"La campagne électorale des municipales est lancée" titre L'Indép à la une de son numéro du 12 novembre. Titre qui renvoie à une pleine page signée Guillaume Clavaud. Le rubricard politique de L'Indép fait son numéro habituel, hostile à Alduy, complaisant avec Bourquin et ses amis. Nous nous sommes amusés à montrer les ficelles et les trucs du grand politologue local. Suivez le guide !

L'article commence par un tacle à Alduy: "Mais où est passé l'homme le plus à gauche du département ?" A l'Indép, on aime ressortir cette petite phrase prononcée par Alduy lors de la présentation de sa liste. Comme si elle pouvait résumer son positionnement au moment des municipales. Elle est mise en opposition avec une supposée droitisation actuelle qui vise à faire passer JPA pour un caméléon. Elle sert aussi à énerver et dresser une partie de l'électorat de droite contre le maire de Perpignan. Clavaud ne fait pas de l'analyse, il fait de la caricature partisane.

Regardons les "indices" du "bon coup de barre à droite" découvert par l'inspecteur Clavaud. Le discours d'Alduy à la fête de l'UMP au Barcarès ? Que le sénateur-maire ait devant un parterre composé d'élus et de militants de l'UMP loué le rôle de premier plan de Nicolas Sarkozy face à la crise financière internationale n'est pas un “indice“ très convaincant. Voyons l'indice suivant : "Alduy s'appuie principalement sur deux élus" et il nomme Jean-Marc Pujol et Pierre Parrat. Nous ferons remarquer au fin limier de L'Indép qu'il n'y a là rien de bien nouveau.

Autre "indice" de droitisation : "Enfin le maire de Perpignan vient de recruter dans son cabinet, un collaborateur ayant milité dans les milieux de l'extrême-droite départementale, Gwendal Gauthier". Pourquoi n'est-il pas plus précis ? Gwendal Gauthier a dans sa jeunesse milité dans un mouvement monarchiste qui s'appelle l'Action Française. Pourquoi Clavaud préfère-t-il le plus vague "milieu de l'extrême-droite" ? Quant au militantisme de Gauthier dans les P.-O., il n'est connu que du seul inspecteur Clavaud.

Rappelons que G. Clavaud avait pratiqué l'omerta sur les révélations du Petit Journal concernant le passé de François Coll, numéro deux de la liste Amiel-Donat qui, entre autres choses, se vouait au culte des héros des fascistes espagnols, Légion Condor (auteurs du bombardement de Guernica), Division Azul (équivalent de la LVF)… Guillaume Clavaud avait à l'époque osé écrire sur son blog, qu'il n'avait pas le temps de faire une enquête. L'enquête ayant été faite par Le petit Journal, il ne lui restait pourtant plus qu'à aller sur internet pour vérifier la présence de François Coll sur le site des jeunes falangistes.

Guillaume Clavaud pense t'il que l'arrivée de Luc Malepeyre au cabinet de Bourquin soit un signe de droitisation ou d'extrême-droitisation du président du conseil général ? Nous n’aurons pas la réponse. Clavaud n'a pas le temps de faire des enquêtes…

Clavaud explique ensuite que grâce à son glissement à droite Alduy "se prémunit contre une candidature plus à droite que la sienne et tente d'éviter qu'un autre candidat ne soit investi par l'UMP". Guillaume Clavaud est bien le seul à prendre au sérieux la menace d'une liste CNI, Centre National des Indépendants et Paysans (groupuscule de droite quasiment inexistant). Quant au risque de voir un autre candidat investi par l'UMP… Là l'inspecteur Clavaud fait très fort. S’il continue, il va bientôt retrouver le monstre du Loch Ness dans la Basse. Plus sérieusement, sur la base de quelles informations, de quels faits peut il balancer une telle information ? En répandant l'idée qu'Alduy pourrait être lâché par l'UMP, le rubricard politique de l'Indép fait il de l'information ou de la désinformation ?

Poursuivant l'analyse de la stratégie d'Alduy, G. Clavaud passe au chapitre FN en commençant par donner un coup de scie à Alduy : "Ensuite, il peut espérer, lui le héraut de la lutte anti-FN, grappiller des voix chez Louis Alliot". Alduy héraut de la lutte anti-FN ? D'où il sort cela ? Il faudrait voir à ne pas fabriquer les indices. La démarche est transparente. Pourquoi présenté Alduy comme un ennemi du FN, sinon pour décourager cet électorat de voter pour lui lors du second tour d'une éventuelle élection municipale.

