Mais, en fait de crétinisation et manipulation officielles, les deux fleurons de la couronne sont incontestablement les deux nouveaux arrivés sur la place de Perpinyà la catalana : la corrida de toros et la Procession de la Sanch. L’anti-culture même. Primée, qui plus est. Et gratifiée déjà et en prime de pré-subvensions à la recherche. Quelle recherche ? Aucune en tout cas de ce que l’on appelle la Recherche, la seule avec toutes les garanties : l’universitaire. Pour toute recherche, il n’y a rien d’autre que l’astuce sans pudeur de picorer dans les publications déjà faites sur la question. Et, bien qu’il n’y ait aucun déplacement ni aucune recherche réelle, les subventions pleuvent pour ces faux-érudits. Mais —et c’est sans doute leur mérite aux yeux de ceux qui desserrent les cordons de la bourse—, cette fausse érudition a un relent très fort et indéniable de carlinisme clérical d’extrême droite. Quelles sommes n’auront-elles pas été déversées dans les poches de ces amis du Brasillach délateur, colabo et antisémite placé au Parnasse des lettres roussillonnaises pour camoufler la réhabilitation qu’on veut en faire à grands renforts de faux arguments littéraires ! Et on persiste et on signe, voyez certaines revues…

I.) La corrida de toros, avec la mort, cruelle, de l’animal, est d’origine uniquement castillane (cf. : le grand spécialiste Enric Sanmartí). Dans les Pays catalans, il se pratiquait el corre-bou, appelé simplement aussi els bous, avec toutes sortes de variantes où jamais la bête n’était mise à mort. Il y en avait même avec incidences religieuses : misses del bou, et d’autres tout à fait ludiques, sans plus, comme le contrepàs del bou (cf. : Xavier Fort et Joan Fuster, qui dit mieux ?). Alors vouloir maintenant nous imposer la corrida à Perpinyà, en tant que manifestation culturelle CATALANE, il faut oser !

II.) Passons à l’autre fleuron, peut-être encore plus digne de soulever l’indignation : la très médiatisée Procession de la Sanch. Déjà l’énoncé dégage son important quotient d’inculture. Qu’est ce que c’est que dans ce baragouinage hybride du français: procession avec le catalan archaïque: Sanch? Et qu’avait-on besoin de cette ressucée, qui n’apporte rien de nouveau après les brochures déjà publiées et l’excellente étude de Marie-Jeanne Trogno. Dans ce petit bout d’étude de cette nouvelle procession de la Sanch (115 pages) où le texte n’en compte qu’une centaine et qui, à part la dernière partie, très personnelle où l’auteur rappelle les démêlés et polémiques subits un temps par un ami intime, tout le reste, qui n’est qu’une ressucée, nous l’avons dit, d’études déjà publiées, est à faire mourir d’ennui, avec plein de répetitions et de redites.

La seule chose nouvelle, et malheureusement la plus erronée et celle qui blesse le plus, est celle qui ose faire de cette exhibition fétichiste une TRADITION CATALANE qui remonterait au XIVe siècle alors que le collectif des théologiens catholiques collaborateurs de la Gran Enciclopèdia Catalana (cf. CATOL) affirme très précisément que : “à Perpignan, cette procession fut instituée au XVIIe siècle”./I] Qui plus est : associer, sur la place de Perpignan : la tradition catalane avec le ]XIVe siècle comme point de départ de cette soi-disant tradition, démontre clairement de graves lacunes en connaissances historiques puisque les grands historiens barcelonais estiment (citation intégrale) que : Ipar le compromis de Casp de 1412 et à partir de cet évènement, ce fut, pour la Catalogne, le commencement de sa dénationalisation (cf. Santiago Sobrequés).

Tout est de tradition espagnole dans cette processó de la Sanch, inspirée surtout par les injonctions et principes du Concile de Trente (milieu du XVIe siècle). Nous sommes déjà loin du début du XIVe ! Incontestable : la tradition espagnole des encapuchados, mot traduit pour les besoins de la cause dans le catalan : caperutxes. Tradition tout à fait espagnole encore : celle de la Vierge des Sept douleurs représentée avec le cœur transpersé de sept poignards (iconographie purement espagnole dans la recherche du patétique ostentatoire et du cruel). Cette “Virgen de los siete cuchillos” est multipliée à l’infini en Espagne !

Or, c’est elle qui, à Perpignan, est la Vierge emblématique même de cette procession et, qui plus est, son culte ne date que de la seconde moitié du XVIe siècle, c’est à dire quand Perpignan était sous domination espagnole ! Hispanité encore et non réfutable de ces Vierges habillées de vêtements noirs, portant des cheveux naturels et ornées de bijoux d’une très grande valeur, donnés par les riches dames de la région. En Espagne, les confréries de la Sanch sont nombreuses. Citons celles des grandes villes comme Murcie (hispanophone), Valladolid (vieille Castille !), Valence. Elles font les mêmes cérémonies qu’à Perpignan. La procession du Jeudi Saint y est identique avec ses pénitents noirs et ses pasos (traduits par misteris en catalan).

L’influence de l’Espagne est indéniable dans l’organisation de telles cérémonies. Et l’apogée de la Confrérie de “la Sanch” à Perpignan se situe au XVIIe siècle, du temps d’un Roussillon sous administration espagnole. C’est ainsi que s’exprime Marie-Jeanne Trogno dans une recherche de ses études universitaires.

Evidemment, il est beaucoup plus facile de “piquer” de ci, de là, en se parant, comme le geai, des plumes du paon, avec le savoir de la recherche des autres ! Ce n’est pas un Roussillon de tradition catalane qui a été primé avec ce Prix-Méditerranée-Roussillon mais un Roussillon espagnol, carliste et d’extrême droite, prix surtout de complaisance en paiement de tous les articles brosse à reluire déjà copieusement servis et à venir. Les générations de Roussillonnais catalans qui suivront auront à en rougir de honte.

U. L.

Note de la rédaction : La Procession de la Sanch, 6 siècles de foi et de tradition, Josiane Cabanas. ED. Mare Nostrum. 15 euros.

Illustration : Carte postale non retouchée, achetée à Arles-sur-Tech en juillet 2003.