Mais voir et entendre sont deux choses différentes. Ne dit-on pas "Il faut le voir pour le croire ?". Et voir m'a été insupportable.

Vous "collaborez" avec les tenants du bourreau ! Votre attitude clairement affichée et d'une manière ostentatoire me donne le droit de vous interpeller et de m'interroger, faussement naïve, sur ce qui vous fait ainsi courir. Qu'est-ce qui peut bien expliquer une attitude et des propos si antinomiques vis-à-vis de ceux que l'on pourrait espérer de la part d'un membre de cette communauté ?

Je me sens fondée aussi à intervenir comme contribuable puisque mes impôts locaux soutiennent et financent ces organismes responsables des faits que je dénonce.

Brasillach a été pro-nazi et il a écrit des articles terrifiants contre les adversaires d'Hitler et contre le peuple juif.

Voici ce qu'écrit Jérôme Garcin dans le Nouvel Observateur du 25 octobre 2001 :"Par un classique glissement de sémantique, d’écrivain collaborationniste il devint un «martyr de l’épuration».(...) Hitlérien dès 1936, antisémite forcené (il compare les juifs à des singes), adorateur transi de la Wehrmacht, fier de «coucher avec l’Allemagne», Brasillach est un fasciste exemplaire. ...A 30 ans, il a déjà l’âme d’un délateur. Prisonnier en 1940 dans un oflag, il désigne les juifs qu’il convient de faire taire ou d’expulser. Rédacteur en chef de «Je suis partout» (qui tirait à 300000 exemplaires!), il imprime noir sur blanc les noms et adresses de résistants, de gaullistes, de juifs."

J'ajouterai qu'au même moment des résistants catalans (Torcatis, Brutus, pour ne citer que les plus connus) ont payé de leur vie leur lutte contre les nazis pendant qu'un autre catalan, Brasillach, chantait leurs louanges.

Je précise que je suis depuis toujours une adversaire de la peine de mort et de la loi du talion. Je n'aurais donc pas appliqué à Brasillach la peine de mort qu'il semblait désirer pour donner un couronnement à sa posture "romantique". Là aussi les juges ont "collaboré" avec la victime dont ils ont fait un mythe, un symbole alors que d'autres collaborateurs sont morts dans leur lit.

En couvrant de votre autorité cette tentative de réhabilitation de Brasillach, vous semblez accepter le principe chrétien de l'évangile  :"tendre l'autre joue" car c'est "tendre l'autre joue", quand on a été victime, que d'accepter la réhabilitation de son bourreau. C'est au minimum un déni de soi-même et de la réalité.

Pour terminer sur cette lamentable affaire, car affaire il y a, je veux dire que je la vois comme une tentative négationniste de plus, comme un écho à ce qui s'est passé à Paris dans les années 80 que rappelle Jérôme Garcin (voir supra) : "Au milieu des années 80, qui virent la consécration de Le Pen, élu avec 11% des voix au Parlement européen de Strasbourg, et l’éclosion du bon chic collabo dans la vie littéraire parisienne, non seulement on sortit Brasillach de l’oubli, mais on travailla aussi à le réhabiliter. ".

Je vois aussi cette affaire comme une conséquence néfaste de la fiction qui consiste à séparer le Brasillach-écrivain du Brasillach-journaliste : c'est le même homme, le même responsable,et même si son idéologie ne se manifeste pas de la même façon, avec la même virulence. Jérôme Garcin conclut très justement :"Romancier à l'eau de rose mais journaliste au vitriol, il ne brille que dans la détestation de son époque, la haine de ses contemporains, l'outrance verbale."

Enfin je voudrais vous dire que je ne vous prends en aucune façon comme bouc émissaire, mais , position oblige, vous êtes un élu du peuple. Je voudrais adresser aussi ces reproches, expression d'une sincère colère, d'une sincère indignation, à tous ceux qui par leur activisme dans cette affaire ou au contraire par leur passivité bêlante et/ou intéressée ont laissé ce détestable négationnisme se manifester dans notre département.

Restons vigilants !

Claude Marty Le 29 avril 2003

Lettre publiée par le site : robert.marty@dehorsbrasillach.net, dans la rubrique information.