L’association des Maires des Pyrénées-Orientales a pris position contre la ligne THT, elle a même fait adopter une motion lors de son dernier congrès, qui fut, comme il se doit, votée à l’unanimité. Précisons que cette association est présidée par un grand défenseur de l’environnement, Guy Ilary, maire de Tautavel, avec l’aval duquel OMYA est en train de foutre en l’air un des plus beaux sites du département. Autre précision utile, ce trou dans la falaise est définitif. Alors que les pylônes des lignes électriques pourront toujours être démontés dans vingt ans, trente ans, lorsqu’il sera possible d’enfouir toutes les lignes à un moindre coup.

Le président de l’UMP, maire de Perpignan, sénateur des Pyrénées-Orientales, président de la communauté d’agglomérations était depuis le début en retrait du mouvement d’opposition à la THT. Il Invoquait la solidarité énergétique avec la Catalogne et est même allé jusqu’à brandir la menace d’une centrale nucléaire à Figuères dans le cas où la ligne THT ne pourrait se faire. Il est vrai que JPA fait partie du lobby des Ponts et Chaussées et est membre de l’influent Conseil Général des Ponts et Chaussées, comme Georges Mercadal, vice-président de la commission nationale du débat et président de la commission particulière du débat sur la ligne haute tension Roussillon-Catalogne.

L’adoption par le conseil municipal de Perpignan d’une motion contre la THT, ne faisait pas illusion. Alduy n’a pas mis les pieds à une seule des nombreuses réunions publiques organisées par le collectif contre la THT ou dans le cadre du débat mis en place par la commission particulière. De plus en plus remarquée, sa position pour le moins ambiguë n’allait pas tarder à être critiquée, dénoncée par les opposants au projet et par ses adversaires politiques.

Alduy a pris les devants, coupant l’herbe sous le pied à Christian Bourquin qui devait profiter de la réunion publique perpignanaise du collectif contre la THT, jeudi 17 avril au palais des rois de Majorque, pour dénoncer la position du président de l’UMP rebaptisée par lui, l’Union pour le Mépris des Pyrénées.

Bourquin cherche a politiser le dossier en accusant le gouvernement, son premier ministre, son ministre de l’industrie de vouloir à tout prix construire en Roussillon la ligne THT France Espagne. Il rappelle volontiers le sommet Chirac-Aznar en septembre 2001 à Perpignan, mais en faisant l’impasse sur la présence et la participation de Lionel Jospin, alors premier ministre.

Cap’taine Alduy en bon navigateur attentif aux vents et aux courants à donc décidé d’effacer son retard en s’exprimant clairement et nettement contre la ligne THT, ce qu’il a fait, mardi 15 avril, lors d’une conférence de presse convoquée seulement la veille. La mairie de Perpignan édite à son tour un autocollant et une affiche pour dire " non à la THT. "

Les autres parlementaires sont plus ou moins impliqués. Le second sénateur, Paul Blanc, UMP est assez discret. Des quatre députés, François Calvet, UMP, a été le premier à prendre clairement position contre la THT. Daniel Mach, également UMP, a pendant un temps eu une position à la Alduy. Il affiche à présent une hostilité sans détours au projet. François Calvet et Daniel Mach sont d’ailleurs très engagés. Ils ont à leur actif de nombreuses initiatives auprès des ministres et à l’Assemblée, ils participent aussi fréquemment aux réunions publiques. Henri Sicre, député PS, a notamment manifesté son hostilité à la ligne THT en faisant des démarches pour obtenir le classement des Albères. Il ne faut toutefois rien attendre de cette démarche, c’est un processus très long. Arlette Franco apparaît à la traîne, comme souvent, mais parions qu’à l’instar d’Alduy elle ne tardera pas à s’autoproclamer championne de la lutte anti THT.

La nouvelle député n’a jamais marqué beaucoup d’intérêt pour l’environnement. Dans la bataille qui s’est menée contre l’extension de la carrière de Calce*, pourtant située sur sa circonscription, on n’a pas entendu une seule fois Arlette Franco.

