« Qu’on nous coupe la tête et qu’on la mette au bout d’une pique, au moins nous garderons la tête haute ! », s’exclame une des correspondantes à la fin d’une conférence de presse tenue à Toulouges et boudée par les rédactions du IMidi Libre, de L'Indépendant, de la Semaine du Roussillon/I*. Car c’est bien de cela qu’il s’agit au tout premier rang des revendications, de la reconnaissance et du respect : « On nous demande toujours plus, plus de présence sur le terrain, plus de réactivité, des papiers plus journalistiques et, en retour, L'Indépendant ne nous donne rien, pas même la considération ! »

Pas de considération donc et rien de mirobolant non plus au niveau des rémunérations : 2,29 euros le petit article, 2,29 euros la photo et 9,15 euros l’article plus grand, quand il s’est agi, par exemple, de couvrir le conseil municipal (compter deux ou trois heures de présence, puis une heure pour la rédaction de l’article) et encore le correspondant n’est pas sûr que cet article lui sera payé 9,15 euros et non 2,29 euros. « On réclame plus de transparence depuis des années. Sur notre relevé en fin de mois, il y a tant d’articles rémunérés en catégorie A, tant en catégorie B et tant en catégorie C ou D, mais le correspondant n’a aucun moyen de savoir quels articles correspondent à la catégorie A, B, C, D. De plus, les erreurs sont fréquentes, on ne compte pas le nombre de fois où un ou plusieurs articles, une ou plusieurs photos, ont été oubliés, et les erreurs se produisent toujours dans le même sens, jamais en notre faveur. Il faut toujours tout vérifier à la loupe. Et si vous appelez, excédé, pour vous plaindre, vous pouvez être sûr que le mois suivant, votre relevé comportera plus d’articles mieux rémunérés. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’on ne baigne pas dans la transparence ! », expliquent dans les mêmes termes les correspondants de L'Indépendant.

L’un d’eux a reçu pour un mois une rémunération inférieure à 50 euros pour 17 articles transmis, tel autre a un retard de remboursement de frais de près de 200 euros ! Les articles écrits par les correspondants sont parfois publiés dans l’édition locale du Midi-Libre sans qu’ils ne touchent un centime de plus pour cette parution supplémentaire. Le journal ne propose aucune formation pour permettre aux correspondants de s’améliorer. Certains correspondants dans des petits villages (jugés peu rentables) sont obligés d’acheter L'Indépendant pour voir si leur article est bien dedans…

Les réclamations sont nombreuses et ne datent pas d’hier mais de vagues promesses en promesses vagues, las d’attendre une réponse, ce sont aujourd’hui 60 correspondants qui suivent le mouvement. 60 correspondants de 65 communes, dont certaines très peuplées, soit une bonne partie du département : Saint-Estève, Rivesaltes, Saint-Cyprien, Cabestany, Argeles, Bompas, Port-Vendres, Le Soler, Toulouges, Amélie, Canohès, Le Boulou, Le Barcarès, Millas, Saleilles, Saint-André, Villeneuve de la Raho, Sorède, Saint-André, Villelongue… et un grand nombre de petits villages répartis dans tous le département.

Les revendications de l’association des correspondants n’ont pourtant rien d’exorbitant. La première d’entre elle est tout simplement d’être reçus. La seconde porte sur la transparence des tarifs, le respect des grilles, l’harmonisation des remboursements de frais et rémunérations entre les correspondants. Les revendications financières portent sur des sommes peu importantes : 0,50 euro l’annonce (bloc note, agenda, rendez-vous du dimanche) au lieu de 0,30 euro ; 2,50 euros la photo (au lieu de 2,29 euros), 10 à 16 euros pour les articles (contre 9,15 euros) etc. « Des augmentations qui n’ont rien de scandaleux quand on sait qu’à L'Indépendant, elles n’ont pas été réévaluées depuis plus de 10 ans, explique un correspondant, d’autant que l’on nous demande plus aujourd’hui qu’il y a 10 ans et que les correspondants ont perdu tous les petits avantages qu’ils avaient alors comme le commissionnement sur la publicité (du village) ou sur la rubrique nécrologique… »

Durant les deux premières semaines, le mouvement n’a guère été perceptible, le journal publiant sous la plume des correspondants « grévistes » des articles parfois vieux de une, deux ou trois semaines qui avaient été mis de côté. « Ils ont sous le coude un article du président de l’association qui date de trois semaines en arrière, personne ne doute qu’il va finir par être publié, tôt ou tard, mais il en faudra plus pour nous discréditer », explique un membre de l’association.

L’association des correspondants estime que L'Indépendant, édition catalane, compte plus d’une centaine de correspondants, dont 80 vraiment actifs, qui transmettent plusieurs papiers par mois, voire parfois, par semaine. Et sur ces 80 correspondants actifs, 60 suivent le mouvement de service minimum. « Parmi les 20 qui ne participent pas directement au mouvement, certains nous soutiennent, mais pour nombre d’entre eux, qui sont dans des situations difficiles, le petit complément de 50 ou de 100 euros que représente la correspondance de L'Indépendant, est vraiment indispensable et ils ne peuvent pas s’en passer même le temps du mouvement. »

Les correspondants de l’association n’éludent pas la possibilité que L'Indépendant qui refuse de les recevoir ne les remplace à court ou moyen terme, mais restent sereins « De toute façon, on ne voit pas trop comment ils pourraient trouver 60 correspondants du jour au lendemain, alors qu’ils ont parfois eu du mal à en trouver un seul dans certains villages. » L’essentiel n’est pas là. Soudés et solidaires, ils semblent aujourd’hui déterminés à aller jusqu’au bout de revendications qui n’ont rien d’exorbitant.

  • France Bleu Roussillon et FR3 ont chacun fait un sujet. Sur FR3, Michel Badrignans, directeur des rédactions de L’Indép est apparu très irrité, considérant qu’avec le lancement de la nouvelle formule, ce n’était pas le moment.