27mai 2008
Bonet or not Bonet
19:54 - Par Fabrice THOMAS - 2008
Dans son numéro du 15 mai, Le Petit Journal rappelle les faits qui ont conduit Cyril Merlin devant une cour d’assises où il comparaît pour le meurtre de Louis Monich en 2005. L’auteur du papier, G. Gauthier, évoque un témoin important, une « personnalité locale de ce milieu“ (homosexuel) “très connue de part ses activités culturelles. »
Dans son numéro du 15 mai, Le Petit Journal rappelle les faits qui ont conduit Cyril Merlin devant une cour d’assises où il comparaît pour le meurtre de Louis Monich en 2005. L’auteur du papier, G. Gauthier, évoque un témoin important, une « personnalité locale de ce milieu“ (homosexuel) “très connue de part ses activités culturelles. »
Quelques jours plus tard, le 21 mai, le jour de l’ouverture du procès L’Indép évoque « la présence de témoins très en vue localement ».
Ces deux articles font référence à André Bonet. Le président du Centre Méditerranéen de Littérature doit être entendu comme témoin. C’est lui qui a présenté le jeune homme à Louis Monich. Rappelons qu’après la découverte du corps sans vie de Louis Monich et plus tard, après l’arrestation de Cyril Merlin, aucun média n’avait cité le nom, ni fait allusion à André Bonet, bien que son nom circule.
Au début du procès, le landernau journalistique a été animé par des interrogations et des discussions. Fallait-il publier le nom d’André Bonet ?
C’est France Bleu Roussillon qui, le mercredi 21 mai, a, en premier, cité son nom. Et cela pour la simple raison qu’André Bonet n’avait pas répondu à la convocation de la Cour d’Assises. Une absence qui amena le président de la cour à déclarer que, si nécessaire, il ferait appel à la force publique pour le contraindre à venir témoigner (on apprendra plus tard qu’un problème d’adresse avait empêché la remise de la convocation à l’intéressé).
C’est à nouveau France Bleu qui, le jeudi 22 mai, dans son journal de fin d’après-midi relate le témoignage que vient de faire André Bonet devant la cour d’assises. Le même jour, dans son journal départemental quotidien, FR3 parle aussi d’André Bonet.
Le lendemain matin, vendredi 23 mai, L’Indépendant donne pour la première fois le nom du « témoin capital dans cette affaire, André Bonet ».
Gérard Marty, rédacteur en chef de France Bleu Roussillon confirme qu’il y a eu discussion au sein de la rédaction. Pour lui, il ne peut pas y avoir ceux qui savent parce qu’ils évoluent dans le microcosme perpignanais et tous les autres qui n’ont pas le droit de savoir.
Je n’ai pas discuté précisément de ce point-là avec Gérard Marty, mais vu ce qu’il m’a dit, j’ai compris que la rédaction de France Bleu avait réfléchi à la couverture du procès du meurtrier de son ancien rédacteur en chef. Il y avait dans les sujets de Catherine Superi (journaliste qui a suivi le procès) de la distance et de la rigueur et pas un mot qui donne l’impression d’un traitement particulier.
Evoquer la présence de personnalités sans les nommer, comme l’on d’abord fait Le Petit Journal et L’Indép n’est pas sans risque. Cela pouvait alimenter la curiosité, les fantasmes et les ragots malsains.
Gwendal Gauthier nous a expliqué que l’absence du nom de André Bonet était le résultat d’un deal. Le président du CML lui a donné son témoignage en exclusivité une semaine avant l'ouverture du procès et en contrepartie, il a fait le silence sur son identité.
Au départ, citer le nom de ce témoin allait pour moi de soi. Gagné par l’interrogation après avoir entendu des confrères exprimer un point de vue opposé, j’ai consulté deux journalistes exerçant hors du département en leur demandant ce qu’ils feraient. Aucun ne voyait de raison de ne pas donner le nom d’un témoin important qui est une personnalité locale très connue. Rappelons qu’un procès d’assises est public et que celui-ci a été très suivi, la grande salle d’audience du palais de justice était le plus souvent comble. C’était en particulier le cas lors du témoignage d’André Bonet.
André Bonet a fait le choix de la notoriété. Depuis plus de 20 ans avec le CML, il ne cesse de se mettre en avant et de courir après les journalistes. Celui qui est connu ne peut pas échapper facilement à sa notoriété quand surviennent des faits fâcheux. Particulièrement dans une affaire aussi médiatisée qu’un procès d’assises, qui plus est, celui dont la victime est une des personnalités les plus connues du département.
Fallait-il prendre des précautions parce qu’il était question d’homosexualité ? Celle de Bonet qui est de notoriété publique, celle discrète de Louis Monich ou encore l’attirance pour les hommes violemment rejetée de Cyril Merlin ? Ce sujet est un des éléments de l’affaire. Il était impossible de ne pas le traiter.
Interrogé sur le choix de la presse de rendre public le nom d’André Bonet, un avocat, maître Bassole, commente : « Juridiquement il n’y a rien à dire, sur le plan moral c’est autre chose. En mettant le nom d’André Bonet sur la place publique on alourdit le fardeau de culpabilité qu’il porte depuis qu’il a présenté à Louis Monich celui qui allait causer sa mort ».
Cette dimension humaine de la situation n’a pas échappé aux journalistes, même si certains ont pu y être plus sensibles que d’autres. Il faut souligner que la presse a, dans son ensemble, établi avec précision le rôle d’André Bonet en montrant qu’il n’était qu’un témoin qui n’avait pas un millimètre, ni un soupçon d’implication dans la terrible mort du journaliste.