29mai 2005
Heures graves à Perpignan
00:00 - Par Fabrice THOMAS - 2005
Il est autour de 19 h 30, place Cassanyes. Des hommes hurlent « on a tué un arabe », « les gitans ont tué un arabe à Saint Mathieu ». En voiture, à pied, de nombreux jeunes, venant en particulier du bas Vernet arrivent sur la place Cassanyes, certains exhibent des manches de pioches, gourdins divers, l’un d’eux passe devant moi avec un couteau de cuisine, long comme l’avant bras. L’ambiance est surchauffée, hystérique.
Combien sont-ils, 200 ? Ils en veulent aux gitans. Un, deux coups de feux claquent. Ce n’est pas le bruit des tirs des grenades lacrymogène, dont les forces de police n’ont pas encore fait usage. Boucliers en avant, matraque au poing les CRS marchent sur les assaillants pour les faire reculer.
Autour de 20 h, rue Dugommier, des centaines de personnes, habitant du quartier, sont là, silencieuses, hébétées. Devant le numéro 31, une énorme et épaisse flaque de sang. Un homme d’origine maghrébine, il s’appellerait Driss, a été assassiné autour de 19 h. Des hommes circulant en voiture ont tiré sur lui avec une arme à feu. Abattu en pleine rue, en plein jour.
Le centre de Perpignan est calme
Autour de 21 h rue Foch, une véritable horde (100 à 200 personnes) descendant du quartier Saint Jacques détruit tout sur son passage, enflamme une quinzaines de voitures, autant de poubelles, brisent des dizaines de vitrines. Belfast ? Non Perpignan ! Des voitures retournées qui brûlent en dégageant une énorme fumée noire. Une trentaine de gendarmes mobiles prennent position au Pont d’En Vestit pendant que les pompiers entrent en action. Une commerçante fait une crise de nerf, quelques personnes dont des jeunes filles (d’origine européenne) font leur marché dans les vitrines éventrées. Les scènes de pillage vont se produire à plusieurs endroits. Sans pour autant sembler prendre une grande ampleur. Pendant ce temps-là, des petits groupes continuent de casser des vitrines. Il faut montrer patte blanche pour entrer à la mairie par une petite porte sur le côté décadenassée et recadenassée par les policiers municipaux après chaque passage. Marcel Zidani fait les cent pas dans le patio. Dans un coin, Thierry Meier, allias Boitaclous, l’air perdu.
A l’extérieur, les petits groupes de casseurs sont toujours en action. L’un se manifeste bruyamment rue de la Barre. Au Pont d’En Vestit, de maigres renforts arrivent qui permettent d’envoyer une trentaine de policiers du commissariat, dont deux femmes et des gardes mobiles, reprendre le contrôle de la rue des Augustins. La place des Poilus est reprise. Des jeunes casseurs, en nombre, sont arrêtés par ici, par là en flagrant délit par des policiers en civil et en uniforme. Des jeunes provoquent les gardes mobiles et s’en prennent à une équipe de France 2 obligée de rebrousser chemin devant les menaces. Vers 23 h, la police semble maître du terrain. De folles rumeurs annoncent plusieurs morts. France Info, alimentée par l’AFP, confirme deux morts. Démenti du directeur départemental de la police Henri Castets. Il y a un mort, rue Dugommier et plusieurs blessés. Le calme est revenu sur la ville quadrillée par d’importantes forces de l’ordre, principalement des CRS, qui viennent d’arriver à Perpignan.
Dimanche 29 mai, à 23 h