12fév 2003
Alain Le Dosseur s'exprime (30)
00:00 - Par perpignan toutvabien - 2003
Le combat pour les idées est toujours d’actualité. Le consensus mou, le politiquement correct, la pensée unique peuvent laisser penser que tout est fini. Il n’en est rien.
La précipitation – car j’espère pour les commanditaires que ce n’est que de cela dont il s’agit – est très souvent mauvaise conseillère.
Le problème, c’est que beaucoup de choses se font avec notre argent, avec la bénédiction implicite, par passivité, de très nombreux citoyens. Il est souvent trop tard pour regretter tout en agissant avec efficacité.
Pour une fois, et grâce à un journal électronique, un débat s’instaure autour de notre histoire.
Est-ce le début d’une véritable nouvelle démocratie ? Est-ce le moment privilégié pour contourner les débats cloisonnés par l’argent et les grosses machines électorales ? L’avenir le dira.
Sur le fond, il m’apparaît que toute "mollesse intellectuelle" en relation avec la pensée des bourreaux institutionnels est coupable.
Je me rappelle souvent ce que me disaient mes parents des dignitaires nazis durant l’occupation allemande. Ils m’ont appris que ces individus, parfois grands amateurs de musique sophistiquée et/ou d’opéras de jour, devenaient des tortionnaires sanguinaires la nuit tombée.
Je pense depuis longtemps que l’être humain est comme un mille-feuilles : la connaissance d’une strate du gâteau n’est en aucune manière la représentation d’un tout.
On peut être bon en math et désastreux en histoire à l’école, on peut être beau parleur et le pire des égoïstes, on peut aimer la littérature et cracher la haine.
A titre personnel, moi qui ne suis pas un intellectuel et donc qui n’en a pas eu besoin professionnellement, j’ai toujours refusé de lire Céline, Drieu ou Brasillach.
Je pensais toujours à ces mélomanes que mes parents avaient décrits.
Pour résumer ma réflexion, je pense que dans le spectre des qualités d’un être (in)humain, il y a des valeurs et des niveaux qui sont éliminatoires.
«On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde.», disait Desproges.
Est-ce que l’histoire gardera les quelques pages écrites par des individus nauséabonds alors que d’autres, de même portée littéraire, l’auront été par des êtres humains ordinaires, moyens ou simplement agréables ?
Je n’en sais rien mais je pense qu’il est tout simplement utile d’ignorer l’activité de ces êtres infâmes. C’est le moins que nous puissions actuellement faire quotidiennement.
Par contre, souvenons-nous toujours des atrocités de l’époque et de ces individus en tant qu’acteurs de leur temps afin que nous ne revivions pas les mêmes erreurs.
La littérature peut vivre sans les tortionnaires. Les hommes et les femmes qui sont morts dans les camps à cause des théories fascistes ne sont plus là, eux, pour parler à leurs enfants et leurs petits-enfants.
L’esthétisme des beaux esprits ne peut cacher la réalité de la vie ; c’est probablement là que se situe la césure entre ceux qui, dénonçant un Brasillach fasciste, peuvent lire ses écrits, rechercher ses " innovations ", être ébaubis par son hellénisme (qui, faut-il le souligner, était très à la mode chez les fascistes qui se cherchaient un passé et une histoire pour asseoir leurs politiques ignobles).
Pour conclure, je pense sincèrement que l’on vit bien mieux en délaissant et en méprisant la "belle" littérature des fascistes qui ne pourrait avoir de qualités que ressortie du contexte. Mais l’être humain, bien que composé, à mon avis, de plusieurs "feuilles" théoriques et superposées, n’est cependant pas saucissonnable.
De plus, que serait devenue la littérature si les nazis avaient imposés leurs lois et leurs autodafés ? Que sont devenues les œuvres potentielles des excellents écrivains, résistants et français, fusillés pendant que les Brasillach et autre Chardonne se pavanaient en Allemagne devant les dignitaires hitlériens ?
Je ne serais jamais de ceux qui se pâmeront devant une sculpture "magnifique" à la gloire de l’esclavage et des exactions. L’esthétisme comme seule référence est à vomir, il soutient les théories fascistes, il les renforce car l’HOMME est exclu.
Il était donc bien sûr inutile de reparler d’un perpignanais comme ce Brasillach-là dans une encyclopédie destinée aux collégiens, sans que des sommités soient consultées, et surtout sans qu’un débat public et citoyen n’ait eu lieu. Le cochon de payant (on ne peut plus parler de citoyen dans ces conditions) doit se rebiffer puisque que ce document est financé par le contribuable. Notre argent devrait servir à autre chose qu’à la médiocre gloire de quelques-uns bouffis d’orgueil et l’ego hypertrophié.
Ainsi, on irait à l’essentiel plutôt qu’au particulier, on ferait de la démocratie plutôt que de l’esbroufe, on consulterait les citoyens les plus éclairés dans leur domaine plutôt que de "sonder " habilement et coûteusement comme à la télé.
Alain Le Dosseur
NDLR : Alain Le Dosseur est président départemental du mouvement Républicain et Citoyen
PS : Pour faciliter le suivi de l'affaire Brasillach, tous les articles s’y rapportant ont été numérotés par ordre de parution.