Au regard des très nombreuses réactions d’électeurs de la liste Codognès et du Modem qui sont réservés, qui désapprouvent ou qui condamnent la fusion avec la liste Amiel-Bourquin, il est peu probable que dimanche prochain la liste de gauche-Modem dépasse les 35 %. Mais grâce à Jean Codognès, Jacqueline Amiel-Donat sera le chef de l’opposition de gauche et le clan Bourquin sera renforcé

« Alduy et Bourquin, c’est deux visages d’un même passé. C’est la déliquescence et la décadence », ces propos Codognès les a tenus, il y a huit jours, dans L’Indép, Codognès n’a cessé (pendant trois mois de les marteler avec parfois plus de vigueur encore. Et cela pour le plus grand bonheur des auditoires de ses réunions publiques. Il n’a cessé de dénoncer le clientélisme, le clanisme de l’un et l’autre camp.

Celui qui se voulait l’incarnation d’une gauche démocratique, ouverte, moderne, entreprenante s’allie avec la représentante de la gauche despotique, autoritaire, intéressée…

Codognès, comme Ripoull n’ont jamais évoqué une alliance avec Amiel-Bourquin. Ils savaient que cette idée aurait fait fuir nombre de leurs électeurs potentiels.

Quel calcul fait Codognès en revenant au bercail Bourquiniste ? Il est vrai qu’il y était déjà revenu à la veille des cantonales de 2004 avant de s’en éloigner à nouveau en 2006 quand Bourquin lui préféra Renée Soum pour affronter Arlette Franco aux législatives.

La stratégie adoptée par Jean Codognès découle de son score du premier tour. 15,12 %, derrière Amiel-Donat, 20,16 %.

Au second tour, avec les voix de Ripoull, 8,53 %, on arrivait à un total de 23,65%. Pas mal ! Enfin sur le papier. Mais Codognès savait que ce résultat allait fondre. S’étant fait plaisir au premier tour, la moitié de ses électeurs et ceux de Ripoull allaient au second tour voter Alduy (beaucoup) et Amiel-Bourquin (un peu). Au final, un résultat entre 12 et 15% et deux ou trois élus au conseil municipal, Codognès n’allait pas peser lourd.

Jean Codognès a aussi tiré les leçons du premier tour des cantonales. La droite avec les non-inscrits avait peu de chance d’être majoritaire et lui de jouer un rôle dans cette majorité. Pire, Bourquin pourrait se passer de sa voix pour se faire réélire président. Et dans trois ans, lors du renouvellement de son siège, Jean Codognès aurait face à lui un candidat PS et pourrait perdre son mandat cantonal.

Tout cela est bien calculé. Codognès est revenu dans le giron de ses meilleurs ennemis ou de ses pires amis. C’est du pragmatisme !

Mais l’espoir d’une rénovation, d’un renouvellement du PS catalan s’est effondré. Et pour longtemps !

Codognès, que l’on n’a pas entendu depuis dimanche soir, va vendre son accord en invoquant la chance historique de battre Alduy.

Lors d’un discours, Alduy se moquait de Codognès en parlant de l’homme qui murmure les pires choses contre Bourquin à l’oreille des journalistes, mais qui lui est toujours fidèle. Il y a du vrai !

Seul conseiller général socialiste de Perpignan, Codognès vote tout. Y compris les décisions stupidement hostiles à Perpignan, comme la suppression des subventions à Visa. Il est pourtant membre du conseil d’administration du Festival international de photo-journalisme. Cela résume l’ambiguïté permanente dans laquelle évolue Jean Codognès.

Avec 15%, 5 points de moins que la liste Amiel-Bourquin, Codognès n’était pas obligé de laisser la majorité de gestion, la moitié des sièges éligibles en cas de victoire, à Amiel-Donat. Et comme c’est le maire qui a les pouvoirs, y compris celui de retirer sa délégation à son premier-adjoint. Codognès devra se soumettre ou prendre la porte. L’ancien premier vice-président de Christian Bourquin connaît les règles du jeu et l’histoire.

Beaucoup se demandent ce que les Ripoull vont faire sur une liste socialiste-communiste. Clotilde, comme Jérôme, sont des gens de droite. Ce dernier qui est l’éminence grise de la liste Modem était un membre influent du cabinet du président de la région pendant la période où Jacques Blanc la gérait avec le soutien du FN. Hier, acteur déterminé de l’alliance avec le Front National, il a poussé sa femme à une alliance avec les communistes…

J. Ripoull est devenu anti-alduyste, férocement anti-alduyste, après l’échec de son parachutage sur le canton de Sournia. Il y avait un candidat UDF soutenu par Alduy au premier tour. La carrière politique qui se dessinait et dont il rêvait s’est arrêtée là avec l’échec du captage de l’héritage de Paul Blanc.

Joël Llorente, numéro deux de la liste Modem, a appris tout à fait par hasard que Clotilde Ripoull négociait avec Codognès et Amiel-Bourquin. Pas d’accord avec ce choix sur lequel C. Ripoull n’a pas consulté les membres de sa liste, l’ingénieur et syndicaliste a quitté le bateau. Ce n’était pas le premier. Depuis le début de l’aventure municipale, une dizaine de personnes sont parties. Toujours le même motif : l’autoritarisme de Clotilde Ripoull. Elle décide de tout, toute seule… avec son mari.

Je termine cette chronique avec une pensée de Raymond Aron qui illustre la vision que j’ai de la politique : Le choix en politique n’est pas entre le bien et le mal, mais entre le préférable et le détestable.

L’idée que ce système Bourquin-Donat est la mainmise sur les trois grands lieux de pouvoir du département, mairie de perpignan, agglomération et conseil général me fait peur.

Jamais un journaliste n’a été interdit de séjour à la mairie de Perpignan. Jamais chez Alduy on a menacé, insulté un journaliste, agi auprès de sa direction pour le faire virer. Jamais on a acheté des journalistes. Jamais on a fait la tournée des kiosques pour acheter 3 000 exemplaires d’un hebdomadaire publiant un article déplaisant.Jamais on a demandé a un tribunal de saisir un journal...en vain, heureusement.

Les membres du clan Amiel-Bourquin se comportent comme des fachos. Ces derniers jours par exemple, ils tournent toute la journée pour arracher les affiches de promotion de Place à Ragots.

Du fait de la faiblesse des contre-pouvoirs et du manque de pluralisme de la presse, la démocratie est limitée, très limitée. Mais certes insuffisante, la démocratie est notre bien le plus précieux.