17jan 2003
Un monstre nommé Brasillach (7)
15:54 - Par perpignan toutvabien - 2003
Encyclopédie des PO
Petite explication de texte sur le fonctionne"ment" de la mécanique négationniste qu’utilise André Bonet dans L’encyclopédie des Pyrénées-Orientales.
Pour André Bonet, il y a deux Brasillach. D’un côté l’écrivain et de l’autre le fasciste.
«on ne retient le plus souvent, que son passage en 1939 à la tête de l’hebdomadaire parisien Je Suis Partout. Brasillach a disparu derrière son image.»
Le bon Brasillach aurait donc disparu derrière l’image du mauvais Brasillach. L’emploi du mot image n’est pas neutre. L’image est dissociée de la réalité.
«Partisan convaincu du fascisme, sa sympathie pour le régime nazi et son engagement dans la collaboration furent vécus par nombre de ses admirateurs comme une erreur et une tragédie.»
Encore un procédé qui permet de séparer le fasciste de l’écrivain à partir de l’attitude attribuée aux admirateurs du bon Brasillach.
«A trente-six ans Brasillach laissa une œuvre importante d’essayiste et de romancier. Elle révèle un autre Brasillach : à la place de l’homme qui s’est lourdement trompé sur le plan politique, apparaît un écrivain de grand talent et de haute érudition. Son œuvre avec le recul du temps prendra sa juste place.»
On voit toute l’insistance que met Bonet à séparer le bon Brasillach, l’écrivain, de l’autre le mauvais Brasillach, le politique.
Ensuite, André Bonet continue de dissimuler les crimes de Brasillach en minimisant fortement son rôle et son niveau d’engagement jusqu’à le transformer en victime.
Selon Bonet, «on ne retient, le plus souvent, que son passage en 1939, à la tête de l’hebdomadaire Je Suis Partout.»
Cette formule laisse croire que Brasillach ne serait resté qu’un temps limité là la tête de Je Suis Partout. Alors qu’il en a été le rédacteur en chef de juin 1937 à août 1943. La tromperie est à la mesure de l’importance de cette information. Car c’est à la tête de Je Suis Partout, le plus abominable des journaux paraissant à cette période, que Brasillach donna toute la mesure de son ignominie.
Bonet n’a pas un mot pour dire, pour faire sentir à son lecteur, l’horreur, la haine dans laquelle sombra Brasillach. Bonet transforme les crimes de Brasillach en «erreurs» d’un «homme qui s’est trompé». Bonet ne laisse évidement pas soupçonner l’ampleur de l’engagement fasciste de Brasillach aux collégiens de 11 à 14 ans à qui le conseil général destine 2 000 exemplaires de l’ouvrage.
Le discours de Bonet ne cache pas ses références à l’extrême droite à qui il emprunte cette façon singulière de dévoyer les mots. Exemple : «A la libération, il se constitua prisonnier parce que sa mère avait été prise en otage». Dans le contexte de la seconde guerre mondiale, on sait quel sort les Allemands réservaient aux otages. Ils étaient déportés, fusillés, un sort qui, à la Libération, ne menaçait pas la mère de Brasillach. Elle fut d’ailleurs libérée au bout de quelques semaines.
André Bonet présente Brasillach comme une «victime à trente-cinq ans d’un des drames de l’épuration». Voilà comment avec une inversion de sens, qui est une signature (de l’extrême droite), un procès avec un avocat, maître Isorni, est par monsieur Bonet traité comme une exécution sommaire et le bourreau devenu une victime.
Après avoir apitoyé son lecteur sur le sort de Brasillach le mauvais en faisant une totale abstraction de ses actes et de ses victimes, Bonet peut couvrir de louanges, Brasillach, le bon, l’écrivain et le faire entrer dans «Le panthéon des lettres Roussillonnaises», le mettre au même niveau que l’immense Ludovic Massé et Claude Simon, prix Nobel de Littérature. Le présenter comme “l’auteur d’une œuvre chaleureuse dont resteront à tout jamais des romans tels…” Signalons au passage que si il y à un mot qui est inapproprié pour qualifier l’œuvre romanesque de Brasillach, c’est bien celui de chaleureux. Mièvre, pleurnicharde, triste, cruelle, conviendraient mieux.
Pour faire de Brasillach un écrivain reconnu, Bonet le place au milieu de quelques noms importants, «Après la première guerre mondiale, Robert Brasillach fit partie d’un cercle d’écrivains aussi célèbres que Giraudoux, Montherlant, Cocteau, Giono, Paul Morand…» La réalité est tout autre, peu connu avant 1935, Brasillach acquiert la notoriété grâce à ses écrits politiques. Comme romancier, il ne connaîtra que de modestes succès et une faible reconnaissance dans le monde des arts et lettres. Deux membres du jury du Goncourt lui donneront leur voix… en 1940, pour Les sept couleurs, un roman dont l’idéologie était alors dans l’air du temps.
