous sommes tous prêts à ne pas approuver car il faut se séparer des juifs en bloc et ne pas garder les petits.» Robert Brasillach, Je suis Partout, septembre 1942.
Il fallait ressortir quelques-uns des ignobles, des nauséabonds propos de Brasillach pour interroger André Bonet qui le présente comme «une victime» de l’épuration.
Brasillach victime ?
Victime, celui qui pendant des années n’a cessé de demander que l’on fusille, que l’on déporte les républicains, les gaullistes, les communistes, les combattants de la Résistance, et les écrivains qui refusaient le nazisme ?
Victime, le rédacteur en chef du journal qui donnait les adresses des personnes qu’il dénonçait et s’étonnait quand elles n’étaient pas arrêtées et exécutées assez vite ?
Victime, celui qui nourrissait une épouvantable haine contre les juifs et demandait pour eux, les camps de concentration et le génocide, sans que l’on oublie leurs enfants ?
Victime, celui qui vend son pays ?
Victime, celui qui a été jugé, assisté par l’avocat qu’il avait choisi ?
Victime, comme Jean Moulin, torturé pendant des jours, puis des nuits, puis encore des jours, torturé à mort, comme près de nous, à Perpignan, Gilbert Brutus et tant d’autres ?
Brasillach a été jugé, reconnu coupable et condamné. Il a été exécuté en 1945, le 6 février, jour anniversaire des émeutes meurtrières organisées par les ligues d’extrême droite, en 1934, pendant lesquelles il rêva à une prise de pouvoir, comme en Allemagne et en Italie, un et deux ans plus tôt.
En présentant Brasillach comme «victime à trente cinq ans d’un des drames de l’épuration», Bonet boucle sa démonstration. Il rejoint la mythologie de l’extrême droite qui fait de Brasillach un jeune et grand écrivain victime de la République et un martyr dont elle cultive le souvenir et l'œuvre.
Voilà ce que disait le Pen dans un discours prononcé le 1 mai 2001 pour la fête de Jeanne d’Arc qui est, rappelons-le, la figure que l’extrême droite oppose à Marianne la républicaine, «Outre donc, toutes ses exceptionnelles qualités, il en est une qui est d’ailleurs la marque des grands destins. C’est celle de ceux qui meurent jeunes, comme le Christ. Alexandre et tant de héros français, sans jamais connaître l’accomplissement et dont Brasillach écrit “Ils ne sont pas venus apporter la paix mais l’épée”.»
Mais il ne peut-être question de Brasillach sans s’arrêter sur Maurice Bardèche, le beau-frère de Brasillach. Toute sa vie, qui se déroula principalement à Canet-en-Roussillon, il la consacra à la diffusion de l’œuvre de son beau-frère et à la fabrication du mythe Brasillach.
Bardèche et Brasillach sont nés la même année et se sont rencontrés à l’Ecole normale supérieure. Maurice Bardèche a, lui aussi, un itinéraire de fasciste qu’il n’a d’ailleurs jamais cessé de revendiquer «Je suis un écrivain fasciste», écrivait-il, en 1961.
Intellectuel de valeur, Maurice Bardèche est un idéologue de premier plan de l’extrême droite et un des artisans de sa renaissance en France. Il fut, dans les années 1950-60, un de ses leaders au niveau européen. Il est considéré comme le véritable fondateur du négationnisme en France. Juste après la guerre, il écrit un livre niant les crimes des nazis et faisant porter la responsabilité de la guerre sur les juifs. Mort en 1998, il a du aller directement au walhala rejoindre Brasillach et tous les dignitaires nazis.
Toutes les ficelles et les trucages qu’utilise Bardèche sont repris par Bonet. La ligne suivie consiste à minimiser le rôle politique de Brasillach et à surévaluer son œuvre.
Ainsi Bonet parle-t-il «d’erreur», de «l’homme qui s’est trompé» et fait passer des crimes pour des erreurs. En vertu de quoi, un intellectuel, un écrivain n’assumerait-il pas ses actes à la hauteur de la responsabilité qui est la sienne ? Seul Mauriac a osé écrire «Il n’appartient à personne de frustrer un écrivain de sa gloire quel qu’ait été son crime.»
Manipulation encore, lorsque Bonet mêle le nom de Brasillach à ceux d’écrivains de renom. Après l’avoir fait avec les grands du Roussillon, il poursuit, «Après la Première guerre mondiale, Robert Brasillach fit partie d’un cercle d’écrivains français aussi célèbres que Giraudoux, Montherlant, Cocteau, Giono, Paul Morand…»
Bonet écrit encore «Le général de Gaulle refusa sa grâce, malgré une pétition signée par les plus grands écrivains français.» En réalité par quelques-uns seulement des plus grands écrivains et, parmi eux, pas mal de ceux qui s’adaptèrent fort bien au régime de Vichy et à la botte nazie. Mauriac, Camus et quelques autres étant de notables exceptions.
La position d’Albert Camus est grande, mais sans faiblesse. Voici ce qu’il écrivait dans une lettre à Marcel Aymé, dans laquelle il a tenu à exposer les raisons qui l’ont fait signer pour la grâce de Brasillach.
«J’ai toujours eu horreur de la condamnation à mort et j’ai jugé qu’en tant qu’individu du moins je ne pouvais pas y participer même par une abstention. C’est tout. Et c’est un scrupule dont je suppose qu’il ferait rire Robert Brasillach .Ce n’est donc pas pour lui que je joins ma signature aux vôtres. Ce n’est pas pour l’écrivain que je tiens pour rien. Ni pour l’individu que je méprise de toutes mes forces. Si j’avais mêmes été tenté de m’y intéresser, le souvenir des deux ou trois amis mutilés ou abattus par les amis de Brasillach pendant que son journal les encourageait, m’en empêcherait. Vous dites qu’il est du hasard dans les opinions politiques et je n’en sais rien. Mais je sais qu’il n’y a pas à choisir ce qui vous déshonore et ce n’est pas par hasard que ma signature se trouve parmi les vôtres tandis que celle de Brasillach n’a jamais joué en faveur de Politzer et de Jacques Decour.»
Brasillach était une ordure talentueuse et, à cause de son talent de polémiste mis au service d’une idéologie meurtrière, cette figure de proue du fascisme français a exercé une grande influence, il a convaincu et entraîné pas mal de gens à commettre des crimes. Son ignominie est la seule trace qu’il laissera dans l’histoire.
Que Bonet aime Brasillach, c’est son problème.
Quand Bonet entretient la mémoire de Brasillach dans les locaux du Centre méditerranéen de littérature, là, précisément au 45 quai Vauban, où est né Brasillach, cela devient NOTRE problème, car le CML est une association qui reçoit d’importantes subventions publiques.
Quand Bonet réhabilite publiquement Brasillach dans un livre à coups de mensonges et de falsifications, cela nous concerne davantage encore.
Quand cet ouvrage est réalisé grâce à des fonds publics, en l’occurrence ceux du conseil général qui a acheté 2 000 exemplaires pour des collégiens de notre département, là nous avons le devoir de réagir.
Fabrice THOMAS
P.S. : Pour en savoir plus sur Brasillach :
Brasillach ou la trahison du clerc, de Michel Laval - Hachette