Entre une année (2002) consacrée à Gaudi (le 150e anniversaire de sa naissance) et une année à venir (2004) qui le sera à Dali (pour le centenaire de sa naissance), Perpignan passe le relais avec une exposition de photographies du Catalan Francesc Catala-Roca qui fixe dans les années 50 la promenade hivernale et ensoleillée de Salvador Dali au parc Guëll.

Le jeune Francesc Català-Roca, frais émoulu du studio photographique de son père, a déjà commencé à photographier Barcelone, ce sera son œuvre. Pour ce travail, il sera reconnu, exposé, publié et récompensé. Et on le sent déjà plus attiré par l’architecture en général, les constructions, les perspectives que par Dali lui-même. La plupart de ses clichés présentent un Dali plus minéral que jamais, à Cadaquès, Port-Lligat ou Barcelone, partout c’est la pierre qui domine.

Parmi les photos exposées au couvent des Minimes, il en est une que les Roussillonnais qui s’intéressent à Dali connaissent bien, celle qui a été reprise pour l’affiche, Dali en peignoir de bain blanc tient entre ses bras une croix faite de cubes de bois d’olivier. Elle a fait la couverture du livre de Gifreu, Dali, un manifeste ultralocal, paru en 2000, où l’auteur explique comment Dali a été marqué et influencé par Gaudi.

Francesc Català-Roca n’a pas encore développé un style vraiment personnel, Barcelone est imprégnée d’une esthétique très "années 50", cintrée comme une robe de Jacques Fath, brillante comme une voiture américaine. Les pavés mouillés et luisants, les rues désertes, l’extrême netteté de chaque ligne, de chaque point, la limpidité de la lumière rappellent des clichés célèbres de Paris à la même époque ou même avant-guerre.

Cette impression d’enracinement dans le temps est encore renforcée par l’aspect très documentaire des photos retenues pour l’exposition. Comme on mesure l’état d’avancement des travaux de la Sagrada Familia, Dali, avec sous le bras, un livre consacré à Vermeer, nous rappelle la fascination qu’il éprouvait cette année-là pour la célèbre dentelière du peintre hollandais.

Les thèmes daliniens sont à peine perceptibles. Sa tête, par un effet de perspective, repose sur la pierre qui borde un chemin ou est coiffée d’un pilastre sculpté. Dali faisait-il une différence en posant pour les photographes compatriotes et pour les photographes étrangers ? Dans son atelier, on pourrait le prendre pour un acteur de cinéma et partout il pose avec la retenue bourgeoise, bien élevée, manucurée et soignée, du riche notable de province. Dali, plus bridé que paranoïaque, en quelque sorte. A première vue, on pourrait penser qu’il ne se passe pas grand chose, ce qui est déjà beaucoup dans son cas.

Depuis plusieurs saisons déjà, Perpignan ouvre pour le jour anniversaire de la naissance de Dali, puis pour le jour anniversaire de son décès, une exposition qui présente le regard d’un photographe sur le maître catalan. Les limites de l’entreprise sont comprises dans son énoncé. Mais l’on regrette que ces expositions n’éveillent pas un peu plus d’intérêt auprès du public. Sans doute, nécessiteraient-elles un plus grand travail de mise en forme, de présentation, de mise en perspective. Et l’on se sent un peu triste que la bombe Dali soit désamorcée en une aimable et lisse exposition.

Christine Oustailler-Thomas

Dalí de Francesc Català-Roca
Couvent des Minimes
24, rue François Rabelais
Jusqu’au 15 avril
Ouvert tous les jours, de 11h à 17h30
Entrée Gratuite