Bonet tresse encore quelques lauriers, «une œuvre importante d’essayiste et de romancier» et plus loin, «un écrivain de grand talent et de haute érudition.»
Chaque phrase de Bonet révèle une distorsion de la réalité. Exemple, «Le général de Gaulle refusa sa grâce, malgré une pétition signée par les plus grands écrivains français.» Il y avait certes quelques grands écrivains parmi ceux qui ont demandé la grâce de Brasillach. Mais il manquait nombre des plus illustres parmi lesquels, Louis Aragon, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Marcel Achard, Paul Eluard, Vercors, André Gide…
Toujours selon André Bonet, «Robert Brasillach restera le plus controversé des écrivains roussillonnais, si ce n’est de l’hexagone.» Il n’y a pas de controverse. Pour les spécialistes de littérature, l’œuvre de Brasillach est considérée comme mineure.
D’ailleurs qu’elle est cette œuvre que Bonet encense ? Les essais ? ils sont profondément engagés. L’histoire de la guerre d’Espagne est pro fasciste, et " L’histoire du cinéma est truffée de propos réactionnaires et antisémites, la vie de Virgile est fortement teintée par ses conceptions fascistes et racistes. Ne parlons pas du livre sur le dirigeant fasciste Belge Rex. Le livre sur Corneille est un recueil de conférences dans lesquelles, il fait du tragédien «Le précurseur génial, hardi, antibourgeois, anticapitaliste et antiparlementaire du fascisme moderne.» Le procès de Jeanne d’Arc ? Elle est rappelons-le, la figure que l’extrême droite oppose à Marianne la républicaine. Lettre à un soldat de la classe soixante, est le testament politique de Brasillach. Portraits, un recueil de critiques littéraires nous montre que les goûts littéraires de Brasillach sont très orientés et qu’il est un redoutable flingueur. Que reste-t-il des essais de Brasillach ? Son Anthologie de la poésie grecque. Ce livre à un avantage. Brasillach n’en à écrit que quelques pages.
Dans les années cinquante, un grand théâtre parisien a monté une pièce de Brasillach, La Reine Césarée. Bérénice de Brasillach rebaptisée par son beau-frère Maurice Bardèche qui l’avait aussi expurgée des passages antisémites du genre «Il y a les juives grasses et les juives maigres, deux espèces de vermine.» Brasillach a écrit deux pièces de théâtre.
Qu’en est-il des romans de Brasillach qui, selon André Bonet, «resteront à tout jamais». Peter Tame un chercheur anglais est l’auteur de La mystique du fascisme dans l’œuvre de Brasillach. Un travail préfacé par Maurice Bardèche, ce qui pourrait paraître douteux si l’on oubliait que l’étiquette fasciste ne gène pas le beau-frère de Brasillach. Pour P. Tame, la mystique fasciste de Brasillach est présente dans toute son œuvre romanesque, il écrit notamment, «Le fascisme de Robert Brasillach n’était pas pour lui un concept étriqué. Il devint pour lui une philosophie qui pénétrait la plus grande partie de son œuvre.» Plusieurs exégètes de l’œuvre de Brasillach portent le même regard.
Bonet se garde bien de s’intéresser aux idées que véhicule toute l’œuvre de Brasillach.
Il n’y a qu’un seul Brasillach. Le pamphlétaire de Je Suis Partout, l’essayiste, le romancier ne font qu’un, tous ses écrits baignent un jus de couleur brune.
«Son œuvre avec le recul du temps prendra sa juste place,» écrit Bonet, il dépend de nous tous que le nom de Brasillach reste inséparable de son idéologie meurtrière. Voici ce qu’écrit à ce propos P. Tame «Cette mystique n’est tout de même pas morte avec lui puisqu’elle s’éternise dans son œuvre.»
Brasillach était un monstre, d’autant plus redoutable qu’il était cultivé et intelligent. N’oublions jamais ce qu’il écrivait en septembre 1942 dans Je Suis Partout, cette phrase restée attachée à son nom «Il faut se séparer des juifs en bloc et ne pas garder les petits.»
Tout ce qu'écrit Bonet doit être réfuté. Mais tout ce qu'il ne dit pas, ce qui le rend encore plus blamable, doit être rétabli.
Soyons attentifs dans le choix de ceux que nous voulons honorer et faire connaître à nos enfants.