12jan 2003
Brasillach (6) Chronique d'une catastrophe annoncée
00:00 - Par perpignan toutvabien - 2003
Qui a fait quoi ? Quel rôle a joué le conseil général ? Comment l’article de Bonet a-t-il pu passer ? Ce sont quelques une des questions qui reviennent souvent parmi les nombreuses réactions à l’article sur la réhabilitation de Brasillach. Beaucoup, y compris quelques élus du conseil général, ont envie de comprendre ce qui s’est passé.
Les conditions dans lesquelles a été élaborée l’encyclopédie donnent un éclairage.
En préalable, il n’est pas inutile de préciser que personne n’accuse Michel Demelin et Jean Reynal, les deux directeurs de l’encyclopédie, Dominique Porté, le directeur des éditions Privat, François Delacroix, directeur général des services du conseil général, Christian Bourquin, président du conseil général d’avoir voulu réhabiliter Brasillach.
Mais il faut quand même que les responsables assument leurs responsabilités.
Les éditions Privat (aucun lien avec la librairie Privat) se sont lancées dans la publication d’encyclopédies départementales. La première consacrée à la Haute-Garonne est sortie en septembre 2002 et l’éditeur Toulousain a l’objectif de couvrir tous les départements du Rhône à l’Atlantique.
Sur le plan économique, la collection repose sur un principe qui la distingue de l’édition classique, les éditions Privat faisant appel à un partenaire pour financer chaque volume.
C’est ainsi qu’après des négociations entre l’éditeur et le conseil général, ce dernier a, le 24 juin 2002, voté en séance plénière, l’acquisition de 2 000 exemplaires pour un montant de 69 194 euros (453 220 francs), pour un ouvrage devant sortir à la fin de l’année.
Notons au passage que le conseil général n’a pas regardé à la dépense. Il paie 35 euros l’exemplaire pour un prix public de vente de 45 euros. La remise dont il a bénéficié, 22 %, n’atteint même celle faite aux libraires qui tourne généralement autour de 30-35 % et qui peut aller plus loin sur un achat d’une telle quantité. Voyons-y la volonté d’apporter un très gros soutien à cet ouvrage.
Dans ces conditions financières, l’éditeur joue évidemment sur du velours, l’ouvrage est bénéficiaire avant d’avoir été mis en vente. Et s’il se vend bien c’est le jackpot. Sauf pour les auteurs, qui ont été rémunérés au lance-pierre, pour un forfait indépendant du niveau des ventes.
En séance plénière, les conseillers généraux de la majorité de gauche ont voté pour et les 11 conseillers de l’opposition se sont abstenus. Ces derniers ayant justifié leur vote par l’absence d’informations données par le rapporteur, Christian Bourquin lui-même, et par son obstination à n’en vouloir donner aucune.
Mais ce jour-là, il se disait en coulisse que Bourquin voulait surtout garder le silence sur le fait que le conseil général investissait 450 000 francs dans un projet à la tête duquel se trouvait un des ses collaborateurs et proche, Jean Reynal. Celui-ci était d’ailleurs présent dans l’hémicycle qu’il quitta, un grand sourire aux lèvres juste après le vote de la délibération.
Pour se décider à acheter une telle quantité de livres, avant qu’ils ne soient écrits et pour un montant aussi élevé, on suppose que le conseil général a, au préalable, recueilli les éléments constituants un solide dossier garantissant la qualité du contenu cette encyclopédie dont les 2000 exemplaires acquis sont destinés aux collégiens.
Voici, sur ce sujet, ce que l’on pouvait lire sur perpignan-toutvabien le 25 juin 2002, "Le conseil général ne peut soutenir ce projet qu’en contrepartie d’engagements sur la qualité des contenus, par exemple au travers de la mise en place d’un comité scientifique", déclare un auteur qui a très envie de mettre les pieds dans le plat.
L’absence de comité scientifique a, dès le départ, été relevée par plusieurs auteurs. Hors, c’était, normalement, une des meilleures garanties de qualité que l’éditeur pouvait fournir au conseil général.
Deux personnes ont assuré la direction de l’encyclopédie, le journaliste Michel Demelin et Jean Reynal, conseiller de Christian Bourquin sur les questions de patrimoine au conseil général.
L’un est un journaliste au professionnalisme certes reconnu, l’autre n’est pas un spécialiste incontesté dans son domaine. Réunissaient-ils à eux deux suffisamment de compétences pour juger de la qualité des textes et des auteurs dans des domaines aussi divers que ceux couverts par un ouvrage à vocation encyclopédique, balayant un grand nombre de sujet et de disciplines ?
Nous ignorons qui a relu l’article de Bonet. Mais quand même. Il suffit d’une lecture attentive pour que plusieurs questions importantes sautent aux yeux. Les deux personnes qui ont alerté perpignan-toutvabien sur la réhabilitation de Brasillach ne sont ni des historiens, ni des spécialistes de littérature.
Commencé au début de l’été, l’encyclopédie a été bouclée pour une parution fin novembre. Un délai certainement trop court pour retravailler avec les auteurs sur leur copie. La précipitation explique sans doute une part des erreurs, omissions d’importance et incohérences que l’on relève au fil de la lecture.
La mésaventure qui est arrivée à Jean-Paul Pelras montre que le conseil général n’a pas placé sa vigilance au bon endroit. A la demande de Michel Demelin, il avait rédigé une contribution sur l’agriculture du département, hors peu de temps avant la sortie de l’encyclopédie, il a reçu un courrier du directeur de Privat lui expliquant que son texte ne pouvait être publié… Manque de place ! Pelras n’a pas de chance.
En fait, il y a eu un veto de Christian Bourquin qui a une féroce rancune contre l’ex-syndicaliste agricole. Michel Demelin n’a eu qu’à s’incliner.
En résumé, l’éditeur s’est surtout préoccupé de faire une opération juteuse et le conseil général de faire une opération de communication.
Il est clair que la réhabilitation de Brasillach met le conseil général et les éditions Privat dans de sales draps.
Pour l’instant ils se mettent le drap sur la tête et couvrent les écrits à caractère négationniste de Bonet.
Ils se refusent à affronter la réalité parce qu’ils y ont leur part de responsabilité.
Combien de temps pourront-ils maintenir cette attitude ?
Pour faciliter le suivi de l'affaire Brasillach, tous les articles s’y rapportant ont été numérotés par ordre de parution.