27jan 2003
Affaire Brasillach (18) Interview d'Olivier Cohen
00:00 - Par perpignan toutvabien - 2003
OLIVIER COHEN, président de l'alliance juive des Pyrénées-Orientales
'' Ma première question, c’est bien sur pour vous demander ce que vous pensez de ce qu’André Bonet a écrit sur Robert Brasillach.''
Ce que j’en pense, c’est que monsieur Bonet aurait pu présenter Robert Brasillach conformément à l’histoire. Pour la totalité des auteurs reconnus et des écrivains reconnus, Brasillach est un petit écrivain, avec un petit "e" très très minuscule, sans qualité, ce n’est pas moi qui parle, ce sont des écrivains et des auteurs reconnus qui le disent. Je pense qu’il y avait mieux à dire sur Brasillach, mieux à dire, surtout, quand on a l’intention de mettre l’ouvrage entre les mains de collégiens qui sont censés apprendre l’histoire. Donc présenter l’histoire par le petit côté et occulter la réalité de la vie de Brasillach, cela me paraît très dangereux. Il faut donc rétablir et restaurer la vérité.
Compte tenu de ce qu’il a écrit, je demanderai à Monsieur Bonet de démissionner de sa fonction de président. On peut commettre une erreur, encore faut-il la reconnaître. Je rappellerai que le CML est une association qui perçoit des subventions publiques. Puis, sur le plan symbolique, le Centre méditerranéen de littérature, la Méditerranée, celle qui est la mère nourricière de tous les peuples de la Méditerranée, ne peut pas avoir décemment son siège social au 45 du quai Vauban, la maison natale de Brasillach.
Cette réhabilitation de Brasillach a-t-elle provoqué des réactions parmi les membres de l’association culturelle et cultuelle que vous présidez ?
Oui, c’est une réaction forte d’indignation parce que, finalement, on prend en otage les enfants et les collégiens, on va leur présenter un collabo comme si c’était un écrivain, c’est un peu comme si on présentait Adolf Hitler en nous disant qu’il était un peintre en bâtiments hors pair. La vérité c’est qu’Adolf Hitler était un dictateur, que Brasillach est un collabo. Donc la réaction dans la communauté est particulièrement forte. Les gens sont meurtris. En plus, ils découvrent avec stupeur que le CML a son siège dans la maison où est né Brasillach, le symbole est trop fort.
Avez-vous envisagé de donner des suites ?
En tant que président de l’Alliance juive des Pyrénées-Orientales, je vais adresser un courrier au consistoire central pour l’aviser de l’existence de cette affaire qui est déjà reprise grandement dans les journaux nationaux, moins pour l’instant dans la presse locale, espérons que ça ne va pas tarder.
Je vais adresser un courrier au président du conseil général puisque le conseil général finance et fait l’acquisition de l’ouvrage. Ce à quoi je ne vois que des avantages à condition, bien entendu, que l’on trouve la vérité historique dans cette encyclopédie. J’adresserai donc un courrier au président Bourquin et je suis sûr que je serai entendu.
Maurice Halimi, qui a eu des responsabilités importantes au niveau local et national, des responsabilités communautaires, est aussi vice-président du Centre Méditerranéen de Littérature, ne voit pas de problèmes dans les écrits de Monsieur Bonet. Que pensez-vous de sa réaction ?
Je ne la comprends pas bien. Cela dit c’est la réaction de Maurice Halimi et en cela je la respecte. Maurice Halimi a cité Mauriac, c’est vrai que tout auteur a droit à sa gloire, encore faut-il être écrivain. Je rappelle que Brasillach est davantage connu comme collabo que comme écrivain. On ne peut pas honorer un héros de la collaboration, c’est une injure aux héros de la Résistance et à ceux qui ont été déportés.
Vous exercez depuis quelque temps des responsabilités importantes au sein de la communauté juive des Pyrénées-Orientales.
Je préside une toute jeune association Loi 1901et 1905, une association culturelle et cultuelle, je siège par ailleurs au conseil du consistoire central en tant que suppléant pour la région Pyrénées, puisque pour le consistoire, nous dépendons de la région Pyrénées. L’Alliance juive des Pyrénées-Orientales rassemble aujourd’hui la majorité des membres de la communauté juive de Perpignan et comprend une synagogue, une vie culturelle, une vie cultuelle.
Propos recueillis par F. Thomas
Pour faciliter le suivi de l'affaire Brasillach, tous les articles s’y rapportant ont été numérotés par ordre de parution.