Tribune de Nicolas Caudeville écrite dans le prolongement de la soirée “Quand j’entends le mot culture je sort ma subvention.”

La Culture a toujours été le parent pauvre de la société moderne. En période de crise économique la culture est le budget qui est systématiquement sacrifié. Or, la culture est le dernier liant entre les individus au sein d’une civilisation. Il est la digue majeure qui retient les gestes ultimes et extrêmes dans les moments troublés de l’histoire, comme les racines des arbres retiennent les glissements de terrain.

Au moment où l’État a signé toute une série de désengagements pour des raisons de dette publique et de contraintes budgétaires, les associations sont le dernier rempart du service culturel offert au public. Mais celles-ci sont à la merci de l’instrumentalisation politique qui utilise la subvention comme un nœud coulant, qui fait que, plus elles veulent prendre des distances avec les princes qui les «mécénisent» , plus elles s’étranglent. Ainsi, la plupart des associations qui reçoivent des subventions sont-elles conditionnées à n’être que les Farinelli de la création ou leur Shéhérazade, contraintes qu’elles sont de raconter chaque soir à leur maître une histoire qui plaise afin de n’être pas exécutées. Ainsi la convocation par les «groupusculés» à un débat public dans l’enceinte du Cinéma le Castillet (Prêté gracieusement, pour l’occasion, par un Jacques Font qui, pour la première fois de sa vie, faisait le portier : l’affaire était-elle d’importance ?) avec pour titre, «Quand j’entends le mot culture , je sors ma subvention ! » ( Paraphrasant ainsi la célèbre phrase du chef des jeunesses hitlériennes , Baldour von Schirach : «Lorsque j’entends le mot culture , je sors mon revolver ! ») était-elle biaisée...

Ce n’était pas le monde qui avait fait défaut non, ni de la représentativité des gens de la culture et du personnel politique (Mis à part des représentants du conseil général, dont les méchantes langues disaient que «Hors leur palais , ils n’avaient ni le courage, ni l’art oratoire suffisant pour cette confrontation») et journalistique liés de prés ou de loin à cette activité, non. Alors quoi ? Quel souffle divin manquait-il pour que la créature s’anime, quel feu sacré n’avait-il pas été volé par un Titan bien intentionné, dans quel endroit de la recette avait-on oublié de mettre du levain qui transformerait cette soirée culturelle en pain de carême ? C’est qu’à l’impossible nul n’est tenu. À la très aristocratique question de Jordi Vidal et de Stéphane Goxe (En substance) : « Avez-vous autant besoin de culture que de d’oxygène ?

Pouvons-nous crier ensemble : la culture où la mort ? ». Lui répondit le silence de ceux qui mangeaient un temps soit peu de ces subventions, que l’on remarquait à la trace que leur laissait leur collier, comme le chien de la fable de La Fontaine « Le chien et le loup » et de ceux qui n’en mangeant pas criaient à la face d’un racheteur potentiel : «Souffrons beaucoup monseigneur ! Mangeons du pain noir et avons du se séparer du dernier . Pouvions plus le nourrir . Voyez , vot seigneurie, qu’à la lumière de cette discussion, on voit mes côtes.»

Le silence des premiers faisait écho aussi à la présence du Maître (Jean-Paul Alduy). Ceux-ci n’ignoraient pas que : «Dans une bouche fermée, il n’y entre pas de mouche ! ». Le souverain Jean-Paul était venu là, pensant qu’on s’était réuni pour mettre à bas l’infâme tyran albanais (en effet les tyrans par contrat, ne peuvent être issus du pays des droits de l’homme... Ils sont forcément orientaux : albanais ou irakiens) Antonov Sardanas. Et que, comme il était au cinéma, il allait se payer une toile : «La mort de Sardanapale». Foin de peinture de Delacroix (Quand, il y a de l’Eugène, y’a pas de plaisir) ni de drame byronien, les organisateurs l’avaient annoncés, ce n’était ni le lieu, ni le fond du problème. Le maire en fut fort marri...Le cri de colère de Jordi Vidal, dans cette crise la représentation (En substance) : « Ne laissons pas le mur d’Hadrien qu’est la culture se déliter alors que les barbares sont à nos portes. Unissons-nous pour battre ces Attila aux champs de Catalogne ! ».

Mais il a vécu le temps où des Mirabeau pouvaient s’opposer par une phrase en disant «Nous sommes ici par la volonté du peuple, et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes». Car on est encore surs d’une chose , même à l’ère de la société du spectacle et du fétichisme marchand, comme le disait si bien Napoléon : « On peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s’asseoir dessus ! »

Nicolas Caudeville 09/05/2004