Quelques heures après avoir reçu la notification de son renvoi devant le tribunal correctionnel pour faux, Elie Puigmal a fait une conférence de presse au cours de laquelle il a rendu publique la décision de la justice et annoncé qu’il se mettait en retrait de la campagne électorale des présidentielles en rendant son mandat d’animateur départemental de la campagne de Ségolène Royal.

Christian Bourquin, lui, n’a pas voulu répondre aux questions des journalistes. Quelques heures après la conférence de presse d’Elie Puigmal, il a publié sur son blog un texte dans lequel il se met dans la posture de la victime d’une justice qui aligne son action sur le calendrier électoral. Pour le président du conseil général on fait beaucoup de bruit pour rien, pour une vieille affaire sans importance.

Laquelle des deux réactions vous semble la plus conforme au comportement que vous attendez d’un responsable politique ?

Sur son blog, Christian Bourquin affecte un certain détachement : « J’apprends qu’il y a une ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel pour cette vieille affaire datant de 2001 me mettant en cause pour complicité de faux en écriture – usage de faux –et minoration de compte de campagne. Je dois certainement l’avoir dans ma boîte aux lettres et je la découvrirai ce soir en rentrant lorsque j’aurai terminé mon travail de Président du conseil général ». Bourquin veut tellement paraître tranquille qu’il en est désinvolte.

Christian Bourquin poursuit : « Vous n’êtes pas étonnés vous de la longueur de cette procédure ? Moi oui parce que s’il y avait quelque chose d’important, nul doute que la justice se serait déjà prononcée. C’est une vieille histoire où force est de constater que le rythme judiciaire est calé au rythme électoral ».

Pourquoi l’affaire a t’elle traîné ? En 2003, Christian Bourquin a fait un recours à cause d’une erreur de date commise lors de sa mise en examen. La cour d’appel de Montpellier a annulé cette mise en examen. En engageant cette procédure Christian Bourquin savait qu’il allait allonger l’instruction.

On connaît bien les arguments de Christian Bourquin. Quand une affaire implique un politique, on entend, quasiment à chaque fois, le même discours de mise en cause de l’indépendance des magistrats. Les politiques, il ne faudrait jamais les juger. Ce comportement qui irrite une majorité de citoyens est une des causes de la crise de confiance entre le peuple et la classe politique.La loi est la même pour tous.

Outre Elie Puigmal et Christian Bourquin, Jacqueline Amiel Donat avocate très proche du président du conseil général et Claude Cansouline sont renvoyés devant le tribunal correctionnel.

La justice reprocherait à Claude Cansouline, alors président du groupe des élus socialistes au conseil général, d’avoir convaincu Elie Puigmal, alors premier secrétaire de la fédération du PS, de faire un faux pour protéger Christian Bourquin. Sa prochaine comparution et la menace d’une condamnation doivent être douloureusement ressenties par cet homme intègre qui a toujours été plus préoccupé par la défense de ses idées et de ses valeurs que par une carrière politique.

L’affaire n’est pas aussi compliquée qu’on l’entend dire. A quoi a servi le chèque de 55 000 francs qu’a fait C. Bourquin à la fédération du PS. ? C’est, selon ce dernier, un don à son parti. Mais ce serait plus vraisemblablement le remboursement du salaire du chauffeur rémunéré pendant deux mois par la fédération du PS et utilisé par C. Bourquin pendant la campagne électorale des cantonales en 2001.

Si Bourquin et les trois autres protagonistes sont renvoyés devant le tribunal, il y a quelques chances que ce soit parce que les investigations du juge d’instruction l’amènent à conclure que le chèque a servi à rembourser le salaire d’un chauffeur utilisé pour conduire la voiture personnelle de C. Bourquin. Salaire qui ne figure pas dans les comptes de campagne de C. Bourquin.

En lisant le blog de Bourquin, on observe que ses explications ne cessent d'évoluer. Il reconnait qu'un chauffeur du parti l'accompagnait dans sa campagne, alors qu'auparavant il disait ne pas avoit bénéficié de ses services et pouvoir conduire sa propre voiture lui-même.

Bourquin écrit qu’il n’a pas utilisé le faux témoignage de Puigmal. Et pour cause, le premier secrétaire de la fédération se rétracte le soir même de sa rédaction et, quelques jours plus tard, il se rend chez le Procureur de la République.

La défense de Bourquin prend l'eau de toutes parts.

Fidèle à sa ligne de conduite, Elie Puigmal se met en retrait de la campagne électorale et renonce à ses responsabilité dans la campagne de sa candidate à la présidentielle, afin de ne pas la gêner. C’est un beau comportement qui honore cet homme intègre.

Pour le chef de la locale de l’Indép, Yann Marec, la réaction d’E. Puigmal est suspecte car elle a pour conséquence de mettre Bourquin dans l’embarras. Le raisonnement est original. Autant dire qu’Elie Puigmal aurait du sans broncher faire un faux témoignage et ne pas revenir dessus. Et oui, ainsi Bourquin n’aurait pas de problème avec la justice.

Que Puigmal se soit ou non mis en retrait de la campagne de Ségolène Royal ne change rien pour C. Bourquin. C’est avec la même force que se poserait aujourd’hui la question de son maintien à la présidence du comité départemental de soutien à Ségolène Royal.

La candidate socialiste à la présidentielle ne peut pas sortir le carton jaune pour un Montebourg, qui fait un mot d’esprit sur le couple Hollande-Royal, et maintenir aux responsabilités un homme (certes présumé innocent) sur lequel pèse d’assez lourdes charges pour être renvoyé devant un tribunal correctionnel pour complicité de faux, usage de faux et minoration de compte de campagne.

Si Bourquin était un homme sage, il se retirait de la présidence du comité de soutien de SR et, en outre, il laisserait un autre socialiste partir à sa place aux élections législatives. Lui qui est un gros cumulard avec nombre de mandats, dont deux très gros, président du conseil général et premier président du conseil régional, il a de quoi faire sans courir en plus après un siège de député. Mais Bourquin est ce qu’il est… Il préfère une défaite dans laquelle il entraînera les siens…

''Polémique Victor, reporter de guerre au Bourquinat Fachot.'' Contact : victor.polemique@laposte.net