06sep 2008
Portraits de gitans : FR3 lance la polémique et Jean-François Leroy s’énerve.
09:02 - Par Fabrice THOMAS - 2008
Dans un sujet diffusé mercredi 3 septembre sur FR3 dans le journal Pays Catalan et repris dans l’édition Languedoc-Roussillon, Philippe Glatz a lancé de manière polémique, un débat sur l’exposition de cinq portraits de Gitans de Perpignan.
Ce travail de Pierre Gonnord qui n’est pas photo-journaliste s’inscrit dans une collaboration entre Visa pour l’image et d’autre part le Centre National des Arts Plastiques et le Ministère de la Culture et de la communication. Et c’est la huitième fois que Visa pour l’image présente le travail d’un artiste.
Le journaliste qui présente le journal annonce le sujet : « Le festival de photo-journalisme bat son plein. Aujourd’hui à Perpignan le ministre de la culture et de la communication a visité une exposition consacrée à des portraits de gitans, soutenue par son ministère. Mais est-ce bien là la vocation du photo-journalisme ? »
Puis le sujet de Philippe Glatz est lancé : « Christine Albanel n’a pas manqué la commande du Centre National des Arts Plastiques de cette année, cinq portraits de Gitans de Perpignan, mais exposée à la chapelle Saint-Dominique juste après une série de clichés en noir et blanc d’un des papes du photo-journalisme. Sont ils vraiment à leur place ? Réponse de la ministre : « Je crois que cela s’inscrit complètement dans le projet autant que les superbes photos de David Douglas Duncan.
Philippe Glatz relance alors Christine Albanel : « On aurait peut-être aimé voir leur condition de vie à Saint-Jacques, parfois misérables »
Après la réponse de la ministre qui botte en touche apparaît Jean-François Leroy : « C’est une œuvre d’art », répète-t-il deux fois, un peu irrité.
Philippe Glatz : Mais quelle est sa place alors ici ?
Jean-François Leroy qui perd patience lui répond : « Pardonnez moi mais ça fait sept ans que vous faîtes semblant de pas comprendre. Alors à un moment ça me gave. On vous a expliqué la politique d’échanges entre le ministère de la culture et Visa pour l’image… On fait ça depuis 2000. »
Et Philippe Glatz conclut : « Et depuis 2000 beaucoup se demandent si ce procédé… à sa place dans ce qui se veux le sanctuaire du photo-journalisme. »
Passons sur le fait que notre confrère n’arrive pas à comprendre ou à admettre cette intervention artistique dans la programmation de Visa pour l’image.
http://jt.france3.fr/regions/popup-test.php?id=l66a_locale&video_number=2|FR|FR3-payscatalan|FR|FR3 - pays catalan
Editions locales, Pays Catalan, 3 septembre
Personnellement, j'apprécie beaucoup le choix qui a été fait. Il sort des sempiternelles images misérabilistes faites par des gens qui sont restées à la surface des choses, c’est à dire qui ont photographié les Gitans dans les rues. Et être dans la rue, dans notre inconscient occidental, c’est déjà être dans la misère. Dans la tête de tout le monde y compris des journalistes les Gitans sont des gens misérables.
Comme presque tout le monde, je voyais les Gitans comme des pauvres gens, des victimes. Puis j’ai rencontré des gitans, puis pas mal de personnes qui travaillent avec eux, qui les connaissant bien. La réalité sociale gitane ne correspond pas à l’image d’une population abandonnée, dépérissant… Dans le domaine de l’école par exemple. Si on faisait un bilan de tout ce qui a été fait pas la municipalité et l’éducation nationale, beaucoup seraient surpris par l’ampleur du travail et des moyens qui ont été mis depuis quinze ans. Pour des résultats assez minces… Mais en même temps importants. C’est sans doute avec des exemples de réussite scolaire et professionnelle que l’on peut espérer convaincre davantage de parents de scolariser les enfants. En matière de formation en direction des adultes, les initiatives et les moyens n’ont pas manqué. Mais là encore pour des résultats très insuffisants. Il est difficile de faire du développement avec une population qui y résiste. La vie des gitans n’est pas celle d’habitants du tiers monde. Mais ceux qui ne travaillent pas et ils sont nombreux dans ce cas bénéficient gratuitement, avec la CMU, d’un des systèmes de soin les plus performants des pays industrialisés. Ils touchent des allocations familiales, des minima sociaux (RMI, allocations handicapées) qui n’ont rien à voir avec les revenus d’habitants des pays pauvres. Dans les maisons de Saint-Jacques dans lesquelles je suis entré, j’ai vu frigo, machine à laver, télé (le plus souvent de grande taille avec lecteur dvd)… dans des intérieurs le plus souvent très bien tenu alors que beaucoup les imaginent vivant dans la crasse.
L’incivisme, très important, des habitants du quartier Saint-Jacques permet de faire des images comparables à celles qui seraient prises dans des bidonvilles d’Amérique du Sud où il n’y a pas de ramassage des ordures. Hors il y a plus de services publics à Saint-Jacques que dans aucun quartier des P.-O..
Lors des évènements de Perpignan, on a vu dans presque tous les reportages, une maison délabrée. C’était la seule d’une des grandes rues qui traversent le quartier. Ce que j’écris va laisser sceptique plus d’un lecteur de perpignan-toutvabien. Il faut dire que quand on lit dans un bouquin très sérieux que les gitans vont être anéantis par le sida alors qu’en fait, le nombre de personnes infectées n’est pas plus important que dans le reste de la population…
Il y aurait beaucoup à dire tant les préjugés et la méconnaissance sont forts… Il y a des Gitans heureux. Il y a même des Gitans qui connaissent une certaine prospérité.
Les images de Pierre Gonnord sont très belles. Et c’est important, pour les Gitans et pour le regard que nous portons sur ces Perpignanais de montrer des photos valorisantes qui font ressortir L’HUMAIN.
N’est il pas facile de reprocher à Visa ce que l’on ne fait pas nous mêmes ? Il n’y a pas dans cette ville un seul journaliste qui ait sérieusement travaillé sur les Gitans.
