Mais pourquoi alors qu’ils se bouffaient le nez depuis dix ans, Alduy et Bourquin tiennent-ils autant à afficher de bonnes relations ?

Bourquin n’a pas eu à beaucoup approfondir l’analyse des résultats des élections législatives pour s’apercevoir qu’il avait perdu son siège de député sur la partie perpignanaise de la circonscription. A force de chercher des embrouilles au maire de Perpignan sur tous les sujets, abattoir, pompiers, tribune Chevalier à Aimé Giral, Christian Bourquin avait fini par apparaître comme hostile à la ville.

Le président du conseil général caresse maintenant les Perpignanais dans le sens du poil, c’est d’ailleurs son obsession. Il veut multiplier le nombre de ceux que lui-même nomme «les Bourquinistes de droite». Car il mise davantage sur son image de président du conseil général que sur son poids politique de leader du PS.

A droite comme à gauche, on est déjà positionnés dans la perspective des élections cantonales et régionales de 2004. Et Bourquin, lui, vise personnellement les deux objectifs. Il se verrait bien président du conseil général et vice président d’une région gagnée par la gauche. Et dans le cas où il perdrait la présidence du conseil général et où la gauche ne prendrait pas la région, le pire des cas, il détiendrait quand même un mandat de conseiller général et un mandat de conseiller régional. Ce n’est pas rien pour quelqu’un qui aurait tout perdu.

Avec cette stratégie très perso, qui consiste à mettre ses œufs dans deux paniers, Bourquin accroît le risque de casse aux élections cantonales.

Son copinage avec Alduy ne rend pas vraiment service aux conseillers généraux de gauche qui retournent devant les électeurs en 2004. De ce côté-là, il semble clair que Bourquin a fait une croix sur les cantons perpignanais de Nicole Gaspon, Claude Cansouline et Jean Codognès. Il fera d’ailleurs tout pour faire battre ce dernier et le priver de son seul mandat électif. Couper toutes les têtes qui dépassent et tenir le parti d’une main de fer reste la ligne de conduite de Bourquin.

De son côté, Jean-Paul Alduy semble également comblé par l’idylle. Il se réjouit de la perspective de récupérer trois cantons perpignanais. C’est pour lui le moyen de renforcer son poids au conseil général et surtout d’y avoir plus que son mot à dire si la droite sort majoritaire des cantonales de 2004.

Chacun a aussi gagné en tranquillité, Bourquin n’attaque plus Alduy et inversement.

Mais à gauche comme à droite, l’attitude des deux grands fauves politiques agace. Car en agissant ainsi Alduy comme Bourquin semblent également dire à leurs camps respectifs, je fais ce que je veux, c’est moi le patron.

A gauche, on reproche à Bourquin de ne plus attaquer la politique du gouvernement Raffarin que dans les réunions internes du PS. Il montre aussi les dents lors des cessions du conseil général. Mais sans que cela ait beaucoup de portée. Il recherche un alibi politique à une augmentation sans précédent de la fiscalité départementale.

Bourquin pourrait dans quelques temps sortir du bois pour attaquer le président de la région et se présenter comme son challenger. Ce coup lui servirait à justifier sa candidature à un fauteuil régional. Car il sait bien qu’il n’a, en réalité, pratiquement aucune chance d’être choisi par le PS pour être candidat à la présidence de la région.

A droite, certains trouvent qu’Alduy est bien trop gentil avec Bourquin. Il se dit que ce n’est pas comme cela que la droite gagnera la majorité au conseil général. Alduy répond que c’est aux élus de droite au conseil général de dénoncer la politique de Bourquin. Ce qu’à son goût, ils ne feraient pas suffisamment.

Ce sont, en fait, les élus labellisés Alduy qui manquent de combativité. Pourquoi d’ailleurs iraient-ils chercher des noises à Bourquin quand leur patron fait ami ami avec lui ? Du coup il n’y a que les anciens RPR, Bouille, Blanc et Rigual qui s’opposent à la politique menée par Bourquin et sa majorité.

A gauche comme à droite les stratégies découlent finalement beaucoup des intérêts des deux principaux chefs.

Tant que la bonne entente leur profitera…

Collectif: A.D., F.T., X.