17mar 2008
Très courte victoire de Jean-Paul Alduy
00:00 - Par Fabrice THOMAS - 2008
Très courte victoire d’Alduy. Ce titre me semble plus adapté à la situation que la une redondante de L’Indép avec ces deux titres : « Perpignan : des bulletins de vote dans ses chaussettes ! » et « Réélection contestée de Jean-Paul Alduy ». La rédaction de L’Indép a choisi de privilégier un fait qui n’est pour l’instant qu’une suspicion de tricherie sur quelques bulletins de vote. Et le journal enfonce le clou avec la contestation du résultat. Jacqueline Amiel-Donat et Jean Codognès, qui ne manquent la mairie que de quelques centaines de voix, ont largement exploité l’incident du bureau numéro 4. C’est de bonne guerre diront certains.
En emboîtant le pas à l’opposition d’Alduy, L’Indép fait un choix plus politique que journalistique.
Revenons sur le résultat de cette élection municipale. Il y a d’abord ce niveau de participation, 65 %. Il faut remonter vingt ans en arrière pour trouver un tel niveau de mobilisation des Perpignanais lors d’un scrutin municipal.
Comme dans de nombreuses villes de France, l’électorat de gauche s’est fortement mobilisé et bien davantage que celui de droite. L’examen de la participation et des votes bureau par bureau, en fonction de leur caractéristiques politiques, nous montre aussi que le très bon résultat de la liste Amiel-Donat est davantage dû à une mobilisation de l’électorat de gauche que l’on n’a pas vu venir (à Perpignan) qu’à un bon report des voix du Modem et de Codognès.
Les électeurs de droite qui ont voté Codognès ou Modem au premier tour sont revenus en grand nombre chez Alduy. Et, événement de ce scrutin, les électeurs de gauche qui avaient fait l’élection et la réélection d’Alduy depuis 1993 sont en grande partie revenus à gauche. C’est la fin du jean-paul-alduysme. La recette “Perpignan Oxygène“ évoqué à plusieurs reprises par JPA pendant la campagne est à ranger avec les souvenirs.
Logique ! En prenant la présidence de l’UMP, Alduy avait droitisé son image. Mais il n’avait pas pour autant séduit tout l’électorat de droite. Sa démission de la présidence du parti de droite quelques mois avant l’élection, le rappel de sa jeunesse trotskyste et d’autres signes ont eu le don d’énerver une partie du peuple de droite qui le regarde depuis toujours comme un personnage étrange. Il y a certes des électeurs de droite qui n’aiment pas beaucoup Alduy, mais qui ont pris hier le chemin des urnes pour voter pour lui. Mais uniquement pour que la ville ne tombe pas aux mains de la gauche.
Abusé par le sondage de L’Indépendant, Alduy s’est vu beau. Il a sans réagir laissé ses adversaires noircir le tableau perpignanais notamment sur le thème de « La ville la plus pauvre de France ». Pendant ce temps, il a fait du gadget, comme ce speed-dating. Il a sorti un livre ignoré par les médias qui n’a pas été lu par 1% des Perpignanais. Il est préfacé par André Bonet que l’on verra avec Bourquin au meeting au Méga Castillet… Et qui, comme à son habitude, fait du copinage avec ceux qui le subventionnent… La campagne d’Alduy était comme son affiche avec le chantier de la gare du TGV… lointaine.
Venons en maintenant aux soupçons de fraude électorale. On jette un peu rapidement l’opprobre sur Georges Garcia, le président du bureau de vote, Manu Garcia, son frère, conseiller municipal et sur Jean-Paul Alduy. Aucun de ses trois hommes n’a jamais été mis en examen, n’a jamais comparu devant un tribunal, n’a jamais été condamné. C’est Christian Bourquin qui hier soir criait “aux voleurs“ qui a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour complicité de faux. Et il a d’autres affaires. Il n’en a pas fini avec les tribunaux. Alduy est ce qu’il est, avec ses défauts et ses défauts. Mais il a la culture d’un haut fonctionnaire intègre.
Ce qui c’est passé hier dans le bureau numéro 4, n’est pas encore clairement établi. Mais l’histoire selon laquelle pendant le dépouillement sous des dizaines d’yeux attentifs le président de bureau de vote aurait soustrait des bulletins Amiel-Donat pour les remplacer par ceux d’Alduy est difficilement croyable. Celui qui tenterait de faire un truc pareil est forcément pris.
La fraude électorale existe. Pour m’intéresser au sujet et pensant y consacrer un livre, je peux dire que de toutes les techniques utilisées, celle dénoncée hier soir me semble complètement foireuse. Dominique Decomble, le président du tribunal, s’est refusé à parler de fraude électorale. Au regard de ce que l’on sait et pour respecter la présomption d’innocence, soyons prudent.
Une enquête judiciaire est en cours et parallèlement le tribunal administratif examinera le recours de la gauche. C’est l’état de droit. Dans un pays démocratique, on ne manifeste pas le jour du vote en hurlant “Alduy démission“ avant même que les résultats du scrutin soient proclamés. Mauvaise perdante, la gauche fait peu de cas de l’honneur et de la réputation des personnes. Elle fait monter la haine et la tension, avec tous les risques que cela comporte. Les Perpignanais sauront sans doute s’en souvenir.
Ne manquez pas le dernier dessin de Claeys
http://alduybourquinetlesautres.org/dc//