Toujours à droite, la poupée Barbie écolo, représentante de l’UMP écologie Bleue est assez discrète. Mais comme son patron a dit que la THT c’était pas bien pour le département, Marie-Josée Poursousbire, conseillère municipale de Perpignan, va pouvoir allumer sa petite ampoule.

Christian Bourquin proclame de longue date son opposition au projet. Il soutient activement le collectif anti THT. Collectif d’associations qui a reçu du conseil général 50 000 francs de subvention. Malgré cette générosité, le collectif a toutefois tenu à préserver son indépendance en déclinant l’invitation de faire autocollant commun avec le conseil général et son logo.

A vouloir trop tirer la couverture à lui, Chrsitian Bourquin a fini par rendre contre-productive sa dispendieuse politique de communication. L’autocollant du conseil général imprimé à des dizaines de milliers d’exemplaires et distribué à la population via le bulletin du conseil général est invisible. Les habitants des P-O n’ont pas répondu à l’invitation de Chrsitian Bourquin à le coller sur le pare-brise de leur voiture, c’est même un bide complet. Bourquin a donné l’exemple, il ne l’a pas collé sur sa voiture.

L’autocollant en question porte en gros, “Non à la THT avec le département“ ainsi que le logo du conseil général. La récupération du combat contre la THT est assez énorme et évidente pour avoir été ressentie par l’opinion publique.

Les maires des 41 communes qui composent la zone sur laquelle le passage de la ligne THT est étudié ont, en 2002, formé un collectif qui s’oppose au projet. Louis Caseilles, qui avait pris la tête de la fronde des maires des communes concernées, est, depuis quelques mois, petit à petit remplacé par Jean-Claude Peralba. Le maire de Villemolaque est beaucoup plus crédible que le maire de Toulouges depuis que la duplicité de ce dernier a été mise en évidence lors d’une action de la FRENE, fédération d’associations de protection de l’environnement présidée par Marc Maillet.

La Frene avait, en juillet 2002, organisé un petit comité d’accueil et souhaité une bonne soirée aux élus ayant répondu à l’invitation d’EDF à un dîner-spectacle VIP, parmi lesquels Louis Caseilles. Lui qui, dans un interview quelques jours plus tôt, n’avait pas de mots assez durs contre EDF, était pris la main dans le sac. On ne sait pas si ce soir-là le maire de Toulouges raconta comment, au printemps 2002, il avait fait intervenir un buldozer au petit matin pour détruire des vestiges archéologiques datant de la Pau i Treva qui de plus ne gênaient rien, ni personne. Ils avaient traversé les siècles et les siècles avant que monsieur Caseilles d’ailleurs incapable de justifier son geste, ne leur tombe dessus. Les archéologues ont vigoureusement protesté contre ce massacre du patrimoine, mais le mal était fait.

L’hostilité des élus des communes concernées par le projet n’a pas empêché quelques uns d’entre eux de rencontrer des responsables de RTE (Réseau Transport d’Electricité) venus leur parler gros sous. En effet, les porteurs du projet disposent d’une enveloppe qui représente 10% du montant total des travaux évalués à 50 millions d’Euros sur la partie de la ligne qui va de Baixas à la frontière.

Notons également que seules 19 communes sur les 41 concernées ont rallié l’initiative du collectif contre la THT qui leur propose d’exprimer leur refus de la THT en installant une banderole à l’entrée de la commune.

“ La THT n’est pas un problème de gauche ou de droite “ proclamait Daniel Mach lors d’une réunion publique. Certes, mais il faudrait être bien naïf pour croire que les prises de position des uns et des autres sont seulement déterminées par des considérations environnementales.

  • Soulignons d’ailleurs que la position de Christian Bourquin, de Jean-Jacques Lopez et de Paul Schramm, le maire de Calce, lors de l’examen du projet d’extension par la commission départementale des carrières à permis d’aboutir à une majorité contre. Un vote d’ailleurs qualifié d’historique, les élus se prononçant presque toujours pour ces carrières dont certaines sont pourtant d’énormes atteintes aux paysages.

Prochain article : Du côté des associations.

photo : autocollant du collectif non à la THT