Clavaud annonce que Jacqueline Amiel aura le soutien financier du PS et il ajoute perfide : "il faudra bien cela pour rivaliser avec les inaugurations du maire actuel".

Passons à Bourquin. Le changement de ton est net. Il n'est plus du tout persifleur. Clavaud s'arrête sur l'implication du président du conseil général dans les affaires perpignanaises : "Se multiplie t'il pour aider Amiel-Donat dans sa campagne ou pour tester sa popularité avec l'ambition d'être sur la liste PS ? Peut-être bien les deux."

Bourquin réagit aux lourdes menaces judiciaires qui planent sur lui en pratiquant, à son habitude, la fuite en avant. Il a annoncé qu'il pourrait être candidat à un siège de parlementaire européen, puis maintenant s'agite pour laisser croire qu'il pourrait être sur la liste de gauche aux municipales de Perpignan. Et cela grâce à la complicité de L'Indép qui, fidèle à sa ligne, évoque le moins possible les menaces judiciaires qui planent sur Bourquin. On verra quel verdict la cour d'appel d'Aix-en-Provence rendra le 7 janvier, mais il est peu probable qu'elle descende sous les trois mois de prison avec sursis de la condamnation en première instance. Si les réquisitions du parquet étaient suivies, la peine pourrait même être doublée. Et cela sans oublier la mise en examen pour délit de favoritisme dans l'affaire en cours d'instruction des marchés de communication du conseil général.

N’oublions pas que pour Narcisse Bourquin rien d’important ne peut se jouer sans lui. Il est donc tenté d’imposer sa présence à Amiel-Donat qui, quoi qu'il en soit, restera tête de liste. Bourquin aimerait bien prendre la présidence de l'agglo (mandat hors cumul) qui s'ajouterait à la présidence du conseil général et à la première vice-présidence du conseil régional. Et n'oublions pas non plus que Bourquin tient la section du PS de Perpignan, il en est le secrétaire. Il a donc les moyens d'imposer sa candidature. Dans le camp Bourquin on minimise l'impact des gamelles judiciaires sur l'opinion. Il est vrai que si L'Indép pratique l'omerta, sa aide. Mais le grand paradoxe de la situation c'est que la mauvaise réputation de Bourquin peut aussi servir la gauche. Le climat "tous pourris" pourrait favoriser la présence pas du tout acquise d'avance, du FN au second tour. Sans triangulaire avec le FN aucune chance pour la gauche et ses alliés de conquérir la ville.

La seule partie intéressante du papier arrive à la fin quand Clavaud écrit qu'il est convaincu qu'en cas de nouvelles élections la liste menée par Amiel-Donat au second tour se diviserait en deux. Socialistes, communistes d'un côté, Modem, Verts et Codognès et CDC de l'autre. Il expose là, hélas sans le dire, toute la stratégie de Codognès. Ce dernier cherche à devenir le leader du second bloc. Son leadership pourrait être accepté par les Verts et la CDC qui pèsent électoralement peu, mais se sera en revanche plus dur avec le Modem (sauf avec Codognette) qui n'a pas intérêt à se laisser Codogniser.

Pour revenir au thème de l'article de Clavaud, nous ne voyons pas les signes d'une activité politique qui pourrait permettre de penser que la campagne électorale soit lancée. Il ne tombe plus que quelques feuilles de l'arbre que Clavaud ne cesse de secouer. Un tel article répond t'il à une autre nécessité que de tirer sur Alduy ? Cela n'a plus grand chose à voir avec l'information que le lecteur (de gauche ou de droite) attend trouver dans son journal.

La locale de L'Indep ne pourrait-elle pas adopter le fonctionnement des pages informations générales (fin de journal) ? D'un côté l'information et de l'autre le commentaire (avec l'édito de Bernard Revel quasi systématiquement hostile à la politique de Sarkozy et du gouvernement). C'est la ligne politique du journal, c'est clair. Le Figaro, qui comme chacun le sait est un journal de droite, fait aussi très bien cette séparation entre l'information et le commentaire. A gauche, Libération et Le Monde la font moins.