25jan 2003
Brasillach (16) Les défenseurs de Bonet commencent à donner raison à perpignan-toutvabien
00:00 - Par perpignan toutvabien - 2003
Dépêche de L’AFP Quelques commentaires sur la longue dépêche de l’Agence France Presse qui est tombée vendredi matin dans toutes les rédactions de France.
Seul le point de vue de Jean-Paul Alduy, maire sénateur de Perpignan représente ceux qui sont choqués par l’apologie de Robert Brasillach.
Cinq personnes s’expriment en faveur des écrits de Bonet et de l’encyclopédie : Christian Bourquin, président du conseil général, le financier de l’édition ; Dominique Portet, directeur des éditions Privat ; Michel Demelin, directeur de l’Encyclopédie des P-O ; Robert Triquère, réviseur de l’ouvrage ; Maurice Halimi «figure de la communauté juive perpignanaise.»
On ne peut que regretter ce flagrant déséquilibre, mais il est, après tout, normal que ceux qui sont mis en cause ou qui veulent défendre André Bonet puissent s’exprimer.
Il aurait pu être précisé que Maurice Halimi et Robert Triquère sont membres de la direction du Centre Méditerranéen de Littérature, dont André Bonet est le président.
Il n’y a pas de commentaires à faire sur les réactions épidermiques du type : «Couillonnade absurde», de Dominique Portet, «C’est un procès de Moscou», de Michel Demelin. «Une grosse manipulation»… «œuvres de minables mus par l’animosité personnelle», Pour Christian Bourquin.
Messieurs Demelin, Triquère et Halimi donnent des arguments.
Michel Demelin «En tenant pour acquis que Brasillach était une ordure et un nazi, nous avons voulu considérer son œuvre littéraire. C’est de la folie de dire que nous avons de la sympathie pour lui.»
On ne peut que se satisfaire de ce propos et de son honnêteté. Une grande partie du problème est là, dans ce «considéré pour acquis», comme l’a expliqué Jean-Paul Alduy à l’AFP, «Que l’on fasse une analyse biographique en omettant d’expliquer la violence antisémite de Brasillach, son rôle d’intellectuel engagé dans une période qui a été la honte de l’histoire de l’humanité, ceci n’est pas admissible.»
Quant à considérer l’œuvre de Brasillach, on a envie de dire à Michel Demelin, en espérant qu’il ne le prenne pas cela pour une marque de mépris, lisez les essais et les romans de Brasillach. Et dites si vous les trouvez encore dignes d’entrer dans «Le Panthéon des Lettres Roussillonnaises.»
Robert Triquère a déclaré à l’AFP, «Alduy a raison quand il attaque le fascisme de Brasillach. Mais le rôle de l’encyclopédie n’était pas de parler de politique, mais des romans qui mettent en relief la catalanité de l’auteur. Dans le peu d’espace dont nous disposions, nous avons rappelé le passé nazi de Brasillach. Nous séparons l’écrivain de l’homme qui s’est perdu dans Je suis partout.»
Voilà un second protagoniste de l’ouvrage qui reconnaît clairement que l’impasse a été faite sur le lourd et criminel engagement de Brasillach. En Ajoutant qu’il donne raison à Alduy d’attaquer le fascisme de Brasillach, Robert Triquère signe un double aveu.
Quant à ne pas vouloir «parler de politique». L’argument est un peu léger. Une fois n’est pas coutume, citons du Bourquin, «L’histoire, c’est de la politique déjà faite», (Editorial de l’encyclopédie des P-O, uniquement sur les 2 000 exemplaires acquis par le conseil général).
Robert Triquère ajoute «Dans ce cas, on ne peut plus parler de Céline, ni d’Aragon. Nous sommes salis diffamés.»
N’inversons pas trop les rôles. Ce sont les victimes de Brasillach et les enfants de ses victimes qui sont salis par l’apologie d’un criminel. Et si Robert Triquère s’estime diffamé, soit il porte plainte, soit il abuse des mots.
N’est-il pas déplacé de mettre Aragon et Céline sur le même plan ?
Si Robert Triquère le souhaite, nous pouvons déverser trois brouettes de fumier célinien devant la porte du CML au 45 quai Vauban. Ah, c’est bien écrit, mais qu’est ce que cela sent mauvais.
Nous le mettons au défit de trouver une seule parole de haine raciste ou antisémite dans la monumentale œuvre d’Aragon, écrivain qui s’est illustré dans la Résistance littéraire. Et dieu sait qu’elle était importante dans cette période de nuit profonde du régime de Vichy et de l’occupation.
Maurice Halimi lui biaise «Je ne soupçonne en aucune manière les éditeurs d’avoir voulu réhabiliter Brasillach» et il cite François Mauriac, «Nul ne peut s’arroger le droit d’ôter la gloire d’un écrivain, quels qu’aient pu être ses crimes.»
Qui soupçonne les éditeurs d’avoir voulu réhabiliter Brasillach ? Personne. Cela a été clairement écrit. Maître Halimi a choisi une étonnante posture, il fait comme s’il ne voyait pas le texte de Bonet.
Il faut bien rappeler dans quelles circonstances, François Mauriac prononça cette phrase. En 1950, le théâtre des Arts à Paris, monte La reine Césarée, une pièce de Brasillach. En fait, c’est la Bérénice de Brasillach rebaptisée par son beau-frère Maurice Bardèche qui l’a expurgée des passages antisémites.
Il s’ensuivit une importante polémique à laquelle Mauriac prit part : «Je suis avec Brasillach-je me range à ses côtés comme je m’y trouvais déjà au cours de cette dernière bataille que nous avons perdue et dont sa vie était l’enjeu “ et il écrivait plus loin, “ Il n’appartient à personne de frustrer un écrivain de sa gloire quel qu’ait été son crime.»
Sachant que dans la Bérénice de Brasillach on lisait, «Il y a les juives grasses et les juives maigres, deux espèces de vermine», Maurice Halimi aurait-il approuvé Mauriac ou ceux qui protestaient contre cette malsaine mascarade.
Revenons à la dépêche de l’AFP pour remarquer que les défenseurs de Bonet pratiquent à merveille l’art de l’esquive en voulant seulement parler de ce qui manque dans le texte de Bonet, ce qui est déjà un pas important.
Tout ce qu’écrit Bonet doit être réfuté. Le pamphlétaire de Je Suis Partout, l’essayiste, le romancier ne font qu’un. Tous ses écrits baignent dans un jus de couleur brune et personne sauf à l’extrême droite n’avait jamais osé lui attribuer autant de talent que ne le fait Bonet.
Brasillach est un héros du fascisme, de la collaboration et de l’actuelle extrême droite et c’est à ce titre que la postérité doit conserver son nom.
André Bonet de son côté n’a toujours pas réagi publiquement aux mises en cause de son article.
A suivre…
F. Thomas
Pour faciliter le suivi de l'affaire Brasillach, tous les articles s’y rapportant ont été numérotés par ordre de